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Instrumentalisation

Argent public, islamophobie et propagande pro-Macron : retour sur le fonds « Marianne » de Schiappa

France 2, Marianne et Mediapart ont révélé l'utilisation suspecte du fonds « Marianne » créé par Marlène Schiappa suite à l'assassinat de Samuel Paty. Si le doute existe encore sur un possible détournement, des millions d’argent public ont bien été employés pour relayer l'islamophobie d’État et de la propagande pro-Macron pendant les élections.

Seb Nanzhel

14 avril 2023

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Nouveau scandale en macronie. Après les révélations de France 2 et Marianne sur l’utilisation douteuse de fond créés par Marlène Schiappa suite à l’assassinat de Samuel Paty, de nouveaux éléments déterrés par Mediapart enfoncent le clou. Selon le journal, le fonds « a financé des contenus politiques en période électorale ». La macronie a donc instrumentalisé l’assassinat du professeur non seulement pour faire avancer un agenda raciste, mais également pour faire campagne.

En avril 2020, quelques mois après l’assassinat de Samuel Paty, et alors que l’instrumentalisation islamophobe par le gouvernement de ce crime bat son plein, Marlène Schiappa, alors ministre déléguée chargée de la citoyenneté, annonce sur BFMTV qu’elle « lance un fonds qui s’appellera le fonds Marianne. Avec 2,5 millions d’euros, on peut faire beaucoup de choses pour défendre les valeurs de la République. »

D’après l’appel à projet, ce fonds a pour objet de « soutenir des actions en ligne, à portée nationale, destinées aux jeunes de 12 à 25 ans exposés aux idéologies séparatistes ». Autrement dit, pour financer du contenu en ligne pour diffuser le racisme et l’islamophobie d’Etat auprès des jeunes générations...

Une opération pour laquelle le fonds dégotte 17 associations prêtes à défendre les « valeurs de la République ». Des associations sélectionnées en toute hâte (l’appel à projet a été bouclé en trois semaines), et autour desquelles le ministère de l’Intérieur entretien le flou le plus total. « Quels sont les noms des heureux élus et les montants alloués ? Le ministère de l’Intérieur refuse –à rebours de toute obligation légale– de les communiquer… », écrivait Marianne à l’issue de l’appel à projet.

Au cours de leur enquête, Marianne et France 2 se sont procurés la liste des associations et la ventilation des un peu plus de 2 millions d’euros de subventions finalement accordées. Parmi elles, c’est « l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation au service militaire » (USEPPM) qui a touché le plus gros lot, soit 355 000 euros d’argent public.

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Un magot qui, selon Marianne et France 2 aurait servi à financer le projet en ligne Ilaïc, qui comprend entre autres « un compte Youtube avec 13 vidéos dont la majorité ne dépasse pas les 50 vues, et un compte Instagram avec seulement 138 abonnés », comme le rapporte France 2.

Parmi le contenu créé, une vidéo de propagande publiée en octobre 2021 accusant Anasse Kazib, cheminot et porte-parole de Révolution Permanente alors en recherche de parrainages pour les présidentielles de « faire preuve d’une duplicité indulgente à l’égard de l’islam politique », parce qu’il porte un message clair contre l’islamophobie d’État. Culminant à 1600 vues (1900 si on ajoute les vues du doublon publié sur la chaîne), la vidéo reprenant tous les codes de l’extrême droite est la plus vue du programme … Au compte d’Ilaïc également, un « top 10 des moments anti-républicains » dans lequel des militant.e.s antiracistes et féministes comme Kaoutar Harchi, Fatima Ouassak ou à nouveau Anasse Kazib sont mis côte à côte avec le tueur Salah Abdeslam.

Si cette propagande islamophobe financée par l’argent public est déjà un scandale en soi, France 2 et Marianne soulèvent des questions quant à un possible détournement des fonds. Les médias relèvent en effet des incohérences dans les explications de l’utilisation de ces fonds par les dirigeants de l’association, et expliquent : « [des] relevés bancaires montrent que l’association aurait versé 120 000 euros aux deux responsables de la structure, Cyril Karunagaran et Mohamed Sifaoui. […] un peu moins de 3 100 euros net pour le premier, entre 3 280 et 3 500 euros net mensuels pour Mohamed Sifaoui. Tous deux, certains mois, étaient rémunérés deux à trois reprises. Des rétributions pourtant contraires aux statuts de l’association […] Quelques semaines avant la diffusion de notre enquête, quelques milliers d’euros (5 000 et 7 000 euros) sont réapparus sur le compte de l’association sous le libellé "remboursement"… ».

Mis face aux faits, Mohamed Sifaoui justifie : « L’argent qui a été capté par l’association est un argent qui a servi principalement aux salaires des geeks – qui ont produit du contenu – et du contre-discours à travers des comptes visibles et d’autres du trolling.  » Que l’on soit rassurés, l’argent n’a pas été détourné, il a servi à financer des trolls islamophobes sur les réseaux. On aura vu mieux comme défense.

Les conditions autour de l’attribution des fonds ont de quoi faire douter, en raison du délai et du flou autour de l’appel à projet, mais également de la proximité entre le ministère et les associations choisies. En effet, tout ce beau monde se fréquente et se croise dans les salons ministériels de mandat en consultations. Mohamed Sifaoui a ainsi travaillé avec Marlène Schiappa lors de la préparation de la loi « Séparatisme », comme le relève Mediapart.

Si ces révélations ne suffisaient pas, Mediapart enfonce le clou avec une enquête concernant une autre association bénéficiaire du fonds Marianne, « Reconstruire le commun ». Cette dernière a touché pas moins de 330 000 euros de subventions alors qu’elle venait d’être tout juste créée au moment de l’appel à projet. Proche du Printemps Républicain, cette association a pris la tâche de relayer le racisme d’État dans la jeunesse avec un peu plus au sérieux que Ilaïc.

57 vidéos à destination de la jeunesse financées avec l’argent public sur une chaîne nommée « Comme un » ont ainsi été produites par l’association. Des vidéos dans lesquelles les membres du Printemps Républicain sont régulièrement relayés, et qui ont toutes en commun leur discours islamophobe et la reprise de l’argumentaire gouvernemental autour de la menace du « wokisme ». « Décryptage du terme « woke » », ou du « mouvement décolonial », reprise des théories islamophobes de Valls, ou encore « Décryptage du discours de Rokhaya Diallo sur le privilège blanc » : tous les canons du genre y passent.

Dans un format long nommé « A la bonne franquette », des jeunes aux opinions rassies dissertent sur leur vision de la « laïcité » et de la « République ». On y apprend par exemple que l’affaire McKinsey est un « faux scandale » qui « correspond au logiciel idéologique des extrêmes », on s’y alerte sur la radicalisation politique de la jeunesse ou encore de « l’islamisme dans les quartiers ». Un format qui tente de servir la soupe gouvernementale à la jeunesse, mais qui a également été utilisé à des fins de propagande électorale sur des financements publics et hors de tout cadre. Une émission diffusée juste avant les élections législatives fait l’éloge du camp présidentiel, camp « de la raison », face « aux extrêmes ». Elle s’attaque particulièrement à Jean-Luc Mélenchon, accusé de « citer comme il veut Trotski qui est quand même le plus grand inspirateur des camps nazis. » D’autres vidéos s’en prennent au « wokisme » de Sandrine Rousseau ou à la gestion de la ville de Paris par Anne Hidalgo.

Autant de scandales enchâssés, qu’une Une de Playboy ou qu’un coming-out ministériel ne pourront pas effacer. L’affaire autour du fonds Marianne, au-delà des possibles détournements et irrégularités dans la gestion des fonds auxquels la macronie est habituée, vient une fois de plus mettre en lumière la profondeur du racisme d’État et le cynisme de la macronie. Cette dernière n’hésite pas à instrumentaliser l’ignoble assassinat de Samuel Paty pour lancer une offensive islamophobe dans la jeunesse et a en user à des fins électorales. Un scandale qui vient affaiblir un peu plus un gouvernement isolé face à une colère d’ampleur.


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