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Crise politique

Avec la démission de « Super Mario », grande inquiétude du patronat italien, de Macron et de Scholz

Après une semaine de tractations effrénées dans le parlement italien, et une première démission refusée, Sergio Mattarella a finalement accepté la démission de Mario Draghi suite à l’implosion de son gouvernement de large coalition. Une nouvelle crise politique majeure s’ouvre dans le pays, sur fond d'accentuation de la crise inflationniste. Des élections anticipées devraient avoir lieu en automne.

lundi 25 juillet

« L’homme providentiel » Mario Draghi, coqueluche de l’Union Européenne, n’aura finalement tenu que 18 mois. Ancien directeur de la Banque Centrale Européenne, « sauveur de l’Euro » par la mise en œuvre de politiques d’austérité dont la Grèce, parmi d’autres, souffre toujours, Mario Draghi avait été propulsé au poste de Premier ministre par la bourgeoisie en février 2021 afin de restaurer l’économie italienne et d’implémenter des mesures pour faire face à la pandémie de COVID. À la tête d’une très large coalition, Draghi n’a pas survécu à un vote de confiance, qu’il a pourtant gagné, mais qui a vu ses trois principaux partis s’abstenir, consommant ainsi l’éclatement de la coalition. Peu après la démission de Draghi, Mattarella a annoncé la dissolution du parlement et la tenue d’élections anticipées prévues cet automne.

Mario Draghi a en effet dû composer tout au long de son mandat avec des alliés difficiles, avec d’un côté le Mouvement 5 Étoiles (M5S), un parti populiste qui prétend se situer du côté des intérêts du « peuple » contre les « élites » mais qui a gouverné avec la Ligue entre 2018 et 2021 pour le plus grand profit de la bourgeoisie et qui a intégré la coalition de Draghi après le débranchage du gouvernement Conte, et de l’autre la droite radicale représentée par la Ligue, un parti d’extrême-droite que la bourgeoisie a essayé de « domestiquer » et faire rentrer dans le rang, et Forza Italia (FI), le parti de Berlusconi.

Une coalition contre-nature donc, par sa distension sur l’échiquier politique, mais aussi par le mélange de position irréconciliables sur l’Union Européenne 一 Draghi pouvait compter sur les europhiles du Parti démocrate (PD) et dans une certaine mesure sur FI, mais la Ligue et le M5S sont résolument eurosceptiques. À cela se sont par la suite ajoutées des dissensions autour de la position à adopter autour de l’Ukraine, entre pro-Ukrainiens (essentiellement le PD et Ensemble pour le futur, une scission du M5S survenue en juin dernier) et pro-Poutine, principalement représentés par la Ligue de Salvini. Le tout dirigé par un europhile convaincu, les fondations de la coalition ne pouvaient pas tenir bien longtemps. Comme l’écrivait le journal Le Monde, « ainsi a pris fin le paradoxe qui voulait que cohabite le Parlement le plus eurosceptique de l’histoire de l’Italie avec un président du conseil personnifiant le sauvetage de la zone euro après la crise financière de 2011. »

Technocrate assumé, à la tête d’une coalition gouvernementale très large, Draghi s’est donné comme mission de simplifier un système judiciaire grippé et une gestion globale des aides européennes post-Covid en fonction d’un programme ambitieux de réformes structurelles du capital qui a fait grincer des dents… y compris au sein du patronat, ce qui explique, in fine, la crise gouvernementale actuelle. « Super Mario », comme il est surnommé, est également revenu sur des mesures tant soit peu sociales mises en place par le précédent gouvernement de Giuseppe Conte (M5S). Ainsi, le gouvernement Draghi a remanié le Quota 100 qui instaurait la retraite à 62 ans après 38 années de cotisations, la ramenant à 64 ans après 38 années de cotisation, mais aussi le revenu minimum, dont le montant et les conditions d’accès ont été drastiquement affaiblis.

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Mais les facteurs directs dans l’éclatement de la coalition ne se sont révélés que récemment : le M5S avait refusé de voter une motion pour faire face à crise énergétique, estimant qu’elle n’allait pas assez loin, tandis que la Ligue et FI étaient prêts à soutenir le gouvernement si celui-ci expulsait le M5S, une exigence impossible à accepter pour Draghi. La chute du gouvernement Draghi a de quoi inquiéter à Bruxelles, et peut être vu comme un échec du modèle technocratique européen émulé par Draghi par la mise en place de politiques austéritaires en Italie, et d’autre part par le fait que celui-ci était un symbole de la « solidarité européenne ». Plus spécifiquement, la démission de Draghi met en péril l’allocation de plus de 200 milliards d’euros prévus par le plan de relance européen (« Next Generation EU ») pour faire face aux conséquences de la pandémie.

Dans cette période d’instabilité qui s’ouvre en Italie, une chose est relativement probable ; les prochaines élections vont probablement voir accéder au pouvoir une coalition menée par Fratelli d’Italia (FdI), un parti d’extrême-droite qui n’a pas intégré la coalition gouvernementale menée par Draghi, et qui jouit depuis des mois de bons résultats dans la plupart des sondages, alors la Ligue assiste impuissante à une hémorragie de ses électeurs vers FdI. Un héritier du régime mussolinien, le parti FdI oscille entre national-conservatisme et néo-fascisme, et donc entre souverainistes convaincus et partisans d’un nationalisme pan-européen.

Quel que soit le résultat des prochaines élections, le monde du travail sait déjà qu’il aura à faire face à un gouvernement de combat : soit d’extrême droite, avec un vague vernis social et démagogique, soit, hypothèse la moins probable, ressoudé autour des personnalités politiques les plus représentatives de la bourgeoisie et le Parti Démocrate. Dans les deux cas, face à l’inflation qui menace le pouvoir d’achat, la crise énergétique qui se profile et les attaques à venir, il aura à réagir.

Ce samedi, un secteur du syndicalisme de classe a d’ailleurs riposté par rapport à une attaque en règle menée, avec la bénédiction de Draghi, contre les secteurs les plus combatifs de la logistique, qui s’est traduit par l’arrestation de plusieurs dirigeants syndicaux et la mise en place de poursuites judiciaires contre 250 autres.



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