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Au Mali, l’armée française tue encore trois civils ... « involontairement » !

L'armée française a annoncé ce mercredi 12 juin avoir tué samedi dernier de façon « non-intentionnelle » trois civils dans la région de Tombouctou, au Mali. Ces morts s'ajoutent au lourd bilan de victimes civiles : depuis le début de la guerre en 2012, plus de 2000 civils ont été tués. L'intervention française, censée sécuriser la région et lutter contre les groupes djihadistes, se révèle non seulement inefficace pour empêcher les pertes civiles, mais est en plus régulièrement pointée du doigt dans la responsabilité de massacres et de troubles qui secouent le territoire.

jeudi 13 juin

Des manifestants contre la présence militaire française au Mali en avril 2019
Crédits photo : Michele Cattani / AFP

Un communiqué indécent

Dans un court communiqué, l’Etat-Major français révèle qu’un détachement de la force Barkhane, face à un pick-up qui « n’a pas obtempéré » après plusieurs sommations, a procédé à un tir qui a « causé de façon non-intentionnelle » l’explosion du véhicule. La déclaration fait état de la présence de trois personnes dans la voiture : deux adultes et un adolescent.

Le communiqué, voulu comme une suite d’affirmations objectives, n’a pourtant rien de neutre et tend à faire apparaître les trois victimes comme de potentiels terroristes visant les soldats avec une voiture-suicide. En effet, l’Etat-Major multiplie les formules qui impliquent la seule responsabilité des civils : « dans une zone connue pour l’évolution de groupes terroristes armés », « confronté à un véhicule suspect qui a refusé de se soumettre à un contrôle », « le véhicule n’a pas obtempéré », « il se dirigeait vers les militaires français », « il transportait une quantité importante de carburant ».

Pourtant la présence de trois personnes dans l’habitacle vient en contradiction avec l’hypothèse d’une voiture-suicide, généralement conduite par un seul individu. De plus, selon les réseaux sociaux, les trois victimes formaient une famille : un père de 48 ans, et ses deux fils de 19 et 12 ans.

L’intervention de la France au Mali, une intervention sécurisante ?

Ce nouveau drame n’est pas sans rappeler les différents scandales et controverses liés à l’intervention de l’armée française dans la région du Sahel et en Centrafrique.
Le 30 novembre 2017, c’était [un enfant de 10 ans qui était assassiné « par erreur » par des soldats français qui l’ont enterré rapidement pour cacher le meurtre → https://www.lepoint.fr/monde/mali-l-armee-francaise-accusee-de-bavure-apres-la-mort-d-un-enfant-14-01-2017-2097140_24.php].
En 2014, [des soldats français en Centrafrique sont accusés d’avoir violé de jeunes garçons dans des camps de déplacés → https://www.liberation.fr/planete/2015/04/29/bangui-des-soldats-francais-accuses-de-viols_1277395].
Plus généralement, la responsabilité de l’État français est engagée dans l’insécurité de la région, que ce soit par la collaboration de l’armée française avec l’armée malienne coupable d’exactions, ou par la vente d’armes au régime en place qui semble être [une spécialité française → https://www.revolutionpermanente.fr/Ventes-d-armes-au-Yemen-le-gouvernement-francais-a-la-defensive].

D’autres intérêts que la protection des populations

Ainsi, depuis le début de l’intervention française au Mali en janvier 2013, le nombre de victimes civiles n’a que peu baissé dans un premier temps avant d’augmenter de façon effrayante ces derniers mois. Selon un rapport de l’université du Sussex, la guerre au Mali a fait plus du double de victimes civiles entre 2018 et aujourd’hui qu’entre 2013 et 2018 : un peu plus de 700 pour les 5 premières années de conflit contre plus de 1300 pour ces 18 derniers mois.

En janvier 2013, l’Etat français lance l’opération Serval, destinée à lutter contre les groupes djihadistes au Mali. Ce sont entre 3000 et 4500 militaires qui sont aujourd’hui déployés dans la région du Sahel pour ce qui est devenu entre-temps l’opération Barkhane.
Si la lutte contre le terrorisme était le prétexte évoqué par la France pour justifier l’intervention de troupes dans cette partie de l’Afrique, c’est bien la défense des intérêts de l’impérialisme français qui est la seule et unique raison de cette opération.
En effet, la stabilité du Sahel et du Mali est un facteur déterminant pour l’accès aux importantes richesses souterraines de la région, comme l’or et l’uranium par exemple. Le déploiement de l’armée française a notamment permis d’installer durablement des troupes au Burkina Faso et au Niger, important producteur d’uranium, et ainsi assurer l’exploitation de cette matière première stratégique à l’industriel français Areva (devenu Orano).
Comme à chacune de ses opérations en Afrique, toujours présentées comme humanitaires, l’Etat Français cherche avant tout à protéger les intérêts de ses grands groupes capitalistes comme Total ou Bolloré, spécialistes de l’exploitation des matières premières.

Face à la défense acharnée des profits de l’impérialisme français, la vie des populations locales ne semble pas peser bien lourd pour l’Etat français.




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