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Auchan : l’enseigne face à un scandale de corruption en Russie

Alors que de plus en plus de scandales ébranlent le groupe Auchan, entre suppression de 1400 postes, menace de licenciement d'une étudiante mobilisée contre les violences sexistes dans la filiale Chronodrive, la marque est aussi éclaboussée par une affaire de corruption en Russie.

jeudi 18 mars

Corruption à appels d’offres pipés

 
L’avocat expert anti-corruption Alexei Jarkov, chargé de faire le ménage dans la gestion du groupe en Russie, affirme avoir identifié cinq réseaux de corruption au sein d’Auchan. Il explique les mécanismes d’appels d’offres pipés « des responsables d’achat organisent cette corruption via des appels d’offres pipés, des hausses artificielles de prix, des faveurs pour la promotion de produits et d’autres irrégularités au service qualité et au contrôle financier, notamment sur la compliance… 100 des 450 fournisseurs représentent 80 % des ventes. Pour la moitié d’entre eux, il y a corruption  ».

L’avocat affirme que certains des directeurs d’achat gardaient des fournisseurs alors qu’ils les savaient plus chers. Il avait alors proposé à la direction de diversifier les sources d’approvisionnement et d’introduire de la transparence, toutes ces propositions ont été rejetées. L’enquête des Echos révèle que « entre 80 et 100 millions d’euros, soit de 2 à 3% du chiffre d’affaires réalisé en Russie, sont siphonnés chaque année ». « Siphonné » pour quel compte ? Cela reste flou, mais une chose est sûre : la direction est mal à l’aise.

Après la révélation de ces faits, Alexei Jarkov a été roué de coups de barre de fer à la tête, entraînant son hospitalisation pendant six semaines. Selon lui il n’y a aucun doute sur le fait que cette attaque est liée à ses découvertes chez Auchan, il affirme lui-même que ses agresseurs voulaient l’éliminer parce que son travail « provoquait de nombreuses gênes  ». La direction déclare qu’aucun élément ne prouve que l’agression d’Alexeï Jarkov aurait un lien avec ses activités pour Auchan.

Évincer ceux qui dérangent : voilà la politique d’Auchan

 
Voilà comment nous pourrions résumer la politique appliquée par la famille Mulliez. En effet, l’avocat expert anti-corruption a eu la surprise d’apprendre à sa sortie de l’hôpital le non-renouvellement de son contrat. Il a alors déclaré au journal Les Échos «  j‘ai été mis sur la touche parce que j’avais découvert le pot aux roses  ». Comment alors douter que la direction d’Auchan si elle n’est pas complice, cautionne au moins ces agissements frauduleux ? Surtout quand on apprend que cette mise à l’écart aurait été demandée par Pierre Buchsenschutz, secrétaire général d’Auchan, comme le confirme un message interne que les journalistes des Echos ont pu consulter. A cela s’ajoute le licenciement de François Rémy, alors directeur général d’Auchan Russie, à qui Alexeï Jarkov avait rapporté les résultats de son investigation. Ces mises à l’écart successives, du personnel « gênant » illustre la logique de l’enseigne, pour qui la priorité est de préserver l’image du groupe et surtout ses profits.

Maintenir l’omerta

 
Suite à ce scandale, le Président d’Auchan Edgard Bonte, qui est le gendre de Patrick Mulliez, a déclaré qu’à sa connaissance il n’y avait plus de corruption dans la filiale russe, avant d’ajouter « il y a eu effectivement de la corruption qui a été détectée et traitée (en Russie) il y a des années, et des mois. Je n’ai pas connaissance de plus : s’il y a d’autres cas, on les traitera  ». Ces propos sont remis en question par l’avocat qui affirme avoir écrit à ce dernier sur le sujet. Edgard Bonte, a aussi affirmé que le licenciement de François Rémy n’était en aucun cas lié avec cette affaire mais aux mauvais résultats de ce dernier. Il faut tout de même noter que Edgard Bonte a effectué une forte mise à l’écart des expatriés dans le « top management » de Auchan Russie. Ainsi une trentaine de personnes, autrement dit 80% du "top management" a été remplacé, on peut compter parmi eux le contrôleur financier, prouvant une nouvelle fois que le la direction du groupe cherche à se dédouaner et brouiller les pistes sur les faits de corruption, en écartant - et accusant en substance - son personnel expatrié.

Même si la direction semble vouloir minimiser l’affaire, les langues se délient parmi les managers mis sur la touche, ainsi un d’entre eux avait écrit à la direction française « dès mon arrivée, j’ai fait face à un système corrompu et une organisation criminelle que j’ai dû démanteler et dont je détiens encore les dossiers  ».

Comment la direction d’Auchan, avec à sa tête Edgard Bonte, peut affirmer ne pas avoir eu connaissance des faits de corruption qui gangrènent la filiale russe alors qu’elle licencie les nombreux salariés qui les dénoncent ?

Auchan, plutôt que d’agir, préfère contraindre au silence toutes celles et ceux qui pourraient nuire à son image, comme le prouvent les événements récents. Rozenn, étudiante et travailleuse au sein de Chronodrive Toulouse (filiale du groupe Auchan), se retrouve mise à pied et menacée de licenciement sous prétexte d’un tweet dénonçant le gaspillage alimentaire de l’enseigne mais surtout suite à la lutte exemplaire qu’elle a menée contre le harcèlement sexiste et sexuel au sein de l’entreprise.

Signez la pétition en soutien à Rozenn et contre son licenciement




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