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Politique

Elections et recompositions

Au lendemain des Européennes, le gouvernement tente de changer sa défaite en victoire

Au lendemain des élections européennes le gouvernement voit dans l'effondrement de LR la perspective d'une recomposition politique qui lui serait favorable. Cette dernière reste cependant soumise à des tensions, et notamment au retour de pics de lutte de classe dans la continuité du mouvement des Gilets jaunes.

mardi 28 mai

Crédits photo : LP / Fred Dugit

« Quand on termine deuxième à une élection, on ne peut pas dire qu’on l’a gagnée » affirmait dimanche soir Édouard Philippe, commentant les résultats des élections. Pourtant, dès le lendemain, c’est un autre discours qui était mis en avant. Si LREM a en effet perdu une bataille, elle considère être en passe d’en remporter une autre : celle de la recomposition politique.

« La recomposition politique se poursuit, elle s’accélère même, avec la disparition des grands partis de gouvernement » a ainsi commenté Bruno Le Maire à propos des élections, tandis qu’Édouard Philippe notait que « les anciens clivages ne sont plus. De nouveaux sont apparus. » Une bataille de la recomposition qui apparaît par ailleurs autrement plus importante que les Européennes, en tant qu’elle pourrait déterminer le résultat du scrutin municipal de l’année prochaine, des départementales et régionales de 2021, mais aussi celui des présidentielles de 2022 qui sont déjà dans toutes les têtes.

La bataille pour la recomposition politique : LREM siphonne les Républicains

La débâcle des Républicains, qui ont cru avoir trouvé en François-Xavier Bellamy une figure à même de rassembler une famille politique éclatée, signe bien une victoire importante pour Emmanuel Macron. Avec 27 % des électeurs de François Fillon en 2017 qui ont soutenu la liste présidentielle, et un score de 30 % parmi les retraités que le gouvernement s’était donné pour tâche de reconquérir, LREM semble avoir réussi à siphonner une partie de la base de LR.

Une victoire qui s’explique notamment par la stratégie adoptée par Wauquiez ayant depuis deux ans choisi d’incarner le conservatisme face à Macron, et qui a mis au premier plan les thématiques identitaires, quitte à braquer l’aile centre-droit du parti. « Les personnalités qui se sont éloignées du parti (Xavier Bertrand, Jean-Pierre Raffarin, Benoist Apparu…) ont été ostracisées. Rien n’a été fait pour les faire revenir. Nous avons échoué à incarner la droite moderne et ouverte que nous n’aurions jamais dû cesser d’être. C’est la responsabilité de Laurent Wauquiez, qui a voulu jouer le socle (des électeurs de LR,ndlr), plutôt que de s’inscrire dans une démarche de rassemblement. Il doit intégrer rapidement que sa stratégie a été sèchement désavouée par les électeurs, et la remettre en cause. » note ainsi Othman Nasrou, chef de la majorité LR et indépendants (LRI) au Conseil régional d’Île-de-France, dans une interview pour Capital.

« Le retour de la droite des valeurs » incarné par un Bellamy plus rassembleur que Wauquiez, mais plébiscité par Valeurs Actuelles, ne s’est ainsi pas avéré payant. De quoi convaincre les maires LR « macron-compatibles » qui s’étaient finalement laissé séduire par le candidat LR, à l’image de Arnaud Robinet à Reims, Christian Estrosi à Nice ou Jean-Luc Moudenc à Toulouse ? A priori, leur refus de soutenir LREM aux européennes allait plutôt dans le sens d’un refus de la main tendue par Édouard Philippe en prévision des municipales, mais l’effondrement de LR pourrait rebattre les cartes. Développant l’exemple de Reims, Nicolas Domenach note ainsi dans Challenge : « A Reims où Arnaud Robinet fait partie de ces élus qui ont solennellement pris partie pour François-Xavier Bellamy… Las pour l’édile, le candidat de droite n’a obtenu que 8% dans sa ville, soit 15 points de moins qu’aux européennes de 2014 Les Verts y obtiennent 12%, la République en marche 23% et le FN en tête caracole à 24%. Le maire de Reims devra au minimum composer et ne plus s’afficher aussi imprudemment avec LR, sa famille politique d’origine. »

Pour autant, la réussite de Macron lors de ces élections reste tributaire des recompositions qui pourraient s’opérer du côté des Républicains. Si ces derniers apparaissent affaiblis depuis les présidentielles, Gérard Larcher a ainsi annoncé prendre acte de l’échec de la ligne Wauquiez et propose une initiative d’ouverture de LR vers le centre à partir des territoires, dans la perspective des municipales. Une initiative appuyée par Valérie Pécresse, qui y voit la possibilité de s’adresser « aux libéraux, aux écolos, aux jeunes, aux urbains, aux femmes... » tout en s’appuyant sur « la droite conservatrice », et qui a appelé, à demi-mot, Laurent Wauquiez à démissionner.

Aux lendemains des Européennes : ouvrir l’Acte II et trouver le chemin de l’élargissement à gauche

Pour Macron, la possibilité de poursuivre la recomposition politique et de construire un ancrage local reposera également sur l’ouverture. Pour le moment, c’est en direction d’EELV, dont la liste Renaissance avait déjà réussi à capter des dirigeants tels que Pascal Canfin ou Pascal Durand, que les efforts de LREM devraient se déployer. « Le centre gauche n’est plus avec nous aujourd’hui. La réponse politique logique serait de réélargir de ce côté-là, car il y a d’autres élections qui arrivent » note un conseiller ministériel interrogé par Le Monde.

Dans ce cadre, le gouvernement a ainsi tenté d’afficher sa bonne volonté en faveur de l’arrêt du projet « Montagne d’or » ces derniers jours, quitte à présenter un double-discours dénoncé par certains écologistes, tandis que Pascal Canfin montait au créneau pour défendre le gouvernement. Dans ce cadre, Sibeth Ndiaye a ainsi expliqué à BFM TV la volonté de LREM de collaborer avec EELV au Parlement Européen : « Le groupe dans lequel nous allons nous retrouver va être un groupe charnière qui va pouvoir en quelque sorte être un moteur dans la création d’une alliance progressiste et pourquoi pas avec les Verts. »

Outre cette ouverture vers le centre-gauche attiré par les écologistes, il s’agit pour le gouvernement de maintenir la dynamique de réformes ralentie par des mois de contestation sociale. Au lendemain des Européennes, et alors que les Gilets Jaunes se sont mobilisés avec moins de vigueur lors des derniers actes, le gouvernement a cherché à afficher un tournant volontariste autour de l’ouverture d’un « Acte II » du quinquennat qui n’en finit pas d’être annoncé.

« Quand on a un bloc qui continue à nous soutenir, il est bon de respecter les attentes de ce bloc électoral. C’est ce que l’on va faire avec l’acte 2 : pas question de changer la politique de l’offre engagée. En revanche, on doit améliorer la méthode sur la proximité, avoir des résultats très concrets pour les gens et élargir aussi vers cette attente écologique très puissante » synthétise ainsi un ministre interrogé par Les Échos.

Un tournant volontariste qui dissimule les éléments de faiblesse du gouvernement

Si le gouvernement tente de transformer sa défaite aux européennes en victoire, et de mettre en avant un tournant volontariste de « l’Acte II », et sans minimiser les aspects de renforcement de LREM qui pourraient sortir d’une poursuite de la recomposition politique esquissée lors de ce scrutin, les perspectives d’Emmanuel Macron restent soumises à de potentielles difficultés. En effet, la recomposition qui s’est enclenchée lors de ces présidentielles demeure soumise à la capacité de Macron à poursuivre les réformes.

Or, si c’est à la réforme de l’assurance-chômage, à la réforme des retraites ou encore à la réforme de la fonction publique, adoptée hier en première lecture, que devrait se consacrer le gouvernement dans les mois qui viennent, il pourrait retrouver sur sa route une contestation loin d’être éteinte. Ainsi, le mouvement des Gilets jaunes et la colère qu’il a exprimée n’ont pas disparu, ses méthodes de luttes radicales ont par ailleurs commencé à contaminer doucement d’autres secteurs sociaux, à l’image de la mobilisation dans l’Éducation Nationale d’avril.

Ce n’est donc qu’en apparence que cette dernière semaine et la séquence post-élections auront permis d’effacer les Gilets jaunes du paysage médiatique et politique. Les 7 mois de contestation historique qu’a connu le pays ne risquent pas de disparaître comme ça, et pourraient au contraire annoncer de nouveaux épisodes de luttes de classe qui n’en ont pas fini de mettre des bâtons dans les roues des projets du gouvernement et du patronat.




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