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Bac 2020 : Blanquer ravale sa copie et se résout à de sérieux aménagements

C'est depuis le début du confinement et du véritable fiasco organisé au plus haut niveau avec la continuité pédagogique que les 2.1 millions de candidats du bac et du brevet attendaient de savoir ce qui allait être de leur examen. Tardivement donc, Jean-Michel Blanquer a finalement donné ses instructions en essayant de garder la face ou de sauver les apparences. Le bac 2020 sera largement aménagé, avec des solutions qui posent souvent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent : contrôle continu, maintien des oraux de français en 1ère, session de rattrapage… Dans une période où l’incertitude demeure, l’ancien premier de la classe du gouvernement navigue visiblement à vue.

samedi 4 avril

Crédit Image : Thomas SAMSON/AFP

Une année blanche « aménagée »

Si le ministre s’en défend – « la passation du bac aura bien lieu » - force est de constater que le bac 2020 n’aura rien d’habituel. Le ministre, face au caractère exceptionnel de la situation, a dû se résoudre à des solutions peu conventionnelles : le bac sera accordé sur la base du contrôle continu (livrets scolaires) réalisé durant les deux premiers trimestres, les notes de confinement sont exclues de toute prise en compte et des sessions de rattrapages seront ouvertes aux élèves ayant obtenu entre 8 et 10. Mais il y aura aussi des rattrapages pour les élèves ayant obtenu moins de 8 de moyenne. La « bienveillance » sera de rigueur pour les jurys examinateurs.

En d’autres termes, Blanquer se résout à appeler à une année blanche qui ne dit pas son nom. Les instructions sont tardives et visent essentiellement à ne démobiliser ni les élèves, ni leurs professeurs, jusqu’au 4 juillet. Avec comme épée de Damoclès, le très improbable, et risqué du point de vue sanitaire, retour en classe au 3ème trimestre.

L’impossible « continuité pédagogique »

En refusant de prendre en compte les « notes de confinement », Jean-Michel Blanquer revient sur l’objectif de « continuité pédagogique », son leitmotiv depuis plusieurs semaines. En effet, si on l’entend comme la prolongation des enseignements dispensés en classe, avec le même rythme en termes de programme, d’apprentissage, de contenu, la « classe à la maison » n’est qu’un accélérateur à inégalités scolaires et à burn-out de professeurs. Dans un contexte de confinement, la « continuité pédagogique » n’est réalisable que si elle sert à renforcer des apprentissages déjà dispensés, à conserver le lien élève-enseignant, à maintenir les élèves en activité intellectuelle.

Les programmes du bac et du brevet ne pourront donc pas être bouclés dans ces conditions. C’est, à demi-mots, ce que Blanquer admet en renonçant à la prise en compte du 3ème trimestre confiné. L’essentiel des examens est déjà globalement réglé.

Contrôle continu, oraux de français, rattrapages : des aménagements pour garder la face ?

Reste que, dans les aménagements proposés par Jean-Michel Blanquer, persistent des incongruités : la prise en compte du contrôle continu sur les deux premiers trimestres, comme une version anticipée du « bac local 2021 », pose le problème de l’inégale valeur du diplôme du baccalauréat.

De plus, les oraux des épreuves de français sont appelés à se tenir, avec certes la réduction à 15 textes pour les premières générales et à 12 avec les premières technologiques, mais dans les conditions de préparation que l’on connait actuellement : classes à distance, fracture numérique, absence d’encadrement et d’entrainement aux épreuves… Cette faisabilité dépend en réalité beaucoup de l’éventuelle reprise des cours en fin d’année.

Autre inconnue : sur quels éléments de programme porteront les sessions de rattrapage au baccalauréat ? S’agira-t-il de faire du cas par cas en ajustant les sujets en fonction de l’avancée du candidat durant son année scolaire, ou de prendre un même programme pour tous au risque d’une inégalité manifeste ? On voit bien que les solutions envisagées par Blanquer n’ont en réalité rien d’évident… et surtout que tout reste très flou pour les élèves.

Des zones d’ombre demeurent. Et en particulier celles qui concernent l’accompagnement à la reprise des cours, qu’elle ait lieu avant l’été ou à la rentrée prochaine. Car personne n’en doute, il faudra prendre le temps de rattraper ce qui n’aura pu être vu au cours de l’année précédente, aménager les programmes de l’année 2021, dédoubler les classes et limiter les effectifs pour s’assurer que ce rattrapage, s’il doit avoir lieu, se fasse dans les meilleures conditions. Sur cela, le ministre est resté très silencieux.

Le bâton et la carotte du 3ème trimestre : Blanquer veut une école qui « travaille »

La mort dans l’âme, Jean-Michel a dû se rendre à l’évidence en annulant le bac. Il n’en tient pas moins aux apparences : « il faut encourager [les élèves] à travailler ». Ni étudier, ni découvrir, ni penser, mais « travailler ». Voilà qui en dit long sur sa volonté de transformer un peu plus l’école en antichambre de l’entreprise, à laquelle la discipline scolaire doit préparer.

Pour tenir les troupes, Jean-Michel Blanquer joue sur l’éventualité d’une reprise des cours en juin voire même avant pour faire valider les acquis – forcément à distance – du 3ème trimestre. C’est la carotte pour les élèves qui seraient tentés de "baisser les bras", faute d’avoir obtenu la moyenne au cours des deux premiers trimestres. C’est le bâton pour les meilleurs de la classe qui devront encore attendre pour faire voler leurs feuilles de cours et crier victoire. Une école qui marche à la carotte du bac et au bâton de l’assiduité, en ligne s’il le faut.

La gravité de la situation sanitaire, les morts qui touchent les familles, les difficiles conditions de confinement et d’études pour de nombreux élèves imposent pourtant une réelle « bienveillance » : une année véritablement blanche d’examen pour ne pas sanctionner scolairement les inégalités sociales et numériques, avec validation automatique pour toutes et tous ; une reprise aménagée avec des adaptations en termes d’effectifs en classe et de programme pour pouvoir revenir sur les apprentissages non réalisés ; une continuité pédagogique véritablement « apprenante », adaptée au contexte de crise, allégée des programmes, qui soit centrée sur la stimulation et la curiosité intellectuelle des élèves et sur le lien avec leurs familles. Voilà la véritable « bienveillance » dont les élèves ont besoin. Tout le contraire de ce que Blanquer souhaite.




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