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Attentat raciste à Hanau : l’hypocrisie du duo Macron-Merkel

Après l'attentat raciste qui a fait 9 morts mercredi dernier à Hanau en Allemagne, Emmanuel Macron a adressé dans un tweet son soutien à Angela Merkel. Une prise de position hypocrite après les déclarations du président français sur le « séparatisme islamiste » ce mardi à Mulhouse, sans oublier les sorties islamophobes des ministres de la macronie.

samedi 22 février

Crédits photo : THIERRY CHARLIER / AFP

C’est le soir de l’attentat raciste qui a fait neuf morts mercredi dernier à Hanau en Allemagne, qu’Emmanuel Macron s’est fendu d’un tweet qualifiant d’abord le drame « d’attaque tragique », et exprimant son soutien à Angela Merkel « dans ce combat pour nos valeurs et la protection de la démocratie. » Si le lendemain au sommet européen à Bruxelles, le président français rectifiait le tir quant à la qualification de la nature de l’attentat en parlant plus clairement de « racisme » une fois que l’enquête ne laissait plus de doutes là-dessus, il n’en reste pas moins que cette prise de position est forte en hypocrisie, pour qui a vu il y a quelques mois les déclarations du chef de l’Etat sur « l’hydre islamiste », qui s’inscrivait alors dans le cadre d’une offensive islamophobe menée de concert avec ses ministres, à l’instar des sorties de Jean-Michel Blanquer sur le port du voile, et contribuait largement à réactualiser au-devant de la scène les thématiques chères à l’extrême-droite.

Alors que ce mardi encore, en déplacement à Mulhouse, Emmanuel Macron récidivait en rejouant la carte de la lutte contre « l’islamisme radical », les déclarations sur « le combat contre la haine et le racisme » qu’il prétend conduire « aux côtés de la Chancelière Merkel » ressemblent ainsi plus à une manœuvre opportuniste qu’autre chose, et cela sous différents aspects. Sur le plan national d’abord, la rhétorique déjà employée en Alsace en début de semaine au sujet du « séparatisme islamiste », ressortait évidemment d’une tentative pour draguer l’électorat de droite traditionnelle tenté par l’extrême-droite à l’approche des élections municipales. Toutefois la nuance apportée par Emmanuel Macron, qui précisait ne pas vouloir « faire un plan contre l’islam » car cela serait « une faute lourde », indique la volonté du chef de l’Etat de concilier ce pas à droite, avec un appel du pied vers son centre-gauche.

C’est ainsi que le 10 février dernier déjà, la chroniqueuse Jennifer Knock expliquait sur LCI l’utilisation par la macronie du mot « séparatisme » plutôt que « communautarisme » en ces termes : « le problème ce n’est pas le fait que les communautés en France existent c’est quand elles ne respectent pas les lois de la république et se mettent en rupture. » Ce glissement sémantique indique donc la volonté du gouvernement de pallier son incapacité à gagner en légitimité parmi les classes populaires après un an de mobilisation des Gilets Jaunes et 50 jours de grève à la RATP-SNCF contre une réforme phare du quinquennat, par la construction d’un bloc républicain allant du centre-gauche à la droite traditionnelle contre l’extrême-droite, dans la lignée de la construction de LREM comme rempart au Rassemblement National d’abord au second tour des élections présidentielles, puis lors des élections européennes. C’est dans cette même veine que s’inscrit la position du président de la République au sujet de l’attentat raciste d’Hanau, au côté d’Angela Merkel.

Car outre-Rhin, la scène politique n’est pas épargnée par les contradictions du gouvernement néolibéral d’Angela Merkel et l’émergence d’une extrême-droite décomplexée sur la scène politique. En effet, depuis 2017 l’AfD (Alternativ für Deutschland), formation d’extrême-droite outre-Rhin, a gagné 92 places au Bundestag. Et la démission au début du mois de la dauphine d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, a accentué la crise de succession au sein de l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU) de la chancelière. Pendant ce temps, l’AfD continue de gagner en légitimité, en faisant campagne contre les migrants et les musulmans, en accusant le gouvernement Merkel de « laxisme » concernant sa politique migratoire. Des allégations reprises à bon compte en France par l’ancienne ministre sarkozyste et actuelle candidate à la municipalité de Paris, Rachida Dati, qui estime que la chancelière allemande paie « au prix fort » sa politique migratoire avec l’attentat d’Hanau, en accusant les migrants de ne pas avoir « la même conception du vivre ensemble que la nôtreet ainsi... d’être eux-mêmes responsables des attentats racistes ! Une ineptie quand on connaît le rôle criminel joué par Angela Merkel avec l’Union Européenne pour faire sous-traiter le contrôle des frontières à la Turquie d’Erdogan en échange de plusieurs milliards d’euros, pour que les migrants soient maintenus dans des conditions indignes, loin des frontières allemandes. Sans oublier l’affaire des agressions sexuelles à Francfort du nouvel an 2016, lorsque les autorités locales et l’ensemble des grands médias accusant les migrants d’être responsables de cette vague d’agression.

En France comme en Allemagne, les gouvernements Macron et Merkel ont donc contribué à installer les idées d’extrême-droite dans le débat public à des fins électorales, et ont par conséquent favorisé l’émergence de groupuscules racistes et violents. Mais au-delà de l’opportunisme politicien, le soutien apporté par Emmanuel Macron à la chancelière allemande s’inscrit dans une volonté du président français de sauver le seul allié de poids qui lui reste sur la scène européenne. En effet, la crise de succession au sein de la CDU pourrait ajouter à la crise politique qui touche l’Union Européenne confrontée au marasme ouvert par le Brexit, affaiblissant la posture européenne du président français qui avait pourtant fait de l’Europe un enjeu central. Loin d’une volonté réelle de combattre « la haine et le racisme » comme proclamé au lendemain des attentats d’Hanau, il s’agit donc surtout pour le duo Macron-Merkel de sauver un projet néolibéral pourrissant en jouant au pompier pyromane, tandis qu’aujourd’hui en Allemagne, des jeunes de 20 ans peuvent mourir assassinés par l’extrême-droite, comme Ferhat ou Hamza, pour s’être retrouvés entre amis à fumer une chicha à Hanau ce mercredi 19 février 2020.




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