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Politique

Allocution présidentielle

Autoritarisme sanitaire, guerre aux chômeurs : Macron relance l’offensive antisociale en vue de 2022

Sous prétexte de crise sanitaire, Emmanuel Macron s’est octroyé ce mardi soir un monologue de campagne. Outre une nouvelle offensive autoritaire sur la 3ème dose pour les plus vulnérables, le chef de l’État a défendu ses réformes passées et esquissé les futures en vue de 2022. Le ton du discours ne laisse aucun doute, Macron compte bien renforcer son offensive et c'est à notre camp qu’il déclare la guerre.

mercredi 10 novembre

Crédit photo : AFP

Sur le plan sanitaire : de la constance dans la coercition et la répression

La reprise de l’épidémie est désormais incontournable et le spectre d’une cinquième vague de plus en plus pressant en Europe. Dans ce cadre, Emmanuel Macron avait annoncé la semaine dernière vouloir s’adresser aux Français ce mardi. Pour sa neuvième allocution depuis le début de la crise du Covid, le chef de l’Etat a commencé par vanter son bilan sanitaire, insistant sur les chiffres de la vaccination en France. Évoquant la reprise épidémique, et alors que mercredi dernier le gouvernement annonçait le retour du masque à l’école, Emmanuel Macron a cherché à conjurer l’idée d’un échec de sa politique en pointant un « relâchement individuel » des gestes barrières.

Pour les prochaines semaines, il s’est concentré sur l’enjeu de la troisième dose de vaccin pour les personnes vulnérables. Et sur ce terrain, Macron a à nouveau choisi la méthode autoritaire. Celle-ci sera en effet obligatoire pour les plus de 65 ans et les personnes immuno-déprimées sous peine de perdre leur pass sanitaire au 15 décembre. Dans la continuité de la ratification par l’Assemblée Nationale de la prolongation du pass sanitaire jusqu’à l’été 2022 vendredi, le gouvernement resserre l’étau autoritaire. Macron a par ailleurs annoncé le renforcement des contrôles policiers et du pass sanitaire « partout » et notamment dans les « gares et aéroports ».

Sur le terrain sanitaire, c’est donc à un récit d’auto-valorisation que s’est livré le chef de l’État, masquant les nombreux ratés de sa gestion sanitaire pour mieux légitimer sa politique autoritaire. Le satisfecit s’est étendu au soutien aux entreprises et à la population, permettant de dresser un tableau idéal, et sans contradicteurs, de sa gestion sanitaire qui aurait permis de « protéger chacun de nous sur le plan éducatif, économique et social ». De son côté, la question pourtant centrale de l’hôpital et des soignants a été très rapidement évacuée après de nouveaux « remerciements », alors que des pénuries de personnels entraînent de graves dysfonctionnements dans de nombreux centres hospitaliers, aggravant la crise de l’hôpital public.

Derrière la question sanitaire, un discours de campagne

Alors que la question sanitaire semble peu porteuse, Macron s’en est rapidement dépris. Revenant sur ses dernières annonces, ses futures contre-réformes, et de nombreux sujets allant de l’Union Européenne à la sécurité en passant par l’écologie, le chef de l’État avait bien pour objectif de lancer pleinement sa campagne pour 2022. En ce sens, le premier temps du discours présidentiel a en réalité consisté en une longue énumération des « bienfaits » « sociaux » prétendus du « quoi qu’il en coûte ». Alors que la crise de l’inflation et la question sociale sont venues percuter la pré-campagne électorale, Macron s’est attelé à redorer son image, reprenant à son compte, la propagande mensongère du gouvernement sur la hausse du pouvoir d’achat et sur les salaires. Pour Macron tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Dans un « en même temps » très macronien, au lendemain du premier débat de la primaire des Républicains, il s’agissait aussi de répondre à la droite, et à ceux qui l’accusent d’avoir creusé le déficit étatique. En ce sens, si le chef de l’Etat a salué la relance et la bonne situation économique, Macron a surtout cherché à montrer qu’il agirait jusqu’au « dernier quart d’heure », selon l’expression consacrée dans son entourage, ainsi que sa détermination à approfondir les réformes néolibérales menées depuis 2017 dans un hypothétique futur quinquennat.

Outre son projet « France 2030 de cadeaux au patronat, il a évoqué le prolongement des prêts garantis par l’Etat ou le récent « contrat d’engagement ». Mais Macron a surtout choisi d’insister sur les contre-réformes passées et à venir. Reprenant les mots du patronat pour évoquer l’existence d’emplois non-pourvus et la « pénurie » dans certains secteurs qui « heurte[rait] le bon sens », Macron a véritablement déclaré la guerre aux travailleurs et aux chômeurs. Après s’être félicité de sa réforme de l’assurance-chômage qui en durcit les conditions, il a embrayé : « Pôle emploi passera en revue les centaines de milliers d’offres disponibles dès les prochaines semaines. Les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leur allocation suspendue ». Une sentence qui laisse présager une intensification de la traque des chômeurs.

Dans la même veine, Macron a insisté avec des accents sarkozystes sur le travail. Ou plutôt sur la nécessité de « travailler plus ». Dans une logique de « devoirs » offrant des « droits », il a évoqué pêle-mêle le développement d’une « cinquième branche de la sécurité sociale » sur la dépendance ou encore la nécessité de « travailler plus longtemps en repoussant l’âge légal » et de supprimer les régimes spéciaux pour « pour préserver les pensions de nos retraités et la solidarité entre nos générations » dans le cadre d’une réforme des retraites repoussée définitivement à l’après-2022. En Macronie, la possibilité de survivre, de toucher une retraite décente ou de de vieillir dans des conditions acceptables se paie au prix fort, par l’acceptation d’offensives de grande ampleur contre nos droits.

Profitant de l’international pour tenter de renforcer sa stature présidentielle, Macron a conclu en évoquant la Présidence française de l’Union Européenne à partir de 2022, mais aussi la COP26. Sur ce dernier plan, Macron s’est à nouveau projeté dans le temps long en promettant la relance de la construction de centrales nucléaires « pour la première fois depuis des décennies ».

Macron en campagne contre nos droits

A quelques mois des présidentielles, le gouvernement reprend donc à son compte le vocable de la droite conservatrice dure et un triptyque « travail, mérite et responsabilité » comme le notait déjà Cécile Cornudet dans un édito pour Les Echos à propos du contrat d’engagement. L’évocation d’un principe de solidarité cache mal un appel à retourner au « travail » qui préfigure de nouvelles attaques contre les chômeurs, mais aussi contre les travailleurs. Macron n’hésitait d’ailleurs pas récemment à soulever également la question du temps de travail. « Quand on se compare, nous sommes un pays qui travaille moins que les autres en quantité. Ça reste vrai. Et donc nous avons une quantité de travail allouée qui n’est pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulées » expliquait-t-il en octobre dernier. Si le discours ne résiste pas à l’épreuve des faits, il n’est pas moins éclairant des intentions du candidat Macron.

L’allocution de ce mardi soir est venue nous confirmer les grandes lignes du programme de Macron en vue de 2022 : une offensive de grande ampleur contre notre camp social. Nous n’avons rien à gagner à la baisse ou suspension des aides, ni au nivellement par le bas des régimes de retraites. Et si notre modèle social coûte cher, comme veut nous le faire croire Macron, il oublie l’argent qu’il y a à profusion entre les mains de ses amis, les Bolloré, Niel et Arnault. Dans les mois et années à venir, il faudra batailler pour que ce soit eux qui paient cette crise.




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