^

Politique

Couacs et improvisations

Avec la crise des Gilets Jaunes, la Macronie sur le fil

Comment maintenir le cap du « projet » macronien après la crise des gilets jaunes ? C’est le casse-tête où se trouve actuellement le gouvernement. Cerné d’un côté par la détestation populaire et de l’autre par ses objectifs budgétaires et « réformateurs », l’étau est étroit et la marche glissante pour la suite du quinquennat.

mercredi 19 décembre 2018

La fin de la méthode « bulldozer », le retour à la « trahison sociale » ?

A seulement 18 mois de son élection, la mobilisation des Gilets Jaunes a profondément rebattu les cartes pour Emmanuel Macron. Obligé de reculer face à l’ampleur de la mobilisation, le « président des riches » a été contraint de faire quelques concessions - recul sur l’augmentation des taxes sur le carburant, recul sur la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros – mais aussi d’accélérer le rythme des mesures « pro-pouvoir d’achat » qui devaient se décliner sur les prochaines années du quinquennat : c’est notamment le cas de la prime d’activité pour 55% des salariés au Smic dont il a annoncé l’augmentation immédiate pour le début de l’année 2019 de 100 euros au lieu d’une augmentation progressive sur les années à venir. Le « volet social » -plan pauvreté, primes d’activité- qu’il comptait décliner tout au long de son quinquennat est désormais épuisé. Il n’y a plus de roues de secours pour contrecarrer l’impopularité des futures réformes (chômage, retraite, fonction publique). Et son capital politique est définitivement éreinté. Impopulaire hier, Emmanuel Macron est aujourd’hui détesté.

Avec le spectre d’un retour de la contestation, Emmanuel Macron va devoir réduire le rythme et changer de méthode pour pouvoir continuer à réformer. Sans nul doute, la crise des gilets jaunes sonne le glas de la méthode « bulldozer » et marque le grand retour du « dialogue social » façon Hollande. Au premier chef, avec la personne de Laurent Berger, patron de la CFDT qui vient de relayer l’appel de Laurent Nuñez à mettre en place « l’évacuation des ronds points ». Mais aussi avec l’ensemble des organisations syndicales (dont la CGT de Martinez mais à l’exception de Solidaires) qui, le 6 décembre, ont signé un communiqué condamnant les « violences qui s’expriment à partir des revendications », tournant le dos aux Gilets Jaunes et se portant au secours de la Macronie.

Reste la grande interrogation sur la capacité des directions syndicales à absorber les remous de la contestation sociale. Le mouvement des gilets jaunes a réussi à les contourner ; certaines fédérations ou unions, notamment au sein de la CGT-Pétrochimie, et parfois même chez Force Ouvrière, de manière encore limitée mais réelle, à les déborder.

Dépassement du déficit et discrédit international

Si les suites du projet pro-patronal macronien vont être plus difficiles à mettre en place, les concessions faites auprès des Gilets Jaunes ne l’ont pas fondamentalement entamé. En ne cédant rien sur l’augmentation du Smic, Macron a épargné le Medef et le patronat. Les mesures sont directement tirées de la poche du contribuable, car elles sont réalisées avec l’argent public auquel les grandes entreprises (via la loi Pacte et les 40 milliards d’euros d’exonérations fiscales) et les ménages fortunés (via la suppression de l’ISF) contribuent toujours moins. La « carotte » sera donc financée par les ménages à moyen terme.

Mais en attendant, elles provoquent un déséquilibre dans le budget et augmentent le déficit public au-delà des exigences européennes. « La facture globale des mesures annoncées depuis le début de la crise des Gilets jaunes est évaluée entre 8 et 10 milliards d’euros par Bercy » indique le Monde. En 2019, le déficit public devrait s’approcher de 3.5% du PIB selon ses estimations, soit au dessus du niveau des 3% fixés par les Traités Européens. Un résultat contraire à l’objectif de Macron qui classerait de nouveau la France parmi les mauvais élèves européens. A l’image de l’Italie de Salvini. Mauvaise image pour le Président français. Mauvais présage pour les futures élections européennes. Face à une Angela Merkel sur la sortie, Macron aura d’autant plus de mal à émerger comme le nouveau leader du « progressisme » en Europe.

Un déficit politique, des couacs dans la majorité

Mais la Macronie n’est pas au bout de ses difficultés. Depuis l’affaire Benalla de l’été et les démissions en chaine de l’automne, on savait que la majorité manquait de solidité dans les moments de crise politique. Que ses réseaux sont déjà épuisés. Qu’à force de verticalité, elle manquait de relais.

Au tout début de la crise des Gilets Jaunes, une première fissure s’est montrée au sein de la majorité : un certain nombre de député La République En Marche, dont Brigitte Bourguignon, ont pris le contrepied du premier ministre en appelant à « accepter la main tendue par Laurent Berger ». Une décision que l’exécutif prendra plusieurs semaines plus tard. Mardi 18 décembre, ce sont 11 députés qui ont pris la plume pour s’opposer à la nouvelle mesure très contestée et prise par Frédérique Vidal concernant la hausse des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires. Le même jour, en l’espace de quatre heures, l’exécutif décide d’annuler l’extension du chèque énergie à 2 millions de ménages supplémentaires et le doublement de la prime de reconversion des véhicules avant de rétropédaler. En cause, la crainte de voir reprendre de plus belle la mobilisation des Gilets Jaunes qui n’est toujours pas refermée mais aussi la réaction des députés LREM. « Politiquement ce n’est pas entendable » a déclaré Laurent Saint-Martin, député du Val-de-Marne. Ce dernier couac gouvernemental illustre la tension et les hésitations de l’exécutif entre choix politiques et arbitrages budgétaires, entre concession et objectif en termes de politiques structurels. Un gouvernement sur le fil dont les marges de manœuvres, au niveau national, comme européen et international, se réduisent à peau de chagrin… Une raison de plus pour pousser à ce qu’il bascule définitivement.




Mots-clés

Gilets jaunes   /    Edito   /    Emmanuel Macron   /    Politique