^

Politique

Pompier pyromane

Attentat islamophobe, 2 hommes blessés par balle. Un ex-candidat du FN tente d’incendier une mosquée

Deux hommes de confession musulmane ont été grièvement blessés par balle ce lundi dans la tentative d’incendie de la mosquée de Bayonne. L’auteur présumé de cet attentat islamophobe est Claude Sinké, ex-candidat du FN et grand amateur de Eric Zemmour. Les deux victimes ont été évacuées vers le centre hospitalier de Bayonne.

lundi 28 octobre

Crédits photos : PHOTOPQR/Sud Ouest

Ce lundi, un homme de 84 ans, Claude Sinké, a tenté d’incendier la mosquée de Bayonne. Interrompu au cours de son attaque, l’homme a tiré par balle sur deux fidèles de la mosquée. « A 15h20, un homme a tenté d’incendier la porte de la mosquée de Bayonne. Surpris dans sa tentative par deux personnes, l’homme leur a tiré dessus » précise un communiqué de la préfecture. En repartant, il a incendié une automobile. L’auteur présumé a été interpellé à quelques kilomètres de Bayonne.

Les deux victimes, âgées de 74 et 78 ans, ont été gravement blessées à la cage thoracique et au cou. Elles se trouvaient lundi soir dans un état stationnaire. Selon le maire de Bayonne, « il s’agit de deux fidèles qui étaient à l’intérieur de la mosquée, des habitués qui participent à l’organisation des cérémonies religieuses ».

L’auteur de l’attentat, un ex-candidat du FN et grand amateur de Eric Zemmour

L’auteur de l’attentat islamophobe, qui a reconnu en garde à vue être l’auteur des tirs, avait été candidat du FN en 2015 aux élections départementales du canton de Seignanx. Comme le révèle Médiapart, Marine Le Pen était apparue aux côtés de Claude Sinké, ex-candidat du FN, lors d’une réunion publique, le 14 mars 2015, à Angoumé, près de Dax. « Venue démontrer que le FN était implanté partout, Marine Le Pen avait tenu ce jour-là un meeting de campagne pour les départementales en compagnie de tous ses candidats des Landes ». L’homme serait aussi, selon Médiapart, un « aficionado du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour ».

De Macron à Marine Le Pen, personne n’est responsable ?

Suite à l’attentat, l’ensemble de la classe politique a réagi affirmant condamner les tirs qui ont fait deux blessés graves. « Attaque odieuse », « attentat inqualifiable » ont respectivement affirmé Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La présidente du Rassemblement National a réagi de manière particulièrement vivace sur Twitter affirmant que « l’attentat » est « contraire à toutes les valeurs portées par le RN ».

Du côté du Rassemblement National, les membres dirigeants du parti d’extrême-droite cherchent à se délimiter de l’auteur de l’attentat jusqu’à il y a peu candidat du parti de Marine Le Pen. Sur CNews, l’eurodéputé RN Nicolas Bay a indiqué que l’auteur de l’attentat a « quitté le parti » après les élections « en indiquant que les idées du FN ne lui correspondaient pas ». « C’est un extrémiste qui n’avait rien à faire dans nos rangs et qui est parti », a-t-il ajouté. « C’était un dingue » tente-t-on de jouer du côté l’état-major du RN. Que l’auteur de l’attentat islamophobe soit devenu candidat du FN serait presque dû au hasard.

Du coté de la majorité présidentielle, c’est l’hypocrisie qui domine. Après l’appel à la délation contre « l’hydre islamiste », la chasse aux « signes de radicalisations » des musulmans, Macron s’est fendu d’une déclaration visant à tout mettre en œuvre « pour punir les auteurs » et « protéger » les « compatriotes de confession musulmane ». Plus encore, Richard Ferrand, a réusé de la rhétorique du « faisons bloc » affirmant qu’en visant « nos compatriotes musulmans : c’est la communauté nationale toute entière qui est attaquée ». « Ne laissons pas les extrémistes de tous bords nous diviser : faisons bloc. »

Un attentat, résultat de la déferlante islamophobe menée par le gouvernement et l’extrême-droite

Si cet attentat islamophobe rappelle l’attaque, le 27 juin dernier, contre l’imam de Brest et l’un de ses fidèles, blessés par balles, il ne peut être fait abstraction de la séquence particulièrement réactionnaire visant spécifiquement les musulmans ou assimilés comme tels qui sévit depuis plusieurs semaines. Cet attentat impliquant un ancien candidat du FN ne peut être qu’encouragé par le contexte de l’offensive islamophobe ouverte par le gouvernement, dont le débouché le plus abject a été l’agression d’une femme voilée par le RN ou encore les sorties toujours plus racistes et islamophobes de Eric Zemmour sur LCI ou encore sur Cnews.

Si pour l’heure, le gouvernement comme Marine Le Pen disent condamner cet attentat, ce n’est qu’une expression de l’hypocrisie d’un pompier pyromane. Cet attentat islamophobe contre une mosquée et la montée du racisme anti-musulman est en définitive le résultat des politiques du gouvernement qui, en œuvrant à la surenchère sur le terrain de l’extrême-droite pour lui couper l’herbe sous le pied, ouvre la voie aux terroristes de tout bord. Plus que jamais, combattre l’islamophobie, c’est combattre les politiques du gouvernement qui font le lit de l’extrême-droite, les politiques qui visent à construire « l’ennemi intérieur » pour mieux diviser le camp des exploités et des opprimés.




Mots-clés

Islamophobie   /    Racisme   /    Politique