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Au Vinatier, « le Covid sert de prétexte à la direction pour fermer les services qu’elle voulait déjà fermer »

A l’hôpital psychiatrique Le Vinatier à Lyon, la direction se sert de la crise sanitaire pour imposer des réorganisations aux soignants. Un service de l’hôpital, Franz Fanon, a même été fermé de force. Nous avons recueilli le témoignage d’un infirmier du centre qui dénonce les pressions et l’acharnement de la direction pour imposer des fermetures de lits.

mardi 28 avril

Crédits photo : CGT Hôpital Le Vinatier

La crise pandémique ne semble pas arrêter les directions d’hôpital dans la poursuite de la casse des hôpitaux. Alors que le gouvernement assène qu’il va investir dans l’hôpital public et met en place des primes pour les soignants, la situation semble tout autre dans les hôpitaux. Notamment au Vinatier où les projets de restructuration prévus depuis l’année dernière sont mis en place par la direction sous prétexte de devoir faire face à la crise sanitaire.

Des réorganisation mises en place à marche forcée sous prétexte de la crise

Comme nous l’explique un infirmier du centre, depuis le début de la crise du Covid : « Des services ont fermé pour se spécialiser en service de psychiatrie pour patients Covid Positif. Depuis la mi-mars trois unités ont été fermées et la direction joue sur les mots : on ne sait pas en vérité si ces réorganisations sont provisoires ou définitives. » Cinquante lits ont ainsi été dégagés par la fermeture de ces unités au début de la crise et 150 soignants ont été mis en réserve sanitaire, a priori pour pouvoir gérer un afflux de patients Covid selon la direction.

Les soignants ne s’opposent pas à ses premières fermetures, qui leurs semblent être de l’ordre « du bon sens » et nécessaires pour gérer la crise comme le dit l’infirmier. Mais, des incohérences subsistent, notamment alors que seulement dix lits sur les cinquante ont été utilisés pour des patients Covid en simultané depuis le début de la crise et que très peu des soignants ont dû être rappelés de la réserve sanitaire. L’hôpital s’est ainsi dégagé d’un certain nombre de patients, appelés à préférer les consultations téléphoniques, alors même que l’hôpital n’était pas surchargé et qu’ils disposaient ainsi de places.

Pourtant, la direction a décidé le 10 avril de demander une autre fermeture de service. Cette fois dans le pôle ouest de l’hôpital, seul encore épargné qui devra se séparer de l’un d’eux. Le pic passé et les services Covid non surchargés, le prétexte donné de devoir dégager des soignants pour la réserve semble de moins en moins crédible. Mais la direction maintient qu’il faut fermer un des services et annonce par mail qu’il faudra que ce soit fait pour 17 avril à 17h précise. Au vu du refus du pôle de décider quel service sera fermé, la direction tranche pour le service Franz Fanon et commence à entamer les procédures.

Infirmier dans ce service, notre témoin s’insurge : « Notre ressenti c’est vraiment que sous couvert du Covid, ils cherchent à fermer des services. Sachant que depuis 2019 ils cherchent à préparer des fermetures de lits notamment pour restructurer l’hôpital, l’organiser plus vers l’extérieur et pâlir aussi le privé. »

Les soignants se mobilisent mais la direction persiste et signe

Face à cette situation, les soignants de l’hôpital se sont organisés et se mobilisent. Notamment en affichant des banderoles dans l’hôpital contre le « Covidage » et les politiques néolibérales de Macron. Des actions que va sanctionner la direction, refusant de maintenir la réunion syndicale hebdomadaire sous prétexte que les affichages seraient « insultants et diffamatoires », comme elle explique par mail interposés. Dans le même temps, l’hôpital se remplit alors que les patients non Covid commencent à affluer à nouveau, et la colère monte chez les soignants.

« On a affiché des banderoles partout dans l’hôpital pour exprimer notre refus de fermer ce service alors que l’activité en psychiatrie repartait de plus belle et que tous les services du pôles redevenaient à nouveau complets. Donc, il n’y avait aucun sens de fermer des lits sachant que de nouveau les autres services se remplissaient voire même étaient complet. On a affiché partout des banderoles qui ont été ensuite immédiatement retirées par la direction. On a aucun moyen de faire grève, on est très limités sur notre expression. Le directeur, a fait retirer toutes les banderoles et nous a clairement enlevé notre seul moyen d’expression. » explique l’infirmier.

La direction, malgré le refus des soignants et l’incohérence des mesures prises persiste. Elle annonce même dans un nouveau mail que primes et congés seront impactés pour les soignants en réserve sanitaire. « On sent une violence du fait de se retrouver en réserve sanitaire de force et en plus que ça impacte nos congés, nos primes. Le gouvernement explique que les soignants vont avoir des primes, mais de l’autre côté on en retire pour d’autres. » dénonce le soignant.

« Entre 100 et 130 soignants se sont rassemblés devant la direction pour signifier leur refus, le 21 avril. Sachant que le jour même notre service a reçu l’information comme quoi les lits et les entrées étaient gelés, ça veut dire qu’on entame la fermeture du service. En fait, depuis début avril voire fin mars, on ne faisait déjà plus d’entrées dans notre service. On a posé des questions à la direction sur le sujet mais aucune réponse ne nous a été donné sur le fait qu’on ne faisait plus aucune entrée. Alors que les autres services étaient complets. » ajoute-t-il. Ainsi, en vérité malgré des services complets et des difficultés pour la prise en charge des patients, la direction avait prévu depuis début avril la fermeture. Elle a organisé sciemment le gel des lits et entamé de vider le service bien avant ses annonces.

« Depuis le début on demande pourquoi il n’y a pas eu d’entrée sur notre service et on nous dit ne pas savoir alors que début avril les lits étaient surement déjà gelés. On nous fournit aucune réponse, on nous laisse dans le flou. » explique l’infirmier. En effet, la direction ne donne des informations que par mail ou média interposé et décide clairement de ne pas écouter les revendications des soignants. En pleine crise pandémique, la casse de l’hôpital continue donc et le directeur de l’hôpital, connu pour avoir fermé 40% des lits dans l’hôpital où il officiait avant a décidé de passer en force.

Alors que le gouvernement joue les héros de la crise, il est clair que les mesures néolibérales et la casse de l’hôpital public entamée par les gouvernements depuis des années ne cesseront pas. Même une crise pandémique ne semble pas les arrêter et il s’agit au contraire, comme les soignants du Vinatier de s’organiser pour contrer ces politiques mortifères et reprendre le contrôle du système de santé. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs du soin qui sont seuls aptes à décider comment doit être gérée la crise et qui doivent reprendre le contrôle, alors que le gouvernement a démontré son incapacité crasse et que les directions d’hôpital ne reculeront devant rien pour faire appliquer la privatisation et détruire l’hôpital de santé, afin de répondre aux exigences des plans de Buzyn.

A l’hôpital Vinatier, la mobilisation continue notamment ce 1er mai pour exiger la suppression de ce plan alors que d’autres services sont eux-aussi menacés, comme la géronto-psychiatrie.




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