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Benyamin Netanyahou inculpé, Israël plonge dans une profonde crise politique

Inculpé de corruption, fraude et abus de confiance, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou n’envisage cependant pas de démissionner ni même de renoncer de se présenter à sa propre succession. Israël plonge progressivement dans une crise politique latente.

samedi 23 novembre

Pour la troisième fois en moins d’un an, les israéliens devront, au printemps 2020, retourner aux urnes pour élire une assemblée législative. Les scrutins du 9 avril et du 17 septembre n’ont pu constituer une majorité au sein du parlement monocaméral, la Knesset. Une situation qui met en évidence une société divisée par un catalogue politique multi-fractionné. Enfin, le souhait d’une rupture avec la gouvernance de Benyamin Netanyahou des partis de gauche comme de droite, et même au sein de son propre parti le Likoud, ne permet pas au premier ministre israélien de prendre un ascendant politique.

Mis en examen pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires différentes, ces dossiers risquent certainement de fragiliser la stature de « Bibi » comme aiment à l’appeler ses militants, et ainsi de changer la donne lors du prochain scrutin. Dans ces dossiers, dont l’un est nommé « Bezeq », nom d’un opérateur de téléphonie, la justice le soupçonne d’avoir accordé des faveurs gouvernementales, qui auraient rapportées des millions de dollars au patron du télécom en échange d’une couverture médiatique favorable sur le site Walla, un des médias du groupe. C’est aussi le cas lors du deuxième dossier, où Benyamin Netanyahou aurait tenté de soudoyer le plus grand quotidien du pays. Enfin, dans le troisième dossier, il est soupçonné d’avoir reçu de luxueux cadeaux de la part de personnalités richissimes. Ce qui fait de lui, le premier chef de gouvernement israélien en exercice à être mis en examen. Il dénonce un « coup d’Etat » fomenté par la justice elle-même et appelle à une contre-enquête, indiquant dans le même temps qu’il ne démissionnerait pas.

Un scrutin proportionnel qui semble trouver ses limites et qui plonge le pays dans une impasse institutionnelle. Et si chacun des partis semblent résolus à camper sur ses positions, l’état israélien risque de fort de sombrer dans une crise politique.

Lors du premier scrutin le 9 avril, le Likoud était sorti victorieux d’une courte tête avec 35 députés et 26,86% des voix, le parti ne put réunir que 56 députés malgré une coalition de droite et d’extrême droite. Sur ce fait, Netanyahou a dû étendre sa coalition au parti Israël Beitenou (laïque nationaliste) et des partis Shas et Judaïsme unifié de la Torah « UTJ » (ultra-orthodoxes). Tout ceci dans le but de poursuivre sa politique de colonisation et d’annexion des territoires palestiniens. Cependant, Avigdor Lieberman, tête de liste nationaliste d’Israël Beitenou, exigeait que soit mis en vigueur un texte abolissant l’exemption du service militaire dont bénéficient systématiquement les étudiants d’écoles talmudiques, rendant impossible toute coalition élargie.

Avec ce trucage politique, Benyamin Netanyahou devait s’assurer de sa protection juridique et politique en faisant voter des lois lui permettant de lui offrir une immunité législative face à son inculpation et réduire le pouvoir de la Cour suprême qu’il juge trop encombrante. Provoquant ainsi, et à la demande de Benyamin Netanyahou, la dissolution de la Knesset. Ce ne fut pas sans conséquence, puisque son principal adversaire, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz qui avait lui aussi obtenu 35 députés avec son parti Bleu et Blanc mais arrivant juste derrière avec 26,15% des voix, fut victorieux lors du scrutin suivant du 17 septembre avec 33 députés et 25,95% des voix alors que le Likoud n’obtenait quant à lui que 32 députés et 25,10% des voix. La révélation de ce nouveau scrutin mettait en valeur cependant la Liste unie qui représente 20% des Palestiniens citoyens d’Israël, représentée de ce fait par 13 députés, la plaçant devant les ultra-orthodoxes.

Un mois après la demande du chef de l’Etat Reuven Rivlin, et malgré sa défaite Netanyahou est sommé de prendre les commandes pour constituer un nouveau gouvernement, ce dernier ne réussit pas sa mission alors que Gantz avait rejeté le gouvernement d’union nationale, arguant qu’il ne voudrait pas faire partie d’un gouvernement dirigé par un premier ministre sous le coup d’une inculpation pour corruption. Ce dernier fut alors lui-même chargé de constituer à son tour un nouveau gouvernement qui lui aussi dû se résoudre à l’échec. C’est la première fois dans l’histoire politique d’Israël que le chef de l’Etat se voit confronté à deux échecs successifs de formation d’un gouvernement. Le président de la Knesset est ainsi chargé, avant le 11 décembre, de trouver un élu disposant d’un soutien de de 61 députés (le parlement en compte 120) et qui de fait serait à même de former une coalition de gouvernement. Cela n’empêche pas néanmoins Netanyahou ou Gantz de rester dans la course.

Les Etats-Unis par la voix de Mike Pompeo (secrétaire d’Etat) ont reconduit leur soutien indéfectible au premier ministre israélien, tout en reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu colonisateur et en y transférant son ambassade, n’a en rien modifié le statuquo politique. De leur côté, des officiers de réserve ou à la retraite par voie de l’association Comandants pour la sécurité d’Israël ont quant à eux signifié à Benyamin Netanyahou que « toute extension de la souveraineté d’Israël pourrait déclencher une réaction en chaîne dont ni vous ni votre gouvernement ne pourrait contrôler l’ampleur et les conséquences ». Des intellectuels quant à eux confirment dans un appel que « l’occupation est moralement corrosive, stratégiquement à courte vue et extrêmement préjudiciable à la paix ». De son côté l’université de Tel-Aviv et son Peace index révèle que 78% des israéliens estiment que la poursuite du conflit contre les palestiniens nuit à l’Etat d’Israël et 76% que les dirigeants ne font pas tout ce qu’ils pourraient faire pour éviter les affrontements.

Israël connait vraisemblablement un tournant politique majeur. Si rien n’est encore déterminé, le spectre d’un mouvement contre Netanyahou est posé sur la table et pourrait déstabiliser profondément la politique d’occupation d’Israël. L’actuel chef de l’Etat semble s’être préparé à toutes les manœuvres et manipulations afin de siéger à la tête du gouvernement comme il s’évertue de le faire depuis plus de dix ans.

Crédit photo : Photo News




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