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Monde

Le populisme ébranlé par la lutte de classes

Après une semaine, les enseignants polonais toujours en grève pour leurs salaires et leur dignité

Après tant d’années d’humiliations, les enseignants montrent la voie à l’ensemble de la classe ouvrière à travers leur grève illimitée. La solidarité populaire se met en place.

lundi 15 avril

C’est déjà une lutte historique pour la Pologne mais même au-delà en Europe. 600 000 enseignants en grève illimitée depuis plus d’une semaine pour leurs salaires mais avant tout pour leur dignité. Et la grève ne semble pas près de s’arrêter. Le gouvernement déclare n’avoir plus d’argent pour satisfaire les revendications des enseignants. Parallèlement, les ministres mènent une campagne dans les médias pour « diaboliser » les grévistes utilisant les élèves et les examens qui doivent avoir lieu ces jours-ci dans les écoles primaires et dans les collèges comme « boucliers argumentatifs ».

La question des salaires

En effet, alors que les salaires des enseignants polonais se trouvent entre les plus faibles de toute l’Union Européenne (UE) - entre 500€ et un peu plus de 800€ par mois en moyenne -, le gouvernement essaye de les faire passer pour des « privilégiés » et des « profiteurs » (les longues vacances d’été) et exige qu’ils soient « raisonnables » et acceptent son offre. Comme l’explique une enseignante au Courrier d’Europe Centrale : « La vérité, c’est que pour pouvoir partir en vacances, je dois prendre un job d’assistante en colonie de vacances pour pouvoir y emmener ma fille gratuitement. Je travaille donc bénévolement pour que ma fille parte en vacances. Mais ce ne sont pas des vacances pour moi ! (…) N’est-ce pas Lénine qui a dit qu’un pays où un policier gagne plus qu’un instituteur est un régime policier ? ».

Les syndicats d’enseignants au début de la grève exigeaient une hausse de 1000 zlotys (233 euros) par mois mais ils ont décidé de rabaisser leurs exigences à une augmentation de 30% par mois. Cependant, le gouvernement insiste et persiste : il propose une hausse de 15%, échelonnée et en échange d’une augmentation du temps de travail des enseignants. La grève se poursuit donc.

La grève et les examens de fin d’étude

La semaine dernière ont eu lieu les examens de fin d’études des collégiens, un examen nécessaire pour accéder au lycée. Selon la ministre de l’éducation, les examens se sont déroulés en toute normalité malgré la grève et grâce à la participation de « volontaires » (notamment des prêtres et des sœurs catholiques). Cependant, ces affirmations sont démenties par la presse et les syndicats.

Cette semaine, ce sont les élèves de primaire qui doivent passer leurs examens de fin d’étude et se posent les mêmes doutes. Les syndicats ont d’ailleurs affirmé que les examens de fin d’année au lycée, qui auront lieu en mai, pourraient eux-aussi être en danger si d’ici là le gouvernement ne répondait pas aux revendications des grévistes.

Soutien populaire

Malgré la campagne de « diabolisation » du gouvernement et le calendrier sensible de la grève (examens), les enseignants ont encore un assez large soutien au sein de la population. Parents et élèves ont exprimé la semaine dernière leur soutien à la lutte des professeurs en participant ou en organisant des rassemblements et manifestations en faveur des revendications des grévistes dans plusieurs villes.

Mais l’une des plus importantes démonstrations de solidarité avec les enseignants a eu lieu au cours de la semaine dernière quand a été mise en place une cagnotte en ligne pour alimenter le fond de grève pour les enseignants non syndiqués (les syndicats mettent en place des fonds de grève pour leurs adhérents) : en quelques jours ce sont près de 530 000 euros qui ont été récoltés !

En effet, cette grève massive d’enseignants non seulement va au-delà des revendications salariales, les professeurs mettant aussi en avant la question de la dignité, mais elle va au-delà même des enseignants. Elle symbolise la lutte contre toutes les humiliations que la classe ouvrière et les classes populaires ont subies depuis les années 1990 et la brutale réintroduction du capitalisme en Pologne ; contre l’avancée des idées ultraconservatrices et rétrogrades (homophobie, machisme) ; contre l’avancée d’un régime de plus en plus répressif.

Et effectivement, pour éviter de rester isolés les enseignants grévistes devront se lier à d’autres secteurs des travailleurs et de la population, à commencer par les élèves et les parents d’élèves.

En effet, si le gouvernement se montre aussi « intransigeant » ce n’est pas seulement parce qu’il « n’a pas les fonds » mais parce qu’une victoire des enseignants pourrait réveiller d’autres secteurs des travailleurs. Une convergence entre ces différents secteurs serait non seulement un grand problème pour le gouvernement actuel, mais pour l’ensemble de la classe capitaliste polonaise et ses « sponsors » impérialistes (à commencer par l’Allemagne).

Mais pour cela les enseignants grévistes doivent éviter que leur lutte soit déviée ou récupérée par l’opposition libérale qui de façon démagogique dit soutenir la lutte, alors même que quand ils étaient au pouvoir ils ont contribué à dégrader les conditions de travail des professeurs.




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