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Politique

Justice de classe

Assa Traoré condamnée pour « atteinte à la présomption d’innocence » : stop à l’acharnement judiciaire !

Assa Traoré a été condamné pour « atteinte à la présomption d’innocence » pour avoir cité le nom des trois gendarmes entre les mais desquels Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016. L'acharnement judiciaire continue tandis que les gendarmes n'ont de leur côté toujours pas été jugés.

mercredi 3 mars

Crédit photo : AFP

Depuis juillet 2016, la sœur d’Adama Traoré se bat pour obtenir vérité et justice pour son frère, un jeune homme décédé à la suite d’une interpellation de police. Le combat d’Assa Traore et sa famille se heurte à de nombreuses embûches notamment de la part de l’appareil judiciaire qui n’a eu de cesse de criminaliser cette lutte avec de nombreuses interpellations et condamnations allant jusqu’à l’incarcération de plusieurs membres de cette famille.

Aujourd’hui, cet acharnement judiciaire s’est une fois de plus manifesté. En effet, pour avoir cité dans deux post Facebook les noms des trois gendarmes entre les mans desquels Adama Traoré est mort en 2016, la cour d’appel a rendu un arrêt le 26 février la condamnant à supprimer les publications mises en cause et à rembourser 4 000 euros pour les frais de justice. Elle devra également faire figurer pendant 15 jours une mention de la décision de justice sur la page Facebook. Chaque jour de retard dans l’exécution de cette décision lui coûtera 100€.

Cette condamnation au caractère clairement politique montre une fois de plus le deux poids deux mesures d’une justice de classe visant à criminaliser la lutte contre les violences policières et donc de ce fait la remise en cause de l’ordre établi tout en organisant l’impunité de la police, instrument de protection d’un ordre injuste, inégalitaire et raciste.

Assa Traoré a été à la tête, avec le comité Vérité et Justice pour Adama, de la plus grande mobilisation antiraciste depuis les marches pour l’égalité en 1983, en effet, l’été dernier, suite au meurtre de Georges Floyd et à l’initiative du comité Adama, des manifestants sont descendus dans les rues par milliers pour réclamer vérité et justice pour Adama ainsi que pour toutes les victimes de violences policières. La militante anti-raciste est de toutes les luttes, elle a participé avec le comité Adama aux manifestations des Gilets Jaunes mais également aux manifestations contre la loi Sécurité Globale.

Cette condamnation contre Assa Traore va de pair avec ce contexte d’offensive sécuritaire et raciste par le biais des lois sécurité globale et séparatisme visant à criminaliser la lutte antiraciste avec notamment la dissolution du CCIF mais également avec ce contexte où des procès en islamo-gauchisme sont menés par le gouvernement en partie dans les universités. Ils visent à délégitimer les études postcoloniales ou toute recherche mettant en lumière les discriminations systémiques présente au sein de nos société et entretenues par les classes dominantes.

Cette condamnation montre, par ailleurs, une fois de plus le caractère profondément inégalitaire d’une justice de classe qui sévit au service de la classe dominante puisqu’elle se range quasiment systématiquement du côté de l’impunité policière. Ainsi, alors que l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable de corruption et de trafic d’influence et condamné à trois ans de prison dont un ferme, ce dernier a reçu le soutien de plusieurs personnalités de la classe politique. En effet, Darmanin lui a apporté son “soutien amical", Schiappa pense “qu’il a fort bien représenté la France à l’étranger” tandis que Marine Le Pen a déclaré que “si Nicolas Sarkozy souhaite être Candidat à la présidentielle il doit l’être malgré sa condamnation”. Ceci montre ainsi la solidarité de classe qui s’opère au sein de la bourgeoisie tout en restant silencieuse face à l’acharnement judiciaire que subissent les familles de victime de violences policière qui osent réclamer justice pour le meurtre de leurs défunts.

Cette condamnation à l’encontre d’Assa Traoré est une attaque contre l’ensemble du mouvement anti-raciste et les familles de victimes de violences policières. Elle doit pousser l’ensemble des forces de gauche et d’extrême-gauche à apporter tout leur soutien à Assa Traoré et sa famille, à réclamer l’abandon de toutes les charges à son encontre et la libération de ses frères, et à exiger vérité et justice pour toutes les victimes de violences policières




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