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Politique

Des papiers pour tous ou pas de papier du tout

Au Puy-en-Velay : plusieurs centaines de personnes mobilisées pour Madama, enfermé en centre de rétention

Ce mardi, Madama Diawara, un jeune malien de 19 ans arrivé en France en 2018, a été placé en centre de rétention administrative alors qu’il avait été convoqué pour réexamen de sa demande de papiers.

mercredi 10 mars

C’est au commissariat de Gerzat (Puy-de-Dôme) que Madama et sa famille adoptive ont été convoqués par le préfet de Haute-Loire ce mardi, afin de régulariser sa situation auprès de la police de l’Air et des Frontières. En effet, Madama avait fourni 10 jours plus tôt un acte de naissance qu’avait réclamé la préfecture, envoyé par la mairie de son village natal au Mali. Mais dès son arrivée sur les lieux, le jeune malien est placé en garde-à-vue et la famille est soumise à un interrogatoire de plusieurs heures. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que ses parents apprennent que Madama est accusé d’ “usage de faux documents” par la préfecture et qu’il a donc été transféré au centre de rétention administrative de Lyon.

"Je n’ai pas trouvé de mot dans le dictionnaire qui pouvait traduire ma colère et ma rage !" a lancé Eric Durupt, le père adoptif de Madama. Alors qu’en février avait déjà eu lieu une manifestation de près de 800 personnes au Puy-en-Velay, Eric avait entamé une grève de la faim de 19 jours pour exiger la régularisation de ses papiers. Un appel auquel la préfecture est donc restée sourde, refusant de considérer l’acte de naissance fourni par la famille. Une methode employée de façon récurrente par les forces de police qui n’hésitent pas à mentir, falsifier, ou ignorer des documents pour enclencher des procédure d’expulsions.

Cette affaire illustre parfaitement le sort que l’État français réserve aux étrangers, et plus particulièrement aux mineurs isolés. En effet, comme nous l’écrivions dans un précédent article, les mineurs isolés, ou “MNA”, sont confrontés à leur arrivée en France à la politique raciste et réactionnaire du gouvernement qui réprime et stigmatise toujours plus les étrangers qui arrivent sur le sol français.

N’oublions pas que si des jeunes en viennent à traverser la mer pour venir s’exiler en France, c’est bien la conséquence des ingérences des pays impérialistes qui alimentent les guerres et privent les populations de ressources vitales dans les pays encore sous domination, à l’image du Mali dont le gouvernement autoritaire est directement soutenu par Macron. C’est ce que nous rappelle Véronique, la mère adoptive de Madama : « A 16 ans à peine, il a fui la misère de son village natal, il a parcouru le désert, puis traversé la mer sur un canot dont tous les occupants n’ont pas survécu. Il a traversé une partie des Alpes à pied, poursuivi par les chiens des gendarmes, la peur au ventre ». Propos recueilli par 20 minutes.

Suite à l’arrestation de Madama, plusieurs centaines de personnes étaient réunies mercredi devant la Préfecture du Puy-en-Velay. L’avocate de la famille a annoncé faire un recours contre l’OQTF. Le combat pour la régularisation de Madama va donc s’intensifier, et une pétition a déjà récolté plus de 35 000 signatures contre son expulsion. Mais si ce genre de cas n’est pas isolé, c’est bien une réponse collective qu’il faudra apporter à la politique raciste et autoritaire du gouvernement. Pour cela il est nécessaire que les travailleurs et les organisations syndicales de tous les secteurs s’organisent aux côtés des étudiants, des quartiers populaires et des collectifs anti-racistes pour exiger l’abandon de toutes les OQTF, la fermeture des centres de rétention administrative, et la régularisation de tous les étrangers vivant sur le territoire.




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