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Auchan. De la France au Sénégal, la famille Mulliez contre les travailleurs

Au Sénégal, lors de la mobilisation récente, les magasins du groupe Auchan ont été pris pour cible par les manifestants qui dénoncent la mainmise des enseignes françaises sur l'économie sénégalaise. En France, bien que dans des conditions différentes, les travailleurs du groupe Auchan ont aussi bien des raisons de se battre contre la direction de leurs entreprises.

mercredi 17 mars

Crédit Photo : Le Parisien

Depuis le 3 mars et l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko, des émeutes ont éclaté au Sénégal, et plus particulièrement à Dakar où 21 magasins Auchan ont été pillés. D’autres enseignes françaises, comme Decathlon (appartenant également aux propriétaires d’Auchan, la famille Mulliez), Orange et Total ont aussi été prises pour cible

L’attaque des symboles qui représentent la mainmise de la France dans la région

Le président actuel, Macky Sall, élu en 2012 puis réélu en 2019, est rejeté en raison de ses politiques répressives et des nombreux scandales dans lesquels il est impliqué. En particulier, il est tenu responsable de la situation économique catastrophique du pays, du fait de son rôle de relai des politiques de pillage de l’impérialisme français au Sénégal.

À titre d’exemple, comme le précise Mediapart, le Sénégal s’est endetté à hauteur de 230 millions d’euros auprès de la France pour financer un projet de train (d’une hauteur totale de 1.3 milliards d’euros) reliant l’aéroport Blaise-Diagne à Dakar et faisant intervenir essentiellement des entreprises françaises - Engie, Thalès, la SNCF, la RATP ou encore Alstom - et ce alors que ce projet ne bénéficiera vraisemblablement qu’à une toute petite part de la population la plus aisée. En août 2020, le président sénégalais a même été reçu en grande pompe à l’Elysée dans le cadre d’une rencontre traitant de la situation au Sahel et au Mali .

C’est dans ce contexte qu’Auchan tente depuis 2014 de s’implanter sur le marché sénégalais. L’enseigne y exploite aujourd’hui 33 magasins et employait, en 2019, 1463 personnes. L’établissement de ces enseignes, dans la continuité de la période coloniale, est insupportable pour les travailleurs sénégalais. Le militant Guy Marius Sagna souligne d’ailleurs la filiation coloniale de ce phénomène : « la France arrivait avec ses comptoirs commerciaux, eux-mêmes les ancêtres des grandes enseignes ».

C’est donc véritablement en tant que symbole de l’impérialisme français et du pillage économique du Sénégal, qui perdure depuis le début de la colonisation, que les enseignes Auchan ont particulièrement été prises pour cibles.

Du Sénégal à la France, Auchan méprise les travailleurs

En lien avec cette dimension impérialiste, Auchan met en place une politique commerciale et interne agressive, qui impacte directement les travailleurs qui y sont employés, mais aussi les producteurs et commerçants locaux.

La stratégie d’implantation d’Auchan s’est en effet articulée au rachat d’enseignes intégrées localement, comme Citydia en 2018. Ce rachat a entraîné le licenciement « pour raisons économiques » de 151 travailleurs, comme le relate un journal local. Une réalité assez éloignée des déclarations de Laurent Leclerc, directeur général régional de Auchan Sénégal, qui affirmait que « la sauvegarde de l’emploi a été la priorité des deux parties ».

Au-delà de ces licenciements, Auchan représente un véritable risque pour l’emploi de milliers de producteurs et commerçants. Anticipant cet argument, le même Laurent Leclerc et le groupe Auchan affirment leur volonté de "favoriser les filières locales". La grossière tentative de masquer le processus de prédation que constitue cette implantation a bien sûr échoué, et une [forte mobilisation s’est dressée dès 2018 derrière les slogans « Auchan Dégage » et « France Dégage ». Ces slogans sont aujourd’hui repris par les manifestants, qui réclament plus de démocratie, et la fin de la mainmise des entreprises françaises sur l’économie du Sénégal.

De plus, les entreprises de la grande distribution, et notamment Auchan, sont régulièrement dénoncées par les producteurs en France qui les accusent de recourir à des centrales d’achats toujours plus puissantes permettant de faire inlassablement baisser les prix. L’argument du soutien au marché local révèle ici toute son hypocrisie.

Ainsi, ce mépris des travailleurs ne s’arrête pas aux frontières du Sénégal. L’annonce en septembre 2020 de la suppression en France de près de 1500 postes au sein de l’enseigne, alors même que l’association de la famille Mulliez a touché 500 millions d’euros de crédit d’impôt compétitivité emplois (CICE) sur les dernières années et a vu le taux de rentabilité d’Auchan bondir de 79% au premier semestre 2020, montre ce même mépris à l’œuvre.

Ce caractère de l’entreprise est soigneusement dissimulé par la communication du groupe Auchan. Celle-ci relève d’un mélange de morale chrétienne, chère au patron du groupe (Gérard Mulliez est membre des "Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens") et de grandes valeurs telles que « Solidarité », « Dignité » et « Participation ». La détermination et la colère des manifestants, militants, et travailleurs de tous les pays expose cette imposture.

Récemment aussi, le cas de Rozenn, étudiante travaillant à Chronodrive (filiale d’Auchan), a montré encore une fois cette hypocrisie du groupe Mulliez. Militante féministe, elle a été mise à pied en vue d’un potentiel licenciement par sa direction, suite à une lutte décisive contre le sexisme au sein de son entreprise, et ce, deux jours avant le 8 mars - journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Une campagne de soutien a été lancée depuis la CGT Chronodrive, en lien avec le collectif Du Pain et des Roses, pour exiger la levée des sanctions et revendiquer la lutte qu’a mené Rozenn contre les violences sexistes et sexuelles à Chronodrive.

L’enseigne, qui exploite, précarise et opprime les travailleuses et travailleurs, ruine les commerçants locaux et s’assied sur les luttes anti-impérialistes et féministes, apparaît alors dans sa vraie nature : celle d’un adversaire à combattre pour la fin de l’impérialisme français sur le continent africain et pour la dignité de notre camp social international.




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