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Politique

Assa Traoré : « On ne demande pas des discussions dans un salon de thé à l’Élysée »

Le gouvernement tente de canaliser la colère contre les violences policières racistes et Nicole Belloubet, ministre de la justice, a invité la famille Traoré à échanger. Une invitation refusée par les proches d'Adama, qui expliquent attendre de réelles « avancées judiciaires ». Le Comité Vérité pour Adama a organisé, ce mardi, une conférence de presse.

mardi 9 juin

C’est l’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, qui a été contacté pour « organiser une rencontre entre le garde des Sceaux et la famille d’Adama Traoré ». Le comité La vérité pour Adama a déclaré sur Facebook : « Contrairement à ce qu’affirment certains médias, sans avoir attendu la réponse de la famille Traoré, celle-ci refuse de rencontrer la garde des sceaux pour échanger. Elle demande depuis quatre ans que les gendarmes entre les mains desquelles est mort Adama Traoré soient convoqués devant la justice, interrogés et mis en examen. La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale. »

Le Comité Vérité pour Adama a organisé, ce mardi, une conférence de presse. Étaient présents à la tribune Ladj Ly, réalisateur du film Les Misérables, ainsi que Assa Traoré.

Lors de la conférence de presse, Assa Traoré a salué l’installation d’un rapport de forces grâce aux mobilisations récentes, qui a permis notamment que soit enfin entendus des témoins clés dans l’affaire.

Elle a expliqué la décision du Comité Adama de ne pas répondre à l’invitation de Nicole Belloubet. « La ministre de la justice ne doit pas rencontrer la famille Traoré, mais la ministre de la justice doit recontrer le procureur. On rappelle qu’il y a séparation entre l’État et la justice. On ne demande pas que les discussions se fassent dans un salon de thé de l’Élysée, on demande que les actes judiciaires soient faits. On demande depuis le début que les gendarmes soient mis en examen. La ministre de la justice doit convoquer le procureur et demander des comptes sur l’affaire Adama Traoré ; et demander la mise en examen des gendarmes.

Aujourd’hui nous sommes dans une guerre d’expertise avec la justice. Toutes les expertises mandatées par la justice vont venir couvrir et innocenter les gendarmes. […] Donc aujourd’hui nous refusons le rendez-vous avec la ministre de la justice. Si elle doit rencontrer quelqu’un, c’est le procureur. Si quelqu’un doit être convoqué, ce sont les gendarmes. Ce sont les gendarmes qui doivent être ré-entendus. Nous demandons une reconstitution, qui est refusée depuis quatre ans ».

Sous la pression populaire, le gouvernement voudrait établir des rapports pacifiques avec les figures publiques de celles et ceux qui luttent contre les violences policières racistes, pour ainsi donner l’impression de chercher à résoudre le problème. Mais comme le dénoncent les proches d’Adama, il ne s’agit que d’une mascarade. La situation des policiers entre les mains desquelles est mort Adama Traoré sont un exemple-type de l’impunité policière, ainsi que l’acharnement judiciaire dont sont victimes Assa Traoré et sa famille, notamment ses frères.

Le gouvernement tente de calmer la mobilisation et de « sauver le système » – notamment avec les annonces de Castaner ce lundi. Mais en réalité, la solution au racisme systémique ne viendra pas des institutions, et encore moins de ce gouvernement, dans lequel on ne peut avoir aucune confiance. Ce que montre la situation actuelle, c’est que le racisme est un problème structurel, dans la police comme dans l’État français ; et qu’il faudra renverser tout le système pour y mettre fin. Seule la mobilisation collective peut faire évoluer la situation.

En ce sens, une manifestation est appelée ce samedi à Paris par le Comité La vérité pour Adama, pour réclamer « vérité et justice » pour toutes les victimes de violences policières.




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