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Politique

Attaque au couteau : le gouvernement et le RN instrumentalisent à des fins islamophobes

Vendredi, un homme a attaqué au couteau deux salariés de la société de production Première Lignes, les blessant gravement, non loin des anciens locaux de Charlie Hebdo. Une attaque terrible qu’il s’agit de condamner avec force. Nous adressons en ce sens tout notre soutien aux blessés et à leurs familles. Instrumentalisant l’attaque, l'extrême droite a déversé son discours nauséabond et xénophobe, suivie par le gouvernement qui a sauté sur « l’occasion » pour légitimer son offensive islamophobe sur le « séparatisme » qui dure depuis plusieurs semaines.

samedi 26 septembre

Crédits photo : MARTIN BUREAU / AFP

Ce vendredi matin une attaque au hachoir a eu lieu près des anciens locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas Appert dans le onzième arrondissement de Paris, et a fait deux blessés graves, des journalistes de l’agence de presse Première Ligne dont le siège est situé dans la même rue. Une attaque que nous condamnons avec force. Nous nous associons au soutien aux blessés et à leurs familles.

Deux hommes ont été arrêtés, dont un homme qui serait âgé de 18 ans et d’origine pakistanaise, et qui a reconnu être l’auteur des faits. Cinq autres personnes ont été interpellées dans la soirée au domicile de l’assaillant présumé.

Un drame dont la proximité avec les anciens locaux du journal satirique et la temporalité du drame en plein procès des attentats de janvier 2015, ravivent le souvenir tragique de l’attaque terroriste perpétrée par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. C’est au vu de ces éléments que le procureur de la République a expliqué ouvrir une enquête pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ».

L’émoi totalement légitime suscité dans la population par cette nouvelle attaque ne saurait cependant se confondre avec l’instrumentalisation qu’en font le gouvernement et l’extrême-droite. Sautant sur l’occasion pour justifier son discours xénophobe, Marine Le Pen s’est ainsi empressée de tweeter pour mettre en cause « notre politique d’immigration », et le prétendu laxisme vis-à-vis des « clandestins » et de « l’islamisme ». Le militant d’extrême-droite, Damien Rieu, s’est également fendu d’un tweet – supprimé quelques temps après – dans lequel il accuse Paul Moreira, un des journalistes touchés par l’attaque, de « passer son temps à traquer les militants anti-islamistes et même à faire l’éloge des jihadistes », insinuant qu’il aurait mérité son sort.

De son côté, le gouvernement n’a pas tardé à réagir, le premier Ministre et le ministre de l’Intérieur interrompant une visite en Seine-Saint-Denis pour se rendre sur les lieux du drame, où Jean Castex a affirmé son « attachement indéfectible à la liberté de la presse et à la lutte contre le terrorisme ». Un comble au moment où des voix s’élèvent – à l’instar d’Amnesty International et d’autres – pour dénoncer la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre comme une attaque en règle contre les journalistes qui couvrent la répression des manifestations.

Pour sa part, Gérald Darmanin est intervenu au JT de France 2 affirmant que « c’est un acte terroriste islamiste » dont il s’agit, reconnaissant là « un mode opératoire islamiste » sans attendre les résultats de l’enquête. Prenant le contre-pied du Rassemblement National, le ministre a déclaré que « les musulmans » sont « les premières victimes » du terrorisme islamiste, expliquant que « les terroristes cherchent à nous séparer, […] le combat que nous devons mener c’est d’attaquer durement ceux qui veulent nous séparer ». Ainsi Gérald Darmanin utilise ce drame pour légitimer son projet de loi islamophobe « contre les séparatismes » qui s’inscrit dans l’offensive raciste et sécuritaire menée ces dernières semaines.

Un discours qui élude volontairement qu’en général, les individus à l’origine des attentats islamistes sont avant tout le produit d’un obscurantisme réactionnaire et rétrograde, financé directement ou non par les pétro-monarchies et pétro-bourgeoisies du Golfe, elles-mêmes alliées des puissances occidentales mais qui entendent également mener leur propre barque en tirant profit de la crise multiforme, économique et géopolitique, qui caractérise la situation internationale. Cet obscurantisme est à son tour alimenté par les impérialistes qui, depuis 2001, ont intensifié, au nom de la « démocratie », une offensive réactionnaire sur toute la ligne, à travers leurs interventions militaires en Afrique, au Maghreb et au Moyen-Orient, leurs occupations criminelles et leur soutien à la politique raciste et colonialiste de l’État sioniste d’Israël.

Les attentats contre les journalistes sont non seulement des attaques contre nos droits démocratiques, mais aussi des attaques contre les classes populaires, en particulier celles issues de l’immigration post-coloniale. Ils donnent un point d’appui au régime impérialiste français pour instiller un discours islamophobe qui divise notre camp social et légitime l’oppression raciste en laissant le soin à l’extrême-droite de s’adonner à un discours décomplexé qui pointe « les mauvais Français », les immigrés, les musulmans et les jeunes de quartier. Le même régime qui instrumentalise ces drames ignobles pour instiller un climat de peur et justifier le renforcement de la présence policière contre les populations des quartiers populaires, puis contre les mouvements sociaux. Un discours qui produit lui-même l’exclusion et crée donc les conditions objectives à la reproduction d’idées obscurantistes par réaction.

Par conséquent il s’agit de lutter de toutes nos forces contre les projets qui cherchent à installer durablement une fracture au sein de notre classe et de la jeunesse. C’est pourquoi les organisations se réclamant du mouvement ouvrier, de la gauche et de l’extrême-gauche ont la responsabilité de dénoncer l’offensive islamophobe du gouvernement et de l’extrême-droite qui cherchent à légitimer l’encadrement sécuritaire des classes populaires pour anticiper de potentielles explosions de colère, et à maximiser l’exploitation des populations victimes d’oppressions racistes.




Mots-clés

Islamophobie   /    Politique