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Monde

Autriche. Grèves sauvages contre l’inaction des entreprises face à l’épidémie

Dans de nombreux pays, les ouvriers débrayent et font valoir leur droit de retrait dans des usines qui restent ouvertes pour le seul enrichissement des patrons, au mépris de la santé publique et de celle des salariés. En Autriche aussi les travailleurs rappellent que nos vies valent plus que leurs profits !

samedi 21 mars

Traduction de l’allemand d’un article de Klasse gegen Klasse qui fait partie du réseau international duquel fait partie Révolution Permanente.

Crédits photo : laumat.at/leserfoto

Ce mercredi 18 mars, tôt dans la matinée, dans l’entreprise Greiner Perfoam GmbH, un fabricant de plastique et de mousse, les ouvriers ont débrayé pendant deux heures et, malgré l’interdiction de rassemblement, se sont retrouvés devant l’entreprise. En cause, « le comportement irresponsable de la direction de la boîte » qui s’accommode des risques sanitaires pris par les salariés. Cette entreprise se situe au bord du Danube, dans la région de Linz où 300 cas de coronavirus ont déjà été comptabilisés. Sur l’ensemble du pays, nous en sommes déjà à plus de 1400 [NdT : 2400 quand nous traduisons ces lignes] cas. Il n’y a là rien de stupéfiant à ce que les salariés condamnent l’attitude de la direction qui se refuse à aménager la production de manière à ce que la santé des salairés et de leurs proches ne soit pas mise en danger.

Les ouvriers ont décidé, comme le rapporte la Confédération syndicale autrichienne (ÖGB – Österreichischer Gewerkschaftsbund), de se rassembler devant les portes de l’entreprise car à l’intérieur du bâtiment, il n’est pas possible de se réunir sans déroger aux distances de sécurité réglementaires. Ils soulignent ainsi la contradiction de cette interdiction de rassemblement : la population doit se retirer de la vie publique pour ralentir la propagation de la pandémie, mais dans le même temps, la production doit continuer pour que les entreprises puissent faire leurs profits.

Le conseil d’entreprise n’a pas soutenu les revendications des salariés et a préféré négocier avec le management. Ce n’est pas une exception, comme le montre la confédération syndicale qui négocie avec les « partenaires sociaux » (dans des rounds de négociations institutionnalisés où une négociation est suivie d’une grève carrée) pour obtenir 80 % du salaire net en cas de chômage partiel, et n’a rompu ces négociations, dans le secteur de la santé, du social et du soin que parce que la situation de pandémie ne permettait plus qu’elles se tiennent.

L’Autriche n’est pas le premier pays en Europe où des travailleurs se mettent en grève en réponse aux attaques faites à leur santé. Au Pays basque, 5000 ouvriers de Mercedes Benz à Vitoria-Gasteiz ont cessé la production, de même que de nombreux secteurs industriels en France et en Italie. Ces conflits illustrent que la protection de la santé et de la vie des travailleurs ne fait pas partie des préoccupations et des intérêts des patrons.

Au lieu de décréter une trêve entre les travailleurs et les capitalistes, comme le font l’ÖGB ou la DGB en Allemagne (Deutscher Gewerkschaftsbund, confédération syndicale allemande), ces exemples montrent la voie à emprunter : assurer notre santé et nos vies demande de s’appuyer sur nos propres forces en tant que travailleurs, jeunes, opprimés. Affirmer cela, c’est commencer par se battre pour des commissions d’hygiène et de santé, gérées par les travailleurs eux-mêmes, dans toutes les entreprises, et exiger également des congés ou un chômage partiel rémunérés à 100 % du salaire.




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