^

Politique

Wikileaks

Assange. France, pays des droits de l’homme ?

Romain Baron Julian Assange, activiste australien fondateur et porte-parole de WikiLeaks, avait fait en 2010 de nombreuses révélations sur les Etats-Unis durant la guerre en Irak. Accusé de viol et d'agression sexuelle par la justice suédoise pour des faits datant de 2010 qui se seraient déroulés en Angleterre, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen toujours en vigueur, il s’est réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres voilà déjà 3 ans, l’Equateur étant jusqu’ici le seul pays à lui avoir accordé l’asile politique. Sous surveillance permanente par la police de sa majesté, il estime risquer la peine de mort s’il était extradé vers les Etats-Unis après avoir un renvoi en Suède. D’où la lettre ouverte qu’il a publiée dans Le Monde d’hier, où il demande l’asile politique à la France. Demande à laquelle, par un communiqué laconique, l’Elysée a rapidement opposé ce vendredi un refus sans ambiguïté.

mardi 7 juillet 2015

Dans sa lettre au Monde, Assange écrit : « Je suis un journaliste poursuivi et menacé de mort par les autorités états-uniennes du fait de mes activités professionnelles ». Et rajoutant : « En m’accueillant, la France accomplirait un geste humanitaire mais aussi probablement symbolique, envoyant un encouragement à tous les journalistes et lanceurs d’alerte qui, de par le monde, risquent leur vie au quotidien pour permettre à leurs concitoyens de faire un pas de plus vers la vérité ». Peine perdue.

Car le « pays des droits de l’homme » s’assoit déjà de longue date sur les droits et libertés démocratiques élémentaires. Pensons notamment à sa politique répressive et liberticide dans l’Hexagone, à son militarisme revanchard et son soutien françafricainaux pires dictatures qui soient à l’étranger. Hollande et Le Drian n’ayant pas leur pareil pour se faire les VRP des plus gros marchands de canon du pays. « La situation de M. Assange ne présente pas de danger immédiat. Il fait en outre l’objet d’un mandat d’arrêt européen », précise le communiqué de la Présidence. Il est surtout évident que Hollande ne souhaite aucunement entacher ses bonnes relations ni avec Washington, ni avec l’Union Européenne en s’encombrant d’un activiste de cette envergure.

On pourrait juger que Wikileaks, pourtant, a fait œuvre utile pour la République, révélant le 24 juin dernier l’ampleur des écoutes par la puissante NSA américaine des trois derniers présidents français, après avoir rendu public, en mai, l’espionnage par les services secrets allemands d’EADS et Eurocopter, vraisemblablement déjà là aussi pour le compte de la NSA. Assange a-t-il cru pouvoir s’appuyer sur ce service rendu pour obtenir gain de cause auprès de Hollande ?

Mais les plus informés sur ces petits jeux secrets auxquels se livrent les Etats impérialistes centraux les uns envers les autres,sont ces Etats eux-mêmes. Grande mascarade dont il ne faut être le moins du monde dupe. Bien sûr Hollande a fait la moue lors des révélations du 24 juin. Mais les services d’espionnage français ne font-ils pas notoirement la même chose, auprès de la population et en particulier des journalistes et militants politiques, et ne vont-ils pas le faire d’autant plus que la loi sur le renseignement leur en donne dorénavant toute l’impunité ?

Le refus élyséen d’accorder l’asile à Assange n’est pas surprenant. Il reflète ce qu’est l’Etat français lui-même : un immense barbouze prêt à tout pour satisfaire, en interne comme sur la scène internationale, les appétits de sa bourgeoisie, comme en témoigne l’actuelle tournée françafricaine de Hollande, et qui ne laissera jamais passer la liberté d’expression et le droit de la presse au-dessus des intérêts qu’il s’emploie à protéger et relayer.




Mots-clés

Julian Assange   /    Politique