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Politique

La Macronie sur la brèche

Attaque à la Préfecture de Paris : la crise au sommet de l’État s’approfondit

L’attaque au couteau qui a eu lieu au cœur de la capitale, dans la place forte de l’une des institutions centrales de l’État, vient ébranler fortement le gouvernement.

jeudi 10 octobre

Au-delà de l’acte en lui-même, l’attaque au couteau perpétrée par un agent au sein de direction des renseignements de la Préfecture de Police contre des collègues à lui, jeudi 3 octobre, est hautement symbolique et lourde de conséquences. Le lieu est une véritable place forte, en plein cœur de la capitale, de l’institution policière. Une institution aux fonctions répressives indispensables au gouvernement, d’autant plus dans un contexte où il cherche à mettre en place des réformes aussi centrales et sensibles que la réforme des retraites, en n’hésitant pas à faire usage de la force au vu d’une colère sociale grandissante. C’est par exemple depuis la Préfecture que s’organise dans une grande mesure la répression systématique des Gilets jaunes chaque samedi, lorsqu’ils manifestent contre Macron et son monde.

« C’est le pire des scénarios auxquels on pouvait penser, explique le directeur général de la police dans les colonnes du Monde. Ce qui nous questionne tous, c’est qu’un signal faible n’a pas été exploité comme il aurait dû l’être mais j’ai la conviction qu’aucun service de police ne peut prétendre être à l’abri. C’est donc un échec pour tout le monde. Il y aura un avant et un après. »

En d’autres termes, cette attaque vient toucher au cœur une institution sur laquelle Macron compte s’appuyer de toutes ses forces jusqu’à la fin du quinquennat, et qui montrait déjà des signes de mécontentement et de fébrilité avant l’assassinat de quatre agents de la Préfecture de Paris. En témoignent notamment les manifestations de policiers qui avaient lieu la même semaine.

L’ampleur de la crise qui s’est ouverte ce jeudi 3 octobre se mesure au changement de discours du gouvernement, qui a choisi d’opérer une escalade sécuritaire et islamophobe en désignant un ennemi intérieur, « l’hydre islamiste ».

Un nouveau tournant répressif, qui n’est pas sans provoquer des remous, au sein de la population d’une part – ce qui s’est par exemple traduit par le hashtag #SignaleTonMusulman avec lequel les internautes ont ridiculisé la campagne islamophobe du gouvernement. Mais qui créé d’autre part également des tensions au sein même de la police, notamment autour des « signalements automatiques » exigés par Castaner. « Il va falloir que l’on définisse ce qu’est la radicalisation, a déclaré en ce sens un haut fonctionnaire de la police aux journalistes du Monde. On ne peut pas cribler tout le monde tous les matins. On ne peut pas non plus avoir la moitié des effectifs de police qui enquête sur l’autre moitié ! ».

Dans le même temps, les représentants du gouvernement enchaînent les bourdes en termes de communication – par exemple ce jeudi matin, lorsque Christophe Castaner déclarait au cours de son audition au Sénat qu’il pourrait communiquer la fiche de poste de Mickaël Harpon, auteur de l’attaque, avant d’être recadré par Nunez, son secrétaire d’État, rappelant que cette fiche est « forcément classifiée ». Une gestion globale de l’affaire dans les plus hautes sphères qui est également à l’origine d’une défiance croissante d’une partie des forces de répression envers le gouvernement.

C’est dans ce contexte que Macron joue désormais un délicat numéro d’équilibriste, entre tentative de refermer des brèches toujours plus importantes au sein des institutions répressives dont il a tant besoin, renforcement d’une politique sécuritaire et islamophobe, et volonté d’éviter que la colère sociale explose alors que l’agenda des réformes les plus décriées du quinquennat est encore à venir.




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