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Notre classe

Ni licenciements, ni baisses de salaire !

Après une mobilisation réussie, les salariés de Derichebourg se préparent à la grève !

4 juin, 200 salariés se réunissent devant le siège de l'entreprise où le patron négocie les attaques contre les salariés. La direction agite la peur du chômage pour remettre en cause des primes et faire baisser les salaires. La riposte des salariés a été claire : un rassemblement pour dire « Non à l'APC » et un appel à la grève : il n'y aura ni licenciements, ni négociation sur leurs conditions de travail.

dimanche 7 juin

Après s’être mobilisés le mardi 2 juin, les salariés se sont réunis à nouveau ce 4 juin pour s’opposer à l’Accord de Performance Collective (APC) que la direction et le délégué syndical de Force Ouvrière (FO) cherchent à présenter aux travailleurs comme « le moindre mal » d’une fausse alternative imposée par le patronat : choisir entre un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE – c’est-à-dire des licenciements) immédiat de 700 salariés ou une suppression de leurs acquis sociaux pour peut-être aller, au final, vers un PSE plus léger.

En effet après avoir initialement annoncé un plan de licenciements concernant la moitié des salariés, la direction fait mine de se soucier des travailleurs et cherche maintenant à faire avaler les attaques contre le salaire, les primes et autres acquis des salariés comme le seul moyen de faire des économies pour sauver les emplois. Contre l’avis majoritaire des salariés et après que la direction a refusé de faire une consultation interne sur l’APC, le délégué de FO a secondé à lui tout seul cette manœuvre évidente visant à protéger les marges du patronat par la seule voie possible : faire payer la crise aux travailleurs. Après le ballon d’essai des centaines de licenciements, la tactique de la direction est de déguiser en recul ce qu’elle vise en fait, attaquer la rémunération des salariés. Comme si revenir sur quelques acquis sociaux après avoir annoncé le licenciement de la moitié des travailleurs était plus acceptable. Pour les travailleurs ne pas reculer sur les acquis est devenu une question de dignité face à un tel mépris. 

Cependant, la manœuvre de la direction est loin de passer comme une lettre à la poste. Comme on l’avait déjà vu ce 2 juin, la colère est grande parmi les salariés et ce jeudi 4 juin encore plus de salariés étaient présents pour l’exprimer. En scandant « APC tu vas nous faire crever » et « Non à l’APC » 200 travailleurs et travailleuses de Derichebourg Aéronautic Services (DAS) ont défilé vers le siège de l’entreprise où se tenait la réunion de négociation pour s’opposer à l’APC et empêcher que le délégué de FO signe l’accord contre la volonté de la majorité des salariés.

Contre la stratégie de la direction, qui voudrait limiter le conflit dans le cadre des négociations pour écarter la majorité des travailleurs et les priver d’initiative propre et d’organisation collective, des travailleurs syndiqués et non-syndiqués commencent à emprunter la voie de la mobilisation et de la construction d’un rapport de force contre le patronat là où il est déterminant : en dehors des cadres de négociation et dans l’action unitaire des travailleurs.

En effet, non seulement les salariés refusent l’APC dans son ensemble, mais la rhétorique des « efforts partagés » cherchant à faire accepter aux travailleurs de négocier la régression sociale, passe mal. Une partie importante des salariés a continué à travailler pendant le confinement malgré les risques sanitaires, mais ils sont aussi plongés dans des difficultés financières importantes avec la mise au chômage partiel pour un grand nombre d’entre eux, qui ponctionne leur salaire de 16% (en plus de leurs primes qui constituent une part importante des rémunérations dans l’aéronautique, les salaires étant, sans elles, plutôt faibles). Aujourd’hui, en plus, l’APC menacerait les primes de déplacement, les paniers repas, ce qui se chiffre pour les salariés en perte de l’ordre de 300 euros sur leurs fiches de paie chaque mois. A ce propos, Dimitri, salarié à Derichebourg déclarait « Il faut refuser toute négociation. La société a gagné des millions pendant des années, il faut qu’elle mette la main à la poche pour sauver les emplois ».
 

« Il faut refuser toute négociation. La société a gagné des millions pendant des années, il faut qu'elle mette la main à...

Publiée par Révolution Permanente Toulouse sur Jeudi 4 juin 2020

Un avis aussi partagé par Abder, travailleur dans la boîte qui dénonçait la position du délégué FO et la démarche d’accepter les négociations autour de l’APC : « Aujourd’hui, pour moi, le combat est pas spécifié sur la direction, surtout sur FO, parce qu’ils sont majoritaires mais ne représentent pas les salariés, qui sont contre ce plan ». En effet, Jean-Marc Moreau le délégué syndical de FO est prêt à rentrer dans le cadre de l’APC contre la volonté majoritaire des salariés y compris sans l’accord des adhérents de ce syndicat. Ce qui montre comment le cadre des négociations, celui préféré par la direction, est faussé à l’avance en profit du patronat : un délégué syndical a, à lui tout seul, la légitimité de décider pour l’ensemble des salariés en s’appuyant sur le poids que lui donnent les règles dans lesquels le patronat cherche à limiter l’action des travailleurs.

« Ils veulent remettre en cause tout nos acquis sociaux. C'est une perte nette de 300€ par mois »
Interview d'Abder,...

Publiée par Révolution Permanente Toulouse sur Jeudi 4 juin 2020

A la fin de la réunion, après que les salariés ont manifesté leur colère haut et fort pendant deux heures, le PDG Pascal Lannette est venu s’adresser aux salariés afin de montrer une préoccupation vis-à-vis des emplois et du travail qui a été rapidement démentie. Après avoir assuré qu’il fait tout ce qui est possible (c’est-à-dire pour l’instant baisser les salaires de ceux qui font tourner l’entreprise au quotidien) pour conserver les emplois, Lannette a été interpelé par l’un des travailleurs à propos de sa déclaration ignoble qui est déjà devenue célèbre : « les gens devront choisir entre mourir de faim ou du virus ». Le PDG s’est limité à affirmer : « Je le pense toujours ». 
 

Interpelle par les salariés de Derichebourg aéro, le PDG , Pascal Lannette ne souhaite pas s’excuser et laisse toujours...

Publiée par Révolution Permanente Toulouse sur Jeudi 4 juin 2020

Les propos de Lannette ne font que refléter de manière crue à quel prix le patronat fait ses marges : sur la santé et les conditions de travail des salariés. Réduire les soi-disant « coûts » salariaux sous le prétexte de la crise économique est le mot d’ordre actuel du patronat afin de garantir ses profits. Le gouvernement avait déjà préparé le terrain à cette offensive patronale avec la loi d’urgence sanitaire et Bruno Le Maire préparait encore récemment les esprits aux conséquences de la crise en évoquant des licenciements massifs. Comme Derichebourg Aeronautic Services, Renault, Daher ou Ryanair, nombreuses sont les entreprises qui menacent leurs salariés de licenciements et qui pourront se servir des APC introduites par la loi Travail XXL de Macron de 2017 pour baisser les salaires ou augmenter le temps de travail avec le simple accord du syndicat majoritaire.
 
A la fin de la réunion, alors que les lignes de la direction n’ont pas bougé d’un poil et que sous la pression des salariés, le délégué de FO a reporté de quelques jours la signature de l’APC, David, élu suppléant pour l’Unsa SMNSAC aérien est revenu sur la journée de mobilisation de ce 4 juin. Comme il l’a témoigné, cette journée de lutte et la petite victoire sur FO a donné de la confiance aux salariés dans leur propre force en les « confortant pour continuer les actions ». Approfondir la mobilisation qui s’entame, rassembler largement les travailleurs syndiqués et non syndiqués pour agir unis est un pas fondamental pour arriver à imposer un rapport de forces et être prêt pour la suite. Comme plusieurs salariés l’exprimaient pendant le rassemblement, un enjeu central est de voir comment ces 200 travailleurs mobilisés arrivent à entraîner le reste. Car comme l’affirme David « si malheureusement ils signent cet accord à la défaveur de nos salariés, nous serons obligés de faire des débrayages, voire des grèves ». 
 

David, élu supleant CSE revient sur la mobilisation des salariés de Derichebourg aéro aujourd’hui et donne les perspectives après les retours du CSE .
Syndicat Unsasnecma

Publiée par Révolution Permanente Toulouse sur Jeudi 4 juin 2020

La détermination à se battre ne s’est fait pas attendre et les travailleurs ont pris de l’avance sur les rythmes marqués par la direction. Avant la fin des négociations le 10 juin, l’UNSA SMNSAC aérien a appele à « une journée de grève chez Derichebourg Aéronautics Services avec un rassemblement massif » ce mardi 9 juin. Les salariés se réuniront encore une fois pour discuter des suites et pour montrer que devant la fausse alternative proposée par la direction, ils n’acceptent ni une ni l’autre des options : ni licenciements ni suppression des acquis sociaux ! Comme l’affirme l’UNSA SMNSAC aérien « notre direction nous vole. Allez-vous la laisser faire encore longtemps ? »
 
La direction de Derichebourg, gonflée de mépris et avec l’appui minoritaire du délégué de FO joue avec la vie des salariés. Leur lutte montre les premiers pas vers une riposte contre le projet de chômage et de précarité que cherchent à imposer le patronat et le gouvernement. Raison pour laquelle il faudra leur apporter tout notre soutien lors de leur prochain rassemblement. Comme l’explique Gaetan, militant CGT et au NPA-Révolution Permanente travailleur ¨chez un autre sous-traitant aéronautique et qui est venu en soutien au rassemblement, « ils sont les premiers avec Daher à subir des attaques et nous on va tous y passer après »
 

 
Mardi 9 juin, les salariés appellent à la grève et a un rassemblement à 14H30 devant le siège de Derichebourg Aeronautics Services au 1 bis Avenue Escadrille Normandie Niemen, Blagnac. Soyons nombreux pour les soutenir et montrer que nous ne laisserons pas la crise sanitaire et économique être un prétexte pour licencier et précariser. Contre la division que le patronat cherche à imposer, coordonnons nos luttes, donnons une réponse unitaire !

Pour les soutenir les salariés de Derichebourg signez leur pétition publique, ici




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