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Assurance-chômage : la violente réforme de Macron discrètement officialisée par décret

Alors que toute l’attention était portée sur les dernières annonces de Macron et la tension autour d’un potentiel reconfinement, un décret est paru au Journal officiel ce mercredi actant l’entrée en vigueur de la réforme anti-sociale de l’assurance chômage.

jeudi 1er avril

Crédit photo : AFP

La réforme de l’assurance chômage est une réforme phare pour le gouvernement. Un projet central qui illustre parfaitement le cap pour lequel le gouvernement est prêt à se battre : celui de la régression sociale, pour faire payer la crise aux plus précaires.

Pour rappel, les attaques de cette réforme se déclinent en deux volets principaux. Le premier concerne les indemnités journalières : alors que le montant de l’allocation était jusqu’ici calculé à partir des jours travaillés sur une période de 12 mois, désormais une période de 24 mois sera prise en compte, incluant les jours travaillés ou non, et entraînera donc une baisse de ces allocations pour un grand nombre de chômeurs. Le deuxième volet modifie les conditions d’accès à l’assurance chômage : il faudra désormais avoir travaillé et cotisé six mois sur les 28 derniers mois plutôt que quatre mois sur 24 comme actuellement.

Pour faire passer la pilule, le gouvernement prévoit également la dégressivité des allocations à partir du septième mois de chômage pour les salaires supérieures à 4.500 euros… subordonnée à « un retour à bonne fortune du marché du travail », selon Le Figaro. Comme l’expliquait Mediapart, le gouvernement prévoit également un système de “bonus-malus” pour contraindre les employeurs à limiter le recours aux contrats courts. Sauf que le gouvernement compte tout d’abord observer sur un an le comportement des entreprises avant d’appliquer ces “bonus-malus” sur leurs cotisations, soit d’attendre « quelques mois après la présidentielle de 2022, et quelques semaines avant de nouvelles négociations sur les règles de l’assurance-chômage ».

Avec cette réforme, le gouvernement marche sur des œufs. À l’heure où 30 milliards ont été dépensés par l’assurance chômage pour financer le chômage partiel et amortir les coûts pour le patronat pendant la pandémie, l’argument des “économies” ne tient pas pour cette réforme qui économiserait environ un milliard par an. Phillipe Aghion, économiste ancien conseiller de Macron pendant la course à l’Elysée, convient lui-même que cette réforme est basée sur l’idée fausse qu’il existerait : « un chômage essentiellement volontaire, ce qui est encore moins le cas aujourd’hui avec la pandémie ».

Si le report précédent de la réforme a constitué une trêve à l’heure où la gestion catastrophique du gouvernement ne lui permettait pas de continuer à appliquer son calendrier de contre-réformes, le gouvernement cherche aujourd’hui à reprendre le rythme d’attaques sociales tout en cherchant à apaiser les contestations naissantes. Alors que tous les regards étaient fixés sur les annonces du président et la polarisation engendrée par un re-confinement potentiel, c’est ce mercredi qu’est paru au Journal officiel le décret actant l’entrée en vigueur de la réforme de l’assurance chômage à date prévue en juillet. Le gouvernement espère ainsi faire passer en toute discrétion cette réforme hautement polémique et contourner la contestation, en particulier en offrant au secteur culturel une nouvelle date butoir mi-mai pour la ré-ouverture des lieux, à l’heure où le secteur se mobilise contre la réforme. Cette attaque majeure contre notre camp social a donc été actée en catimini, et sans combat de la part des directions syndicales.

Comme nous l’écrivions précédemment sur Révolution Permanente, face à ce gouvernement déterminé à faire payer la crise aux chômeurs et aux travailleurs, c’est bien par la lutte et le rapport de force qu’il sera possible de défendre nos droits. Il s’agit d’interpeller les directions syndicales et d’exiger un plan de bataille à la hauteur de ces attaques et de construire le front le plus large possible pour construire la riposte à la base contre Macron et son monde, en s’appuyant notamment sur les vendredis de la colère impulsés par les théâtres occupés.




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