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SOUTIEN A LA FAMILLE TRAORE

Bagui Traoré hospitalisé, la famille l’apprend 3 jours plus tard par des détenus !

Hier soir, Assa Traoré publiait une vidéo sur Twitter qui dénonçait la situation dans laquelle se trouvait son frère Bagui. Incarcéré depuis la mort d'Adama, il a été évacué à l'hôpital dimanche dernier, et la famille l'a appris 3 jours après par des détenus inquiets. L'administration pénitentiaire, qui n'avait pas prévenu la famille, ne leur avait pas donné non plus les motifs réels de l'hospitalisation.

mercredi 17 mars

Source photo / @assa.traore_

La famille Traoré, qui lutte depuis désormais plus de quatre ans pour obtenir justice et vérité concernant la mort d’Adama, est de nouveau confrontée à la violence des institutions. Hier, ils ont appris que Bagui Traoré, frère d’Adama incarcéré depuis 2016, était hospitalisé depuis trois jours pour des raisons qui restent encore à éclaircir. L’administration, qui refusait de transmettre les informations le concernant, ne les avait même pas avertis, et c’est grâce à des prisonniers incarcérés à l’intérieur qu’ils ont obtenu ces informations ! 

Dans une vidéo sortie hier sur les pages du comité Vérité et Justice pour Adama, Assa témoignait en direct devant la prison de Bois d’Arcy, racontant que : "ça fait deux jours que mon frère est à l’hôpital, on ne le savait pas, on l’a appris parce que des détenus se sont inquiétés et nous ont fait passer le message".

Elle continue et témoigne des mensonges donnés par l’administration, qui après avoir été poussée à dire que Bagui était effectivement à l’hôpital, a menti sur le motif de cette hospitalisation : "ils viennent de nous le confirmer en nous disant qu’ils n’avaient que quelques mots à l’estomac, ce qui est complètement faux. Mon frère est en soins intensifs, c’est le surveillant qui l’a dit aux détenus qui nous l’ont dit ensuite. Apparemment mon frère tapait sur les barreaux, ils ont mis énormément de temps avant de venir le chercher, et là depuis mon frère est à l’hôpital.".

Des tentatives vaines d’alléger la situation par l’administration, qui cherche à atténuer les faits, ce qui apparaît comme un véritable crachat au visage lorsqu’on s’imagine la peur que doit susciter cette découverte : " C’est inadmissible, aujourd’hui on ne sait pas dans quelle situation il est, ni même dans quel hôpital il est. (...) Aujourd’hui on a peur. J’ai peur de savoir comment je vais retrouver mon frère, mais on remercie les prisonniers à l’intérieur qui ont fait le nécessaire pour que le message puisse nous parvenir, puisque la prison ne nous a pas prévenus. " Alors que la famille Traoré a déjà perdu l’un de ses membres suite à l’intervention de la police, c’est désormais l’institution carcérale qui prend le relais, cherchant à taire le plus possible un cas d’hospitalisation qui aurait eu un écho certain dans la sphère médiatique, les Traoré ayant été au centre des mobilisations contre la racisme et les violences policières l’été dernier.

Mais ce que révèle Assa Traoré dans la vidéo, c’est que la prison a non seulement caché l’hospitalisation à la famille, mais elle a également chercher à faire taire tout ceux qui pourraient révéler l’affaire : " ils ont menacés les détenus, ils les ont convoqués en leur disant qu’il ne fallait pas qu’ils parlent ni qu’ils donnent des informations à la famille Traoré, sur l’état et les conditions de Baguy. (...) Ca fait trois jours et les prisonniers ont été menacés par la direction de ne rien dire ; voilà comment ça se passe dans les prisons, comment on fait taire." Et sur cet aspect, les derniers exemples de décès ou d’hospitalisation dans le milieu carcéral dans des circonstances troubles, à l’image de celle de Bagui Traoré, rappellent l’impunité dont jouit l’administration pénitentiaire, dans laquelle ceux qui maintiennent l’ordre peuvent commettre des violences allant parfois jusqu’à la mort, tout cherchant à réduire au silence ceux qui en témoignent. On pense notamment à Taoufik Belrhitri, père de 6 enfants décédé en prison et dont la famille a appris la nouvelle 23 jours plus tard, à Jules dont le suicide est contesté par ses co-détenus, et plus récemment à Jimony Rousseau, dont les circonstances du décès restent troubles  et pour qui sa famille avait organisé une marche blanche, soutenue par Assa Traoré.

Seulement, dans la soirée de mardi, lorsque la famille Traoré ayant réussi à savoir où était hospitalisé Bagui, elle a été freinée cette fois à la police. Attendue par tout un convoi de policiers, la famille, qui selon la description d’une vidéo postée sur la page Instagram d’Assa Traoré, a été verbalisé pour "non-respect du couvre feu", alors qu’elle cherchait simplement à discuter avec les médecins pour connaître l’état de santé de Bagui. Mais dans une vidéo postée sur Twitter dans la soirée ce mercredi, Assa Traoré raconte qu’elle a pu voir son frère, qui a été retrouvé "très amaigri" et qui subit "des examens complémentaires".

Elle rappelle à juste titre que : "mon frère est enfermé depuis 4 ans, c’est le témoin principal de la mort d’Adama, et il est emprisonné depuis ce jour là". Bagui Traoré est en effet incarcéré depuis la mort d’Adama le 19 juillet 2016, pour "tentative d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique". Mais depuis son arrestation, les motifs dont on l’accuse changent régulièrement, afin de le maintenir en prison, ce que nous dénoncions déjà en 2019.

Ce lundi encore, Bagui Traoré a été jugé à la cour de cassation pour pouvoir sortir de prison, une demande qui lui a été refusée. Ce qu’Assa expliquait dans la vidéo en direct de la prison hier, c’est qu’il "avait fait des dizaines de demandes pour sortir, qui ont toutes été refusées". Victimes d’un véritable acharnement judiciaire, la famille Traoré compte aujourd’hui trois membres incarcérés depuis la mort d’Adama.

Face à un tel acharnement judiciaire, nous apportons tout notre soutien à la famille Traoré, et continuerons à nous battre pour exiger à leurs côtés la justice pour Adama, la libération de Bagui et de tous les frères Traoré, pour qu’enfin la vérité soit faite sur la mort d’Adama. A ce titre, il est important de se mobiliser dans la rue contre l’offensive sécuritaire du gouvernement, et ce aux côtés de toutes les familles victimes de violences policières le 20 et 21 février.




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