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Au front pour Amazon, un coursier testé positif témoigne : « On peut livrer le virus »

Alors que de plus en plus de travailleurs revendiquent l'arrêt des activités non-essentielles pour stopper la propagation du virus et mettre à l’abri des milliers de personnes qui ne demandent qu’à être confinés, le géant de l’e-commerce Amazon continue ses activités et envoie tous les jours ses salariés, notamment ses livreurs, au-devant du danger, exposant clients et salariés.

samedi 4 avril

Crédit-photo : © Amazon

Jérémy, coursier à Lyon pour Amazon et interrogé dans un reportage de l’émission « Complément d’enquête », a été diagnostiqué positif au coronavirus après plusieurs semaines d’activité lors desquelles il a pu contaminer des centaines de personnes. Son médecin lui a délivré un arrêt-maladie de quatorze jours mais il espère ne pas avoir à travailler jusqu’à la fin du confinement et l’éradication du virus qui continue à se propager. Aujourd’hui il s’interroge, combien de personnes a-t-il pu contaminer lors de ses dernières livraisons ? Bien qu’il se soit équipé en conséquence, portant en permanence cagoule et gants lors de ses interactions avec les clients, cela ne l’a pas empêché de contracter le virus et peut-être de le transmettre à des familles entières. « On peut livrer le virus » déclare Jérémy, remonté contre son employeur, et dénonce l’absurdité d’obliger les travailleurs à poursuivre leur activité de livraison à domicile, une activité non-essentielle qui met pourtant en danger des milliers de personnes chaque jour et notamment les plus précaires.

En effet, pourquoi attendre de savoir qu’on est malade pour se confiner alors qu’on sait pertinemment que la période d’incubation est de quatorze jours et que l’on peut être porteur sain, tout en étant toujours contagieux ? se demande Jérémy. Les salariés d’Amazon s’exposent chaque jour au risque de contracter le virus alors que l’on sait que les entrepôts de l’entreprise ont tout pour devenir, s’ils ne le sont pas déjà, de véritables foyers de propagation du virus.

Les 10 000 employés du groupe ne disposaient toujours pas de masque ni de gel désinfectant, et malgré les affirmations de la direction, rien n’est fait pour que soient respectées les consignes de distanciation sociale. Comme d’habitude, ce sont les petites mains qui sont les plus vulnérables car en contact avec un grand nombre de personnes, alors que les cadres sont calfeutrés dans leur bureau s’ils ne sont pas chez eux, en télétravail. De plus, le droit de retrait n’est pas reconnu par Amazon qui estime que toutes les mesures pour la sécurité sanitaire ont été prises par le groupe, et suffisantes à garantir la sécurité au travail des employés. Ces derniers n’ont d’autres choix que de se rendre chaque jour au travail, la peur au ventre de contracter le virus et de le transmettre à leurs proches.

En ces temps de crise et alors que la majorité de la population est cloîtrée chez elle, le nombre de ventes en ligne a explosé, permettant au géant américain de la livraison d’enregistrer des profits records. Au fur et à mesure que l’épidémie progresse, la plateforme devient incontournable aux yeux de la population et des Etats, pour lesquels elle se présente comme une alliée. La multinationale, récidiviste en matière de fraude fiscale, espère ainsi faire l’objet d’encore moins de regard sur ses méthodes et de réglementation de la part de ces derniers. Elle se présente également comme une infrastructure au « rôle crucial » pour les personnes confinées en annonçant prioriser la vente des produits essentiels et de première nécessité. Pourtant, dans la réalité, peu d’achats relèvent de produits de première nécessité et seulement 1% des commandes concernent l’alimentaire quand le textile, les articles de maison et l’électronique représentent le plus gros des ventes.

Alors que la crise profite à l’entreprise, les petites mains et notamment les livreurs comme Jérémy sont en première ligne et subissent l’accélération des cadences de travail dues à l’augmentation de la demande. En effet, le nombre de clients à livrer peut parfois doubler. Alors que le pic du virus n’a pas encore été atteint en France, il devient urgent pour Amazon, comme pour tous les secteurs non-essentiels de la production, de fermer leurs portes et de cesser leurs activités jusqu’à la fin du confinement au moins. La vie des travailleurs ne doit en aucun cas être sacrifiée pour les intérêts économiques des multinationales.




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