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L'EXTREME DROITE TUE

Attentat raciste à Buffalo : un suprémaciste blanc adepte du « grand remplacement » tue 11 personnes

Ce samedi, à Buffalo (New-York), un attentat raciste visant la communauté afro-américaine a fait 11 morts. Un crime ignoble perpétré par un tueur biberonné à l’idée de « grand remplacement », popularisée en France par Eric Zemmour. Notre solidarité va aux victimes et à leurs proches.

lundi 16 mai

Crédits photo : AFP

Tuerie de Buffalo : un nouvel attentat raciste aux Etats-Unis

Ce samedi, les Etats-Unis ont été le théâtre d’un nouvel attentat d’extrême-droite. A Buffalo, ville de 250.000 habitants de l’Etat de New-York, Peyton Gendron, suprémaciste blanc de 18 ans, a ouvert le feu au fusil d’assaut sur 13 personnes autour puis dans un supermarché, tuant 11 d’entre elles. Un massacre dont les premières minutes ont été diffusées en live sur Twitch par le tueur, et à l’issue duquel le tueur a été tranquillement arrêté par la police.

Un crime raciste ignoble, face auquel toute notre solidarité va aux victimes et à leurs proches. L’attentat visait en effet la population africaine-américaine, comme l’indique la ville choisie par Peyton Gendron. Celui-ci a en effet réalisé un trajet de 300km pour se rendre dans la deuxième ville de l’Etat de New-York, qui abrite une large communauté noire. Le fusil du tueur portait d’ailleurs ostensiblement l’inscription « n****r » en lettres blanches.

Cet attentat fait suite à plusieurs massacres racistes récents dans le pays tels que l’attentat antisémite de la synagogue de Pittsburgh en octobre 2018, l’attentat d’El Paso (Texas) visant la population latino-américaine ou les tueries d’Atlanta visant des salons de massage asiatiques. En outre, l’acte serait directement inspiré des attentats de Christchurch de mars 2019 en Nouvelle-Zélande, qui avaient visé deux mosquées et fait 51 morts. Ces massacres racistes ont un point commun : le rôle central dévolu par leurs auteurs à l’idée raciste et complotiste de « grand remplacement ».

L’idée raciste de « grand remplacement » au cœur du discours du tueur

Dans un texte retrouvé après l’attentat et qui aurait été écrit par le tueur, celui-ci évoque ses motivations et inspirations. Il cite notamment la « théorie » du « grand remplacement ». Le New-York Times rapporte par ailleurs : « Gendron écrit qu’il a été inspiré par les auteurs d’autres attentats suprémacistes blancs, et nomme Dylann Roof, qui a tué neuf paroissiens noirs en Caroline du Sud en 2015, entre autres tueurs. (…) Il explique avoir un lien particulier avec Brenton Tarrant, qu’il décrit comme la personne « qu’il l’a le plus radicalisée ». (…) Gendron explique avoir regardé la diffusion en live de l’attaque de Tarrant et avoir lu ses écrits. »

Cette référence au « grand remplacement » n’a rien de surprenant tant cette idée, théorisée par le français Renaud Camus, constitue un pilier du discours suprémaciste depuis plusieurs années. Raciste, antisémite, complotiste, elle repose sur l’idée que les populations immigrées, et en particulier les musulmans, serait en train de remplacer les populations blanches, dans le cadre d’une politique organisée par une élite occidentale et/ou juive. Dans Antisémitisme & Islamophobie, une histoire croisée, Reza Zia-Ebrahimi inscrit cette théorie dans la longue histoire de la « racialisation conspiratoire » : l’attribution à des minorités (juifs, musulmans, …) de complots visant la domination du monde.

Aux Etats-Unis, l’idée est professée sur la chaîne réactionnaire Fox News par des journalistes très populaires comme Tucker Carlson, animateur d’un talk-show diffusé quotidiennement en prime time et réunissant plus de 3 millions de personne. Dans une étude menée sur 1.150 épisodes de son émission entre novembre 2016 et 2021, le Times note que l’idée revient dans plus de 400 épisodes, attribuant le « grand remplacement » au Parti Démocrate qui chercherait ainsi à se créer un « nouvel électorat ». Une idée qui s’est répandue plus largement, du côté de figures du Parti Républicain comme Elise Stefanik, députée de l’Etat de New-York et numéro 3 du groupe Républicain à la Chambre des Représentants, qui l’a mis en avant dans le cadre d’une campagne Facebook de septembre 2021 où elle affirmait que Biden s’apprêtait à régulariser « 11 millions d’immigrés illégaux » pour créer une « majorité libérale permanente à Washington. »

Un attentat qui résonne de façon particulière dans le contexte français

Ce nouveau passage à l’acte d’un suprémaciste blanc aux Etats-Unis résonne de façon particulière en France, après une campagne présidentielle marquée par une surenchère raciste et islamophobe. Une campagne dans le cadre de laquelle l’idée de « grand remplacement » a pu être débattue tranquillement, mise sur la table par le Tucker Carlson français, Eric Zemmour, et reprise tranquillement par des figures des Républicains comme Eric Ciotti ou Valérie Pécresse (avant de se dédire). Une surenchère permise par un contexte plus général, mis en place par le gouvernement. Entre appels à combattre « l’hydre islamiste », loi séparatisme, criminalisation de la lutte contre l’islamophobie et dissolution des organisations qui s’en réclament, celui-ci a attisé depuis deux ans l’islamophobe, ouvrant la voie à de telles surenchères.

Dans ce cadre, il est plus que jamais nécessaire de mener le combat contre les idées d’extrême-droite et toutes celles et ceux qui les propagent activement, facilitant le passage à l’acte de militants d’extrême-droite comme Peyton Gendron. Alors que le quinquennat qui s’ouvre devrait à nouveau voir l’islamophobie occuper le devant de la scène, comme le démontre déjà la polémique actuelle autour du burkini, le mouvement ouvrier a un rôle central à jouer en mettant ses forces dans cette bataille fondamentale, en alliance avec l’ensemble des forces qui luttent contre le racisme et l’extrême-droite.



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