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« On ne cédera pas contre l’extrême-droite ! »

Atelier animé par des drag-queens censuré : les personnels des bibliothèques débrayent en solidarité !

Ce 18 février, plus d’une cinquantaine de personnels en grève et d’usagers se sont rassemblés devant la médiathèque José Cabanis à Toulouse pour protester contre l’annulation par la mairie d'un atelier pour enfants animé par des drag-queens sous pression de l'extrême-droite.

Léo Stella


et Stéphane Piodon

20 février 2023

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Crédits : Révolution Permanente

Ce samedi, un rassemblement était organisé sur le parvis de la médiathèque José Cabanis suite au débrayage des personnels du réseau des bibliothèques toulousaines. En tout, ce sont neuf bibliothèques ainsi que la médiathèque Cabanis qui ont fermé dès 16h pour dénoncer la décision de la mairie, sous pression de l’extrême-droite, de déprogrammer un atelier de lecture pour enfants animé par les deux drag-queens Brandy Snap et Shanna Banana.

Les grévistes tenaient également à exprimer leur soutien face au harcèlement de l’extrême-droite, au moment même où leur atelier aurait dû se tenir à la médiathèque, comme le rappelle Alexia, responsable du service jeunesse de la médiathèque au micro de Révolution Permanente.

Le rassemblement des travailleurs des bibliothèques avait pour but de dénoncer le choix politique de la mairie de céder à la pression réactionnaire de Furie Française, groupuscule régional d’extrême-droite. Ce dernier avait en effet lancé une pétition, en s’inscrivant dans la campagne LGBTI-phobe menée par l’extrême-droite contre la venue de drag queens dans le milieu culturel public, comme ce fut le cas à Bordeaux ou Lamballe en Bretagne.

Jean-Luc Moudenc, maire de droite de la ville rose connu pour avoir participé à la manif pour tous aux côtés de certains de ses proches collaborateurs, a alors choisi de « réorienter la lecture pour n’accueillir qu’un public majeur » : une réponse sous pression de l’extrême-droite, qui véhicule l’idée selon laquelle les représentations drag-queens seraient un spectacle d’« hypersexualisation » à cacher de la vue des enfants.

Pour les personnels des bibliothèques, il n’est pas question de se laisser faire : C’est quoi la suite ? L’extrême-droite va venir retirer de nos collections les livres qui ne lui plaisent pas ? », s’interrogeait par exemple une travailleuse en grève. Nicolas, responsable CGT de la section bibliothèque, est lui aussi intervenu dans ce sens est intervenu : « Si on se demande à chaque fois qu’on veut programmer quelque chose comment l’extrême-droite va réagir, alors on aura perdu ! »

Canal Telegram : @revolution_permanente

De plus, le maire Jean-Luc Moudenc n’en est pas à son coup d’essai. En 2020, il avait déjà fait annuler la venue de la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo, à la veille du 8 mars après que la directrice de l’époque, fraîchement arrivée (et vite repartie) se soit indignée de la programmation d’une autrice qu’elle qualifiait d’« indigéniste ». Le débrayage avait donc aussi pour but de dénoncer la censure envers le milieu culturel. L’Association des bibliothèques de France a publié à la suite de la censure des drag queens un communiqué où elle rappelle que « les lectures de livres par des Drag Queens ont toute leur place en bibliothèque », mais aussi le fait que ces sont aux bibliothèques de gérer leurs programmations et leurs collections.

Ce débrayage réussi qui a touché une grande partie du réseau des bibliothèques a donc également montré que les travailleurs ne sont pas prêts à se laisser faire par la mairie. Un des travailleurs présents résume ainsi au micro de Révolution Permanente : « La question qui se pose aussi derrière ce rassemblement c’est de savoir qui détient le pouvoir de présenter des collections, mettre en place des évènements, animations comme la lecture des drags. Les bibliothèques sont un espace culturel mais aussi social qui doit être ouvert à tous et toutes, nous les fonctionnaires des bibliothèques on devrait être en capacité de présenter et mettre en place ce qu’on veut avec une ouverture sur les autres, au contraire de ce que prône Furie Française. Le débrayage réussi et le rassemblement ont pour but bien-sûr de montrer le soutien à Shanna Banana et Brandy Snap mais aussi de rappeler que nous, les travailleurs des bibliothèques on ne se laisseras pas censurer et que c’est nous qui avons le droit sur les collections et nos programmations. »

Face à cette offensive LGBTI-phobe menée par l’extrême-droite, d’autres rassemblement ont eu lieu sur la ville. En effet, la veille au soir du rassemblement, 200 personnes étaient rassemblées à Jean Jaurès contre les violences LGBTI-phobes et notamment contre la censure de la mairie, à l’appel d’Act-Up Sud-Ouest. De plus, les lectures ont pu être reprogrammées à la MJC Roguet et ont été un succès total.

Sur son compte instagram, Brandy Snap a tenu à « remercier toute l’équipe de la médiathèque José Cabanis et toutes les personnes qui ont participé à ce mouvement de grève en soutien à nos lectures. Ça me touche énormément ! Merci pour tout ! Merci pour le travail que vous faîtes, on a hâte de travailler avec vous toustes. On est là, on lâchera rien et votre travail est précieux. »

Comme le notait très bien une lycéenne venue en soutien au rassemblement :« À l’aube du 8 mars, le maire interdit aux drag queens d’exercer leur profession justement parce qu’elles sont drag queens et on trouve ça aberrant ! » En effet, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre se déroule cette année dans un contexte de mouvement social massif. C’est dans la rue et aux côtés des autres secteurs en lutte contre la réforme des retraites qu’il sera possible de construire une opposition unie de la classe ouvrière et des personnes victimes d’oppression, afin de répondre collectivement face aux offensives du gouvernement et de l’extrême-droite.


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