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Belgique : des dizaines de milliers de travailleurs en grève et manifestation pour les salaires

Ce lundi, 80.000 grévistes se sont mobilisées en Belgique pour exiger des mesures face à l’inflation galopante. Une mobilisation inédite, « jamais vue depuis 10 ans », qui a mise à l’arrêt une partie des transports publics et des administrations ainsi que le transport aérien.

lundi 20 juin

Crédits photo : Photo News

Grève et mobilisation nationale ce lundi en Belgique

« Moi je travaille à temps plein et je n’ai aucun avenir pour mon enfant, on doit faire trembler le gouvernement parce qu’on n’en peut plus ! » : interrogée par le média belge LN24, cette manifestante peu habituée aux mobilisations témoigne de la détermination avec laquelle des milliers de personnes ont pris la rue ce lundi, jour de grève nationale en Belgique.

70 000 à 80 000 personnes ont participé au mouvement de grève et des milliers de personnes ont marché dans les grandes villes à l’appel d’une intersyndicale réunissant la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique), la CSC (Confédération des syndicats chrétiens), et la CGSLB (Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique). Une mobilisation record depuis 2014.

La grève a conduit à une paralysie importante dans les administrations, ainsi qu’au blocage du secteur aérien et des transports publics. Une mobilisation d’ampleur inédite, selon Le Soir puisque tous les départs de l’aéroport Brussels Airport avait été annulé ce lundi, tandis que la plupart des lignes de bus et de tram était impactées dans les transports publics, notamment en Flandre et en Wallonie. Le secteur de la propreté a également été fortement mobilisé à Bruxelles, tandis que du côté du privé les travailleurs des supermarchés Makro ont également pris part à la journée.

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Parmi les revendications, des mesures en faveur du pouvoir d’achat face à une inflation galopante, une hausse du salaire minimum ou encore une mesure de compression sur les tarifs de l’énergie.

L’inflation et les salaires au cœur de la situation en Belgique

Cette journée de mobilisation prenait place alors que l’inflation a atteint les 9% en mai, un record depuis 1982, et que le gouvernement De Croo (coalition centriste libérale entre le PS et la droite et plusieurs petits partis) se contente de quelques aides d’achat pour l’énergie pour les ménages les plus défavorisés.

Aussi, la question de l’indexation des salaires est devenu un sujet majeur de tensions dans le pays. La coalition au pouvoir se déchire ces dernières semaines sur la question de la loi de 1996 portant sur l’indexation des salaires sur « une partie de l’inflation » comme le rapportent Les Echos. Le PS a en effet présenté en mai 13 mesures sur le pouvoir d’achat, parmi lesquelles la remise en cause d’une disposition de la loi qui réduit les possibilités d’augmentations salariales au-delà de l’indexation, ouvrant une crise avec la droite au sein de la coalition.

Dans le même temps, le patronat belge évoque le danger d’une « spirale prix-salaires » et dénonce la loi de 1996 qu’il voudrait amender voire faire retirer au profit de négociations collectives qui lui seraient plus favorables. Des propositions auxquels les syndicats s’opposent, mais face auxquels ils revendiquent également l’amélioration de la loi en faveur des travailleurs.

La mobilisation de ce lundi est évidemment liée à ces débats, sur lesquels les syndicats ont cherché à peser en mobilisant. Or, si la mobilisation montre que la colère existe et que l’instauration du rapport de forces est possible, elle s’inscrit dans une stratégie de pressions sur le gouvernement à coups de dates isolées. A ce titre, la seule prochaine date dans le décor est un comité fédéral à la FGTB le 28 juin pour décider de la suite de la mobilisation…

Si cette journée de grève montre à quelle point la question de l’inflation est en train de devenir centrale dans de nombreux pays, alors que le Royaume-Uni a connu également des mobilisations sur ce terrain et que des grèves pour les salaires se développent partout en France ces derniers mois, elle rappelle également la nécessité d’un plan de bataille à la hauteur des enjeux. Un plan de bataille qui n’a rien à voir avec la fameuse stratégie des journées saute-moutons, bien connues en France et incompatibles avec la construction d’un véritable rapport de forces face au gouvernement et au patronat.



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