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Politique

Attentats à Paris. A droite et à l’extrême droite, les charognards sont de sortie

Comité de rédaction Après les attentats meurtriers à Paris, dans la nuit de vendredi à samedi, et l’Etat d’urgence instauré par François Hollande, droite et extrême droite n’ont pas tardé à enchaîner des déclarations toute aussi réactionnaires les unes que les autres. Certaines appellent, à demi-mots quand d’autres le font clairement, à l’amalgame entre terroristes et musulmans, terroristes et migrants.

lundi 16 novembre 2015

Alors que, suite aux attentats, les partis engagés dans les élections régionales ont quasi-unanimement annoncé la suspension de leurs campagnes, les déclarations des partis de droite et d ’extrême droite, s’enchaînent les unes après les autres.

A droite : « Union nationale », discours ultra sécuritaire et islamophobe

Dans la continuité du « front républicain » contre le Front National (FN) et de l’appel à la fusion entre les listes socialistes et celles des Républicains contre Marine Le Pen, les principaux ténors de la droite appellent à « l’union nationale » et à une accentuation du tournant sécuritaire, laissant la sale besogne des déclarations xénophobes et réactionnaires au personnel de « second ordre ».

Ainsi, tandis qu’Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite pour 2017, a appelé à « l’union nationale » autour du président de la République et du gouvernement dans un billet publié sur son blog et que Nicolas Sarkozy a condamné ces attentats et a appelé lui-aussi à « l’union nationale » tout en soutenant la décision de François Hollande de décréter l’état d’urgence, Laurent Wauquiez, numéro trois des Républicains, a demandé à ce que « les 4 000 personnes vivant sur le territoire français, fichées pour terrorisme », soient « placées dans des centres d’internement anti-terroristes spécifiquement dédiés », appelant ainsi à des incarcérations préventives de toute personne présumée « terroriste ».

La palme de la réaction et de l’amalgame « musulman-terroriste » revient néanmoins à Lionnel Luca, député des Républicains : « Ce soir Paris c’est Beyrouth ! Logique pour un pays en voie de libanisation. Nous paierons cher notre lâcheté face au communautarisme ! », a-t-il déclaré ce vendredi sur Twitter. Une façon d’expliquer pour le député de droite que le « communautarisme », et en l’occurrence celui des musulmans, serait responsable de ces attentats.

A l’extrême-droite : Enjeux électoraux, racisme habituel et clin d’œil au gouvernement

Après les attentats de ce vendredi, l’extrême-droite expose, une fois de plus, dans la continuité des attentats du 7 janvier, ses relents les plus réactionnaires, racistes et islamophobes. Le prix de la catégorie charognard est détenu par Philippe de Villiers et son Mouvement pour la France qui annonce, ce vendredi soir, un « Immense drame a Paris, voilà où nous a conduit le laxisme et la mosquéïsation de la France », avant d’avoir par la suite « une pensée douloureuse pour les familles endeuillées et un encouragement à nos forces de sécurité admirables »

Mais l’extrême-droite ne rate pas non plus l’occasion de taper sur ces adversaires aux élections régionales qui approchent. « Derrière les auteurs de ces tueries, il faudra pointer les vrais responsables qui, eux, sont politiques ! », a déclaré Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN et candidat du parti en Ile-de-France. Même son de cloche chez Louis Aliot, vice-président du FN, député européen et compagnon de Marine Le Pen, qui a mis en cause le Premier ministre Manuel Valls. « Monsieur Valls, vous voyez où est le danger ? Le vrai ! Irresponsable ! », a-t-il asséné sur Twitter.

Du côté du Front National, ces attaques politiques contre ceux qu’ils définissent comme les premiers responsables de ces attentats se combinent cependant tout de même avec une caution au tournant sécuritaire, réactionnaire, raciste et bonapartiste de Francois Hollande, tournant qu’il appelle à devenir définitif, pointant en filigrane, la responsabilité du gouvernement de n’avoir pas pris ces mesures avant.

Marine Le Pen affirme ainsi, depuis le siège du Front National à Nanterre : « Le président de la République a annoncé l’état d’urgence et le contrôle temporaire aux frontières, c’est bien ». Pour rajouter ensuite que la France « doit rétablir ses moyens militaires, de police, de gendarmerie, de renseignement et de douane. L’Etat doit pouvoir à nouveau assurer sa mission essentielle de protection des Français »

Mais ce ne serait pas Mme Le Pen sans une bonne dose de discours anti-migrant et islamophobe : « La France doit interdire les organisations islamistes, fermer les mosquées radicales, et expulser les étrangers qui prêchent la haine sur notre sol, ainsi que les clandestins qui n’ont rien à y faire. Quant aux binationaux participant à ces mouvances islamistes, ils doivent être déchus de leur nationalité et interdits de territoire ». Et pour finir, une pincée d’union nationale version lourde pour ne pas se couper de l’air du temps : « La Nation doit être unie dans cette épreuve. Au-delà des mots, c’est l’action forte et implacable qui protégera les Français et pérennisera cette unité ».

Pour le FN, il s’agit, tout en restant dans la continuité de sa politique de dédiabolisation, l’atteste l’entrevue de Marine Le Pen avec le président dimanche, de continuer à distiller et à surfer sur un discours de haine islamophobe et anti-migrant et à taper sur le gouvernement pour chercher à le déborder sur sa droite.

Car s’il est vrai que ce sont bien les politiques du gouvernement qui portent une grande part de responsabilité dans ces attentats, ce n’est pas pour les raisons précitées par Le Pen mais bien à cause des nombreuses opérations impérialistes extérieures de la France et de ses alliés et qui font le lit du terrorisme islamiste

Face aux discours de plus en plus réactionnaires de la droite et de l’extrême droite qui visent à faire porter le chapeau de ces attentats meurtriers aux migrants, en particulier à ceux d’origine musulmane, c’est en étant fermement opposés à ce tournant sécuritaire, réactionnaire, raciste et bonapartiste qu’il sera possible de résister à tous les amalgames qui visent à diviser notre classe.



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