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Jeunesse

Sexisme à l'université

Assas. Dans la fac d’élite, on classe les étudiantes en fonction de leur physique

Sarah Macna Samedi dernier, un nouveau site est apparu parmi les étudiants de l'université de Paris 2 – Panthéon Assas. Le site Bestassas avait pour projet de classer les étudiantes en fonction de leur physique. Une pratique qui n'est que le reflet du sexisme à l'université, et plus particulièrement dans les écoles supposés « d'élite » où la compétition entre étudiants va bien souvent de pair avec le renforcement des rôles de genre.

mercredi 17 février 2016

Le principe était simple : une fois avoir trouvé l’ensemble des photos des étudiantes d’un des groupes de la première année en droit par le biais d’un faux compte facebook, le ou les créateurs du site proposaient à chaque étudiant de voter pour les plus beaux physiques. Un classement des 100 filles les plus belles – qui devait s’élargir à l’ensemble des étudiantes de l’université – était ensuite publié, avec la possibilité de commenter chacune des photos. Un endroit idéal, donc, pour commenter à son gré les fesses, seins, cheveux ou autre de chacune, en renforçant ainsi les codes et les standards de beauté de cette société. Et lorsque des étudiantes ne rentrent pas dans ceux-ci (« trop grosse », « trop maigre », « pas assez de seins », « trop garçon », etc.), nul doute que le site aurait été le lieu par excellence de la censure esthétique et du harcèlement sexiste.

Le ou les créateurs de la page – encore inconnus – expliquait sur le site que celui-ci était destiné à classer aussi les étudiants masculins. Le but ? « Apporter un peu de gaieté dans la vie trop triste des étudiants d’Assas ». Cette logique selon laquelle « apporter un peu de gaité » sur les facs se résumerait à les transformer un cadre de séduction et de compétition physique plus ou moins larvée se retrouve dans nombre d’associations corporatistes présentes dans les universités françaises. Sur chaque fac en effet, on retrouve ce genre d’association « apolitique » pour organiser des soirées où le but central est « de choper ». Un certain nombre d’entre elles ont d’ailleurs parfois été condamnées pour leurs affiches et soirées sexistes. Dans les universités considérées comme faisant partie de « l’élite » comme à Sciences po, en fac de droit ou en fac de médecine, ces pratiques sont encore plus courantes qu’ailleurs, même si celles-ci se développent désormais un peu partout, revendiquant de suivre la mode des campus américains « vus à la télé ». Rien d’étonnant à ce que Assas, connus pour être une fac « de droite », voire d’extrême-droite, soit à l’avant-garde de ce genre de pratique...

Un type de pratique reflétant ce que sont nos universités

Suite au communiqué de l’Unef de Paris 2 réagissant face à ce nouveau site et demandant sa fermeture, celui-ci n’est désormais plus accessible. Comme l’explique le syndicat étudiant, « ce site réduit donc les femmes à des vitrines de magasins se devant d’être les plus belles possible, incapables de faire autre chose. ». Que celui-ci existe ou non en « version garçon » ne change d’ailleurs rien à l’affaire : si le harcèlement sexiste et la violence esthétique sont subis en premier lieu par les filles, ils peuvent aussi avoir des conséquences chez les garçons. Car en réalité, ce qui est en jeu, c’est non seulement la question du sexisme, mais aussi son articulation avec les modes de sociabilité et de rapports entre étudiants qui prédominent à l’université.

C’est d’ailleurs en cela qu’on peut reprocher au communiqué de l’Unef Paris 2 de ne pas aller assez loin. En effet, le syndicat étudiant explique que ce site « instaure ainsi une concurrence entre les étudiantes, ce qui n’est pas l’objectif de l’université et ne dois en aucun cas l’être. ». En réalité, ce type de pratique n’est que le reflet de ce que sont nos universités. Des universités où règnent la concurrence, aggravée sans doute ces dernières années par les coupes budgétaires qui renforcent la compétition de tous contre tous pour pouvoir accéder à la bonne fac, au bon TD... ou simplement pour avoir une place où s’asseoir dans l’amphi. Des universités qui n’ont jamais été que le lieu de la reproduction de l’idéologie dominante, où les esprits critiques (et les corps non « standardisés ») n’ont pas (ou si peu !) voix au chapitre, car il s’agit de former des étudiants prêts à rentrer sagement sur le marché de l’emploi. Des universités, enfin, encadrées par des rapports essentiellement hiérarchiques entre les professeurs et les élèves (ou même entre les professeurs et les personnels administratifs et les contractuels) qui donne lieu à de nombreux cas de harcèlements sexuels*.

« Bestassas » n’est donc qu’un symbole de plus du caractère oppressif de la vie à l’université. Il n’y a en ce sens aucun hasard dans le fait que les directions d’université ont, ces dernières années, accompagné le renforcement des associations corporatistes dans de nombreuses villes. Comprendre cela doit alors nous amener à prendre en charge l’ensemble du problème, de la remarque « déplacée » d’un professeur au contenu de nos cours, de la soirée « pour choper » à l’affiche sexiste, en passant par les rapports personnels de compétition qui se créent sur les bancs de la fac. Et s’il est vrai que celle-ci manque un peu de « gaité », ce n’est pas par des classements physiques qu’il sera possible d’y remédier, mais en se battant pour des universités où il serait possible de se réunir librement sans subir la répression de la direction ou des vigiles, où les cours seraient réellement des espace d’échange et de critique sur leurs contenus, et à quoi où tout le monde, quel que soit son statut, pourrait avoir accès.

* Voir à ce propos les très bons travaux de l’association CLASHES, association féministe de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur.




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