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Du Pain et des Roses

Pour le droit à l’avortement sûr, libre et gratuit

Avortement : 1000 personnes à Paris en solidarité avec les Etats-Unis et pour un féminisme internationaliste

Plus de 1000 personnes ont répondu à l’appel à se réunir place de la République à Paris ce dimanche 26 juin en solidarité avec les mobilisations aux Etats-Unis pour le droit à l’avortement, à l’appel de collectifs féministes et LGBTI tels que Du Pain et des Roses, XY Media, Alerta Feminista, Acceptess-T…

lundi 27 juin

Suite à la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis de révoquer le droit à l’avortement au niveau fédéral aux Etats-Unis, laissant à la responsabilité de chacun des 50 états des Etats Unis la possibilité de légiférer comme bon lui semble sur le droit à l’avortement, des collectifs féministes et LGBTI appelaient à se réunir place de la République ce dimanche 26 juin. Parmi les organisateurs, le collectif Du Pain et des Roses, animé par des militantes de Révolution Permanente, XY media, un média transféministe, le collectif Alerta feminista, Nous Toutes ou encore Acceptess-T qui milite pour les droits trans et les personnes qui s’organisent en tant que travailleuses du sexe.

La bataille pour le droit à l’avortement libre, sûr et gratuit est une lutte anti capitaliste, et internationaliste !

Sur place près de 1 000 personnes ont répondu à l’appel à se rassembler, brandissant de multiples pancartes pour exprimer leur solidarité et leur position pro avortement. Devant la foule, les militantes des différents collectifs ont pris la parole pour revenir sur la situation aux Etats-Unis et esquisser des perspectives.

Carla du collectif Du Pain et des Roses a entamé son discours en revenant sur la décision profondément anti-démocratique et réactionnaire prise vendredi dernier : « Le droit à l’avortement était si fragile aux États-Unis que neuf personnes qui n’ont pas élues ont décidé d’annuler l’arrêt #RoeVsWade, la protection du droit à l’avortement en vigueur dans ce pays depuis 1973, en rétablissant la criminalisation. Nous ne nous lasserons pas de le dire : ce qu’ils veulent faire, c’est nous pousser, une fois de plus, dans la clandestinité, en réaffirmant le fait que l’avortement est un privilège de classe. ». Sasha Yaropolskaya de XY Media a insisté de son côté : « La cour suprême est une instance illégitime et doit être abolie ! ».

Le constat est également unanime : le droit à l’avortement n’a jamais été une réalité aux Etats-Unis, et n’a cessé d’être attaqué ces cinquante dernières années. Cécile du collectif Du Pain et des Roses, introduit les prises de parole et rappelle : « il faut le savoir et le crier : avant cette décision réactionnaire sur le droit à l’avortement, l’avortement n’était pas garanti aux Etats-Unis, et n’a cessé d’être attaqué à coups de restrictions ! En avril une jeune femme a été arrêtée et emprisonnée au Texas pour avoir avorté. On compte 18 personnes pour qui ça a été le cas ces dernières années ».

Une décision qui va impacter « les plus précaires, les femmes noires, autochtones, migrantes qui souffrent déjà énormément de la pandémie, du racisme, de l’inflation, des attaques sur les droits trans » comme ont insisté deux jeunes activistes américaines qui ont pris la parole. Chelsea Miller, fondatrice de la « Freedom March » à New York a dénoncé au micro une attaque contre les femmes du monde entier, et la nécessité de mener une « révolution » contre le patriarcat qui inclue les personnes racisées et les personnes transgenres.

La situation aux Etats-Unis nous enseigne qu’il faut s’organiser en indépendance des partis du régime !

Rapidement, la question de la politique des Démocrates ces 50 dernières années s’invite dans les interventions. « Le parti démocrate est totalement complice, il soutient même aujourd’hui les candidats démocrates anti-IVG ! » note ainsi Sasha Yaropolskaya de XY Media, tandis que Carla, militante argentine qui a milité au sein de la « Marea verde » en Argentine pour le droit à l’avortement, souligne que « le parti démocrate, qui défend ces droits du bout des lèvres et qui, pendant plusieurs mandats, a détenu la majorité au Congrès, n’a jamais proposé de faire de cet arrêt une loi définitive, et d’en faire un droit garanti et gratuit »

« Ce qui se passe aujourd’hui se passe avec Biden du Parti démocrate à la présidence des Etats-Unis, qui a nommé une femme noire Vice-préisdente, qui a fait sa campagne pour le progressisme, qui a fait des tonnes de promesses aux personnes noires, aux femmes et aux personnes LGBTI, et avec une majorité démocrate à l’Assemblée. Peu importe le nombre de promesses qu’ils nous font c’est de la peinture rose tout ça, et on ne doit pas se faire avoir ! » insiste de son côté Camille, militante Du Pain et des Roses, à la fin du rassemblement.

Nous devons exiger les moyens pour rendre effectif l’avortement libre, sûr et gratuit !

A l’ordre du jour en France depuis l’annonce de la Cour suprême aux Etats-Unis : la promesse, portée par LREM comme la NUPES, d’une constitutionnalisation du droit à l’avortement. Danielle Simonnet, conseillère régionale île de France de l’Union Populaire, intervenait notamment sur ce volet hier place de la République. « Aucun droit acquis conquis de haute lutte n’est acquis pour toujours ! Vendredi, Mathilde Panot présidente du groupe à l’assemblée a proposé à nouveau une loi constitutionnelle pour inscrire le droit à l’avortement dans la constitution ! » a-t-elle affirmé et promis à la foule rassemblée.

En réponse, les autres interventions ont insisté sur les limites du droit effectif à l’avortement et l’insuffisance de la loi Veil. A l’origine, celle-ci ne garantissait l’avortement que jusqu’à 10 semaines de grossesse, et elle comporte la célèbre « clause de conscience » qui permet à des professionnels de santé de refuser de pratiquer l’IVG tout en conditionnant l’avortement à un délai de réflexion. Surtout, elles ont pointé l’état réel de l’accès à l’avortement en France.

« Il ne suffit pas d’exiger l’inscription du droit à un accès à l’avortement dans la constitution, il faut exiger l’avortement libre, sûr, gratuit, revoir les délais légaux et en finir avec la clause de conscience. Surtout il faut des moyens à la hauteur : aujourd’hui, en France, de nombreuses personnes qui souhaitent avorter doivent parcourir plus de 45 kilomètres pour trouver un centre, en raison du démantèlement des centres IVG et de l’existence de la double clause de conscience. D’autres femmes sont obligées de se rendre à l’étranger à cause du délai, ce qui limite fortement les femmes les plus précaires et sans papiers qui, même en France, doivent avorter dans la clandestinité et mettre en péril leurs vies » a souligné Carla.

En ce sens, les militantes féministes révolutionnaires des différents collectifs ont souligné l’importance de la lutte par des mobilisations, des actions et surtout la grève, seule manière d’arracher un droit à l’avortement effectif partout dans le monde, mais aussi bien plus. Ainsi, Lisa du collectif féministe révolutionnaire qui hier prenait la parole pour la Coordination féministe, un regroupement d’une centaine de collectifs féministes et LGBTI a insisté : « En Colombie, au Chili, en Argentine mais aussi au Gabon preuve a été faite que seule la lutte paie » tandis que Carla notait : «  New York, une coalition de groupes révolutionnaires, de militants et de travailleurs syndiqués, dont le syndicat Starbucks récemment créé, a rassemblé 20 000 personnes vendredi soir, disant clairement que la lutte pour nos droits reproductifs nécessite une réponse organisée des travailleurs en lutte, qui peuvent jouer un rôle essentiel en bloquant l’économie des pays. »

Le message était clair : la lutte pour l’avortement est une lutte permanente sous le système capitaliste. « Nous allons nous battre dans le monde entier pour le droit à l’avortement, pour le droit de décider de notre corps, de nos désirs et de nos plaisirs. Tout cela en gardant à l’esprit que ces droits ne sont pas une fin en soi, et qu’il est nécessaire de s’organiser pour détruire ce système qui nous opprime, nous exploite, nous opprime, nous relègue dans la clandestinité et nous tue. Parce que nous savons très bien que nos droits, au sein des démocraties capitalistes, ne seront jamais pleinement obtenus, et que nous devons les défendre bec et ongles » a conclu Carla avant que des slogans ne soient lancés à nouveau.

Reconstruire un féministe pro LGBTI, révolutionnaire, internationaliste et anti impérialiste !

L’enjeu du rassemblement était non seulement d’adresser un message de solidarité internationaliste aux mobilisations aux Etats-Unis mais également d’inviter à commencer à prendre à bras le corps cette lutte pour disposer de nos corps et à s’organiser : « c’est par la force d’un mouvement féministe révolutionnaire international que nous défendrons nos droits reproductifs ! La peur doit changer de camp ! » a ainsi affirmé Sasha Yaropolskaya de XY Media face à une foule attentive. Lisa abonde dans le même sens : « Il nous faut construire un mouvement féministe fort qui s’attaque à la droite réactionnaire et à la bourgeoisie ».

Dans un contexte politique où des voix réactionnaires se font entendre dans des pays impérialistes comme les Etats-Unis et la France, hostiles au droit à l’avortement mais aussi au mariage entre personnes de même sexe, aux droits des personnes transgenres etc., les militantes ont également insisté sur la nécessité d’un féminisme pro LGBTI et qui défend les droits des personnes transgenres. « Aujourd’hui ils attaquent les femmes cis, les personnes trans, les personnes non binaires, ces attaques concernent toutes les personnes opprimées ! C’est inacceptable quand on voit aujourd’hui des féministes qui font du droit à l’avortement un droit qui concerneraient que les femmes cis » a rappelé Sasha Yaropolskaya.

Après un peu plus d’une heure d’échanges et de slogans révoltés, les participant·e·s se sont promis de suivre de près la situation aux Etats-Unis, et de se retrouver autant de fois qu’il le faudra pour défendre le droit à disposer de notre corps.



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