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Biélorussie

Arrestation de Roman Protassevitch. Coup de force de Loukachenko et hypocrisie occidentale

Prétextant une grossière alerte à la bombe, les services secrets biélorusses ont détourné, dimanche, un avion commercial qui transportait Roman Protassevitch, journaliste opposant et rédacteur en chef du journal Nexta. Cette arrestation est un nouveau coup de force orchestré par le régime autocratique de Loukachenko. Face à cette odieuse arrestation, l’Europe annonce lundi soir de nouvelles sanctions contre le régime biélorusse, instrumentalisant l’événement pour avancer ses pions sur l’échiquier est-européen.

lundi 24 mai

Crédits photo : AFP

Brutalité militaro-policière et persécution de l’opposition

Le régime autocratique de Loukachenko, en place depuis 1994, vacille depuis les élections contestées du 9 août 2020 et la puissante vague de contestation populaire emmenée par une grande partie de la jeunesse, des classes moyennes et des travailleurs. Face au formidable assaut populaire, le régime vacillant et affaibli de Loukachenko n’a pu répondre que par la répression féroce, causant au moins quatre morts, selon les sources officielles, près de 4000 blessés et pas moins de 30 000 arrestations. Parmi elles, l’opposition libérale et pro-occidentale s’est trouvée largement visée. Deux candidats d’opposition, le banquier Victor Babaryka et le youtubeur Shiarhei Tsikhanouski ont ainsi été emprisonnés, avant les élections, de même que nombre de représentants de l’opposition depuis l’explosion sociale d’août 2020.

C’est dans ce contexte ultra répressif que le jeune opposant de 26 ans s’est retrouvé arrêté dimanche en Biélorussie, après que les services secrets ont détourné un avion commercial qui le transportait. Relayés par Le Monde, les propos des passagers décrivent un jeune homme soudainement paniqué au moment où l’avion vire de bord : « Nous lui avons demandé ce qu’il se passait, témoigne un passager. Il nous a dit : je risque la peine de mort, ici »

Remous géopolitiques et nouveau bras de fer

L’arrestation de l’opposant biélorusse et de sa compagne, nouveau coup de force contre l’opposition à qui le régime envoie un message sans équivoque, ont suscité de nombreuses réactions dans le monde, et en particulier dans l’Union Européenne, qui annonce ce lundi de nouvelles sanctions. La Lituanie (où l’opposition en exil réside), la Pologne et l’Ukraine ont annoncé de leur côté que leurs avions éviteraient désormais l’espace aérien biélorusse. L’UE annonce pour sa part la préparation de « représailles », visant notamment les intérêts privés de quelques personnalités clés du régime et des mesures d’isolement du pays en fermant notamment ses accès aériens, voire terrestres.

Il est clair que l’événement ravive les tensions entre l’ex-république soviétique et l’Union Européenne qui soutient activement son opposition (en particulier le parti d’extrême droite polonais, Droit et Justice, qui la finance à hauteur de 10 millions d’euros). La contre-offensive occidentale, qui se pare des oripeaux démocratiques, a surtout pour but de déstabiliser un gouvernement non aligné à ses intérêts afin de pousser vers le pouvoir une opposition néolibérale inféodée aux siens, contre ceux du peuple biélorusse.

Condamnations hypocrites de l’UE et rivalité avec la Russie

L’UE dénonce une arrestation « inacceptable » et assure, par la voix d’Ursula Von der Leyen, que le « comportement outrageux et illégal du régime biélorusse aura des conséquences ». Mais ces postures, qui cherchent avant tout à dresser une frontière idéologique artificielle avec les gouvernements autocratiques non alignés, ne s’embarrassent pas de contradictions. Combien, en effet, de hauts fonctionnaires européens s’insurgeaient à propos des persécutions qu’ont subi les lanceurs d’alerte Julian Assange ou Edward Snowden ?

En réalité, l’UE n’a que faire des revendications démocratiques populaires. Ce qu’elle souhaite avant tout, c’est mettre en place un régime favorable aux multinationales et aux investissements occidentaux afin de contrebalancer l’influence russe dans l’ex-espace soviétique. De plus, ces pays limitrophes représentent des territoires clés du point de vue militaire, dans la mesure où ils font « tampon » entre les frontières russes d’une part, et la zone géographique sous contrôle de l’OTAN d’autre part. En 2014, par exemple, le renversement du président ukrainien pro-russe Ianoukovitch, sous couvert de lutte pour la démocratie, n’a en fait permis que l’élection de Petro Porochenko, un autre oligarque corrompu, dont la seule « qualité » était d’être favorable aux intérêts occidentaux.

L’extraordinaire soulèvement populaire contre le régime autocratique, anti populaire et policier de Minsk ne doit donc pas se laisser absorber par les intérêts impérialistes occidentaux, mais au contraire trouver la voie de son émancipation, en toute indépendance des intérêts capitalistes étrangers, qui instrumentalisent ses revendications, tout comme l’odieuse arrestation de Protassevitch.




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