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Politique

Extrême-droite

Bardella élu à la tête du RN pour finir de notabiliser le parti d’extrême-droite

Ce samedi, Jordan Bardella a pris la présidence du Rassemblement National avec une victoire écrasante face à Louis Aliot. Le dauphin de Marine Le Pen va tenter de poursuivre l’entreprise de légitimation institutionnelle de l’organisation d’extrême-droite, qui veut finaliser sa transformation en parti de gouvernement.

lundi 7 novembre

Crédits photo : AFP

Ce samedi, dans le cadre du 18ème Congrès du Rassemblement National, Jordan Bardella a été élu président du parti. Tête liste aux élections européennes puis aux élections régionales, la nouvelle figure du parti d’extrême-droite l’a emporté face à Louis Aliot avec 84,84% des suffrages des militants. Il succède à sa mentor Marine Le Pen, présidente du parti depuis 2011.

L’élection de Jordan Bardella à la tête du Rassemblement National à 27 ans signe la progression d’une nouvelle génération au sein du parti, qui a émergé en plein déploiement d’une stratégie de « dédiabolisation » du parti et d’investissement du terrain social pour draguer les classes populaires au long des années 2010. Bardella a par ailleurs été projeté comme figure dans un moment d’accélération de la tentative de légitimation institutionnelle du parti.

Celui-ci s’est incarné depuis 2017 par les gages donnés à la classe dominante et à une partie de l’électorat conservateur pour tenter d’apparaître comme « responsable » sur le terrain économique : abandon de la sortie de l’euro, engagement à « rembourser la dette » dans le journal libéral L’Opinion, transformation au rabais de la promesse phare de retraite à 60 ans

Une évolution programmatique qui, tout en maintenant un programme violemment raciste et xénophobe, est allée de pair, après les élections législatives, avec la volonté de profiter de ses 89 députés pour se légitimer sur un terrain institutionnel. Ces derniers mois, le RN a ainsi cherché à incarner une opposition « responsable », capable de voter aux côtés du gouvernement différentes mesures ou de s’opposer ouvertement aux augmentations de salaires et aux grèves qui touchent le pays.

Une « fronde » qui exprime une bataille d’appareils

La nomination de Jordan Bardella a ouvert ce week-end la question de la continuité de cette stratégie. De ce point de vue, l’éviction du bureau exécutif de figures historiques comme Steeve Briois et Martial Bilde, qui avaient contribué à forger la ligne « sociale » du RN avec Marine Le Pen, a été présentée par les intéressés comme une rupture qui ouvrirait la voie à une « rediabolisation ».

Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont, a par exemple dénoncé dimanche une « purge qui consiste à exclure du bureau exécutif des personnes qui ont été au coeur de l’aspect social du mouvement, pour faire place à des gens qui ne sont que identitaires. » Un discours proche de celui qu’a tenu Louis Aliot pour défendre sa candidature à la présidence du parti. Le maire de Perpignan, soutenu par Steeve Briois, s’était présenté comme le candidat de la « dédiabolisation », appelant à un aggiornamento idéologique permettant d’en finir définitivement avec « l’identitarisme » qui serait un obstacle à la conquête du pouvoir.

Or, si des nuances sur la ligne à adopter peuvent exister, ces positionnements semblent tenir plutôt des batailles d’appareil que d’une opposition stratégique. Si Bardella a pu défendre à certains moments la nécessité d’une ligne plus identitaire, notamment pour contrer Eric Zemmour pendant la présidentielle comme le raconte L’Opinion, il est conscient que c’est le maintien d’une ligne plus « équilibrée » qui a permis à Le Pen de se qualifier à nouveau au premier tour de la présidentielle. A contrario, tout en se revendiquant d’une ligne « sociale », Louis Aliot a encore très récemment renommé une place de Perpignan en hommage à un membre de l’OAS, montrant la forte continuité des partisans de la prétendue ligne « sociale » avec l’histoire du RN/FN, fondé par des anciens SS, des anciens collaborationnistes et d’ex-membres de l’OAS..

Les contradictions du RN

A l’issue du Congrès, c’est la continuité de la stratégie de Marine Le Pen de dédiabolisation/légitimation, amendée en 2017 et 2022, qui semble donc prédominer, comme le souligne les mots d’ordre « l’urgence c’est l’alternance » / « nous sommes l’alternance » proclamés ces derniers jours. Une stratégie qui reste cependant habitée par une contradiction profonde entre la volonté de « notabiliser » le RN, d’un côté, et la nécessité de surenchérir sur les terrains nationalistes, sécuritaires et xénophobes et de se présenter comme une opposition à Macron voire au « système », de l’autre.

En lien avec cette tension, et après avoir voté de multiples textes et amendements avec le gouvernement, le RN a récemment dû opérer un tournant pour réaffirmer son statut d’opposant au gouvernement, en annonçant voter les motions de censure de la NUPES. De même, le cri raciste du député Grégoire de Fournas en plein hémicycle – « qu’il(s) retourne(nt) en Afrique ! » - a pointé les contradictions de cette institutionnalisation, l’expression « tout haut » de la ligne du parti ouvrant une brèche pour permettre au gouvernement et aux médias de le « rediaboliser », à rebours de sa stratégie des dernières semaines.

Une stratégie de légitimation institutionnelle qui a bénéficié ces dernières années des offensives réactionnaires de la macronie, dont les lois Séparatisme et Sécurité globale, les différentes mesures pro-police ou les projets xénophobes, de la Loi Asile et Immigration de 2018 à la récente Loi Immigration, ont favorisé le renforcement de l’extrême-droite.

Alors que la semaine dernière un sondage montrait qu’en cas de nouvelles élections législatives, seule l’extrême-droite progresserait avec 1,8 points supplémentaire pour le parti de Marine Le Pen et 1,2 pour Reconquête, ce tableau sombre souligne la nécessité d’une lutte contre l’extrême-droite, le gouvernement et le racisme d’État.

A rebours des illusions institutionnelles, celle-ci se mènera d’abord et avant tout sur le terrain de la lutte des classes, seul terrain à même de permettre la construction d’un rapport de forces durable face au gouvernement et à l’État et de marginaliser l’extrême-droite, ennemie historique des luttes sociales et d’émancipation.



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