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Débats

Conférence de fondation du CST

Au Pérou, la fondation du Courant socialiste des travailleurs et des travailleuses

Ce dimanche 2 juin, dans la ville de Tacna au Pérou, se déroulait avec succès la conférence de fondation du CST intitulée « Construire une alternative socialiste des travailleurs, des femmes et de la jeunesse », future section péruvienne du réseau de quotidiens internationaux dont est membre Révolution Permanente en France. Cet événement a été impulsé par le collectif Resistencia Sur et par l’organisation de femmes Pan y Rosas Perou. Les camarades de la « Liga Obrera Revolucionaria por la Cuarta Internacional » (LOR-CI de Bolivie) et du « Partido de Trabajadores Revolucionarios » (PTR du Chili) y ont participé en tant qu'invités internationaux. Nous relayons ci-dessous leur déclaration.

vendredi 7 juin

Parmi les points d’accord les plus centraux approuvés les participants, il y avait celui de la construction au Pérou du courant « Corriente Socialista de las y los Trabajadores » (CST) qui se revendique anticapitaliste, socialiste et internationaliste et qui fait donc sien l’appel de la Fraction Trotskyste - Quatrième Internationale (FT-QI) à impulser un Mouvement pour une Internationale de la Révolution Socialiste, dont le but est d’avancer un peu plus dans la lutte pour la reconstruction ou la refondation de la Quatrième Internationale.

Un bilan nécessaire

Le collectif Resistencia Sur est né il y a deux et demi, avant un virage à droite d’un secteur important de la gauche péruvienne qui avait appelé à voter pour Pedro Pablo Kuczynski. Ce dernier est parvenu à ce que ce secteur – dirigé par le Nuevo Peru de Verónika Mendoza – devienne à partir de là et jusqu’à aujourd’hui une caution de gauche de l’exécutif, et par conséquent une partie du soutien qui légitime le régime de 1993 imposé par Alberto Fujimori.

Bien que nous pensions qu’il était très progressiste de nous regrouper pour résister aux attaques du gouvernement PKK, puis à celles de Martín Vizcarra, nous avons aussi compris dès le début que cela n’était pas suffisant si nous voulions réellement réaliser des changements substantiels aux niveaux économique, social et politique, en affrontant le capitalisme. C’est pour cette raison que nous avons commencé à échanger avec les camarades de la Fraction Trotskyste Quatrième Internationale (FT-QI), ce qui nous a permis de connaître leur vision de la situation internationale, leurs fondements théoriques et la perspective d’une stratégie révolutionnaire auxquels nous réfléchissions en interne et qui ont mené à des accords qui se sont exprimés dans les différentes contributions sur la situation péruvienne, ce que nous écrivions et publiions dans La Izquierda Diario et avec la construction de Pan y Rosas Pérou.

Ce processus de rapprochement avec les camarades de la FT-QI a été très riche et précieux pour nous, il a généré en interne un processus de décantation et de définition idéologique qui a conduit à « séparer le bon grain de l’ivraie ». C’est pour cette raison que ceux qui ont fondé Resistencia Sur il y a deux ans et demi ne sont pas aujourd’hui tous ceux qui impulsent le CST – et nous qui sommes restés, nous avons fait un saut qualitatif dans notre perception de la situation et de l’importance stratégique de la lutte contre le capitalisme.

Au moment où certains sont partis, des jeunes nous ont rejoint, avec lesquels nous avons mené une expérience militante qui en peu de temps a mené à de bons résultats avec la construction d’un groupe dynamique de Pan y Rosas Pérou, une implantation dans les universités et les collèges de la région de Tacna, et des contacts à Moquegua, Arequipa et Lima. Nous avons aussi établi une très bonne relation avec des mineurs de la macro région du Sud et avec un secteur important d’étudiants universitaires.

Mais l’élément le plus significatif politiquement de cette période de transition a certainement été l’élaboration du document « Orientations politico-stratégiques » – que nous avons discuté en interne – et ce sont ces axes centraux que nous avons présenté lors de la Conférence de Fondation du 2 juin. Nous avons caractérisé à ce moment la situation nationale et internationale, dressé un bilan de la gauche péruvienne, défini le type d’organisation que nous visions à construire, et avons présenté une proposition de programme d’action. Nous nous sommes dotés de cette manière d’un instrument politique d’une grande valeur qui nous permet d’avancer dans notre processus de construction.

Les défis auxquels nous sommes confrontés

Curieusement, notre Conférence de fondation a eu lieu un jour après que les divers partis de la vieille gauche réformiste et néo-réformiste se soient rencontrés à Cuzco pour chercher à s’unifier par en haut, en vue des prochaines élections présidentielles de 2021. Cet événement, « Voix du changement », a encore une fois été la démonstration des limites de ces secteurs de la gauche qui soutiennent les différentes initiatives politiques du président Martín Vizcarra. Ainsi, dans leur déclaration finale, ils se prononcent pour l’appui de la réforme politique promue par l’exécutif, qu’ils considèrent comme un pas dans le processus de démocratisation du pays.

Ce ne sera donc pas de la main de cette gauche que se réaliseront les grands changements au bénéfice du peuple et des travailleurs, bien au contraire. Cette gauche ne sert qu’à dévier la colère sociale et à légitimer le régime politique, ce qui exprime aussi l’importante crise organique qui existe aujourd’hui au Pérou. En plus du fait que parmi eux, beaucoup sont liés directement ou indirectement aux partis et leaders qui avaient été frappés par la crise autour de la corruption d’Odebrecht, comme c’est le cas de Susana Villarán.

Par conséquent, nous ne doutons pas que le mécontentement social restera latent et que la crise économique s’exprimant de manière plus grossière, la mobilisation de rue retrouvera toute sa pertinence politique. Pour cela, lors de la conférence, nous avons beaucoup discuté de la nécessité de se joindre à la colère populaire qui est une réponse à la délégitimation du régime, désormais perçue intuitivement par des millions de travailleurs au Pérou.

C’est seulement ainsi que nous pourrons faire un saut qualitatif et quantitatif dans la perspective de construction de notre alternative politique, qui propose comme objectif stratégique de mettre en place un gouvernement de travailleurs.

Cependant, nous sommes également conscients que les travailleurs et la population ont encore des attentes placées dans la démocratie représentative en vigueur.
Pour cette raison, nous considérons qu’il est important d’assumer comme une réponse immédiate à la crise actuelle la nécessité d’une Assemblée constituante libre et souveraine, qui doit être imposée par la mobilisation indépendante et l’auto-organisation des travailleurs et du peuple, et doit naître de la rupture avec les institutions dans lesquelles le régime de 93 s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui.

L’agitation de l’Assemblée constituante libre et souveraine nous permettra également de débattre d’un ensemble de revendications qui, selon nous, contribueront à développer les niveaux de conscience du peuple et des travailleurs, parmi lesquels nous soulignons : la disparition politico-légale de la personnalité présidentielle (qui est la cause principale du centralisme et de la corruption), les membres du Congrès pourront également être révoqués, les parlementaires et les autres responsables publics et politiques gagneront autant que gagne un humble enseignant, et les juges et les procureurs seront élus au suffrage universel.

Afin de mettre un terme d’une part à la corruption que promeuvent les entrepreneurs comme ceux d’Odebrecht, d’autre part à la lutte pour cette constituante, nous mettons en avant la nécessité de mettre fin au secret bancaire et au double comptage des entrepreneurs, en créant une unique banque nationale, afin d’éviter la fuite des capitaux, ainsi qu’une nationalisation du commerce extérieur pour éviter toutes négociations menées entre importation et exportation. De telle sorte, nous pourrons faire valoir la nécessité de nationaliser les ressources naturelles, mettant fin au pillage et à la dégradation de l’environnement.

Pour lutter contre le chômage et le travail précaire qui accable des milliers de jeunes, de femmes et d’hommes, nous proposons que la journée de travail soit réduite à 6 heures afin qu’il y ait davantage de sources d’emplois et que le salaire corresponde à la juste valeur des besoins basiques d’un ménage.

Afin de progresser vers cette perspective, il a été jugé essentiel de donner vie à La Izquierda Diario Peru dans un futur proche, qui nous servira de canal pour diffuser les diverses luttes ouvrières et populaires, ainsi que pour véhiculer nos idées politiques et stratégiques avec lesquelles nous pouvons établir des relations avec d’autres secteurs et, en ce sens, avancer dans le processus de construction.

Certaines des résolutions approuvées

Ce que avons également décidé :

- Constituer un noyau politique qui anime le courant socialiste des travailleurs. Ce qui a pour objectif immédiat de former un comité de rédaction chargé de promouvoir La Izquierda Diario Perú.

- Promouvoir une campagne contre l’ingérence impérialiste en Amérique latine, ce qui implique de rejeter les tentatives de coup d’État de l’impérialisme yanke au Venezuela, sans pour autant donner aucune confiance au gouvernement de Nicolás Maduro.

- En réponse à la crise organique et au régime politique péruvien, il a été convenu de promouvoir une campagne nationale en faveur de l’Assemblée constituante libre et souveraine, qui devra être imposée par la lutte des travailleurs et du peuple, en rupture avec les institutions du régime de 93.

- Renforcer et développer au niveau national Pan y Rosas Peru, étant donné que le mouvement des femmes continue de jouer un rôle important et stratégique au Pérou et dans le monde.

- Développer un courant estudiantin au niveau du mouvement universitaire et des écoliers, qui soit pro-ouvrier, socialiste, révolutionnaire et internationaliste.

- Maintenir et développer les relations avec les camarades de l’UNSA-Arequipa, avec lesquels nous allons impulser diverses activités pour continuer à échanger des points de vue sur les défis et les positions stratégiques et politiques.

Cette conférence constitue donc un pas en avant dans le regroupement révolutionnaire, anti-impérialiste et anticapitaliste des travailleurs, des femmes et de la jeunesse au Pérou.

Traduction de la Izquierda Diario par Tomas San Bordo