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Au Brésil, l’ignorance pro-patronale de Bolsonaro met en risque la santé de millions de personnes

Le nombre des cas et de morts par le virus monte exponentiellement dans le pays, totalisant déjà 64 morts et 2617 cas. Mais le président parle de « petite grippe », une attitude négationniste et totalement irresponsable.

vendredi 27 mars

Crédit photo : Adriano Machado/ Reuters

L’économie continuera de tourner aux dépens de la santé des travailleurs

Dans une allocution le mardi 24 mars, le président brésilien Jair Bolsonaro réaffirme son négationnisme de la crise sanitaire : le Covid-19 ne serait qu’une « petite grippe ». Il critique ainsi les actuelles mesures de confinement et annonce qu’il demandera un changement d’orientation au Ministère de la Santé, pour que le confinement soit désormais réservé aux personnes à risque, ainsi que la réouverture des commerces et des écoles – pour garantir le fonctionnement du marché et de l’économie.

Le changement de stratégie de Bolsonaro pour faire face à la crise, qui la semaine dernière disait que la situation méritait une attention particulière, s’inscrit dans un contexte qui est celui d’une crise économique internationale qui n’épargne pas le Brésil. Ces dernières années le Brésil a été confronté à une stagnation de son PIB, à un risque fort de récession et est le théâtre de disputes inter bourgeoises entre l’exécutif, le législatif, le judiciaire et l’aile militaire pour gagner l’hégémonie de leur projet bonapartiste sur les travailleurs et les classes populaires.

Défendre la fin du confinement est un pari risqué pour Bolsonaro qui veut avant tout sauver l’économie, alors que même avant la crise du COVID-19, les exportations étaient en baisse et la consommation intérieure diminuait depuis quelque temps. Ce dimanche, Bolsonaro avait signé une mesure provisoire pour permettre de suspendre le contrat de travail pendant 4 mois et flexibiliser les conditions de travail. L’indignation suscitée par l’annonce a obligé le président d’extrême-droite à reculer partiellement annonçant le possible recours à une assurance chômage, avec l’aide de l’État et des entreprises, pendant le temps de suspension du contrat. En même temps, le « super-ministre » Paulo Guedes annonce le déploiement de 161 billions de réal aux banques et seulement 15 billions pour les personnes au chômage, ce qui représenterait un total de moins de 20 % du SMIC brésilien. L’action désespérée de Bolsonaro est un signe clair envoyé aux grandes entreprises et qui s’aligne sur la politique du président nord-américain Donald Trump.

D’autre part, le Tribunal Suprême Fédéral a annoncé une décision qui est tombée le même jour de l’allocution de Bolsonaro établissant le droit de décréter des mesures de caractère temporaire par rapport à la quarantaine par les Etats et communes, jusqu’alors réservé au pouvoir fédéral. Bolsonaro, qui se trouve de plus en plus isolé politiquement, se voit contrer par 24 gouverneurs (sur 26) qui ont décidé de continuer la quarantaine dans leurs Etats, y compris par des anciens alliés du président, comme le gouverneur de droite de Sao Paulo Joao Doria Jr., avec qui il a eu une altercation dans une réunion officielle sur la politique à mener face à la crise. Pourtant, Bolsonaro n’est pas seul : derrière lui, il a les grandes entreprises, y compris la FIESP (Fédération des Industries de l’état de Sao Paulo) qui a soutenu et participé activement au coup d’Etat institutionnel contre l’ex présidente Dilma Rousseff.

Un autre élément qui vient s’ajouter au scénario brésilien c’est l’apparition des Forces Armées en tant qu’arbitre de la tension entre Bolsonaro et le législatif. Juste après l’allocution, Hamilton Mourao, le vice-président et général d’armée à la retraite, s’est prononcé sur la politique de Bolsonaro qu’il juge être le résultat d’un "isolement social". La tentative d’apaisement des Forces Armées est un signe qu’elles cherchent à se relocaliser au-dessus des tensions. Indépendamment des projets politiques de la bourgeoisie brésilienne, l’économie continuera à tourner aux dépens des travailleurs.

Un système de santé au bord du gouffre

La situation est d’autant plus préoccupante face à un système de santé en ruines, ayant subi plusieurs coupes budgétaires et qui actuellement fonctionne avec grande difficulté et des capacités réduites. A l’origine du problème il y a notamment l’amendement constitutionnel qui a fixé une limite d’investissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation, causant un trou énorme dans le budget du SUS (Système Unifié de Santé).

Le SUS a été créé par la constitution fédérale de 1988 et déterminait le devoir de l’État d’assurer la santé à toute la population brésilienne. Son origine se trouve dans les mouvements pour la réforme sanitaire, politique publique qui avait pour objectif de penser un système public qui défendait le « droit universel à la santé », malgré la participation du privé depuis le début. Mais cet idéal d’une santé universelle sous le capitalisme se heurte aujourd’hui à ses limites, après des décennies de néolibéralisme, qui ont imposé l’austérité et ont organisé la casse du système public de santé brésilien comme partout ailleurs. Dans des pays semi-coloniaux comme le Brésil principalement, la décentralisation et la casse du système de santé a été une étape intermédiaire vers la privatisation, ouvrant la voie dans le futur pour un système de santé à l’image des États-Unis.

Aujourd’hui, après le démantèlement du SUS, le système de santé est encore moins capable de faire face à la crise sanitaire. Depuis la pandémie du H1N1 en 2009 jusqu’à nos jours, le Brésil a perdu plus de 34,5 mille lits d’internement et moins de 10 % des municipalités dispose de lits pour accueillir les personnes contaminées par le virus.

Face à l’annonce du président d’en finir avec le confinement et les documents qui ont fuités de l’ABIN (service de renseignement brésilien) alertant dans un rapport du risque d’environ 5000 morts jusqu’à début avril si le Brésil a la même courbe de progression que la Chine, l’Italie ou l’Iran, il devient d’autant plus important pour la majorité de la population d’exiger un plan d’investissement massif dans la santé, allant de moyens et de matériels pour les hôpitaux et les personnels à la réquisition de toutes les institutions de santé privée. Comme dans tous les pays touchés les personnels de la santé sont en première ligne, expriment leur détresse et colère, et sont ceux qui sont à même de pouvoir évaluer et porter un plan sanitaire à la hauteur de la crise. Pour que le système de santé public et privé soit centralisé et mis sous le contrôle des travailleurs et travailleuses de la santé. La révocation de l’amendement de gel de dépenses dans la santé doit également et l’embauche massive des personnels ainsi que l’expropriation des usines pour les mettre au service de la crise sont nécessaires. Ce dont nous avons besoin c’est de l’internationalisme de classe comme antidote à la crise.




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