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Berlin. Les travailleurs des transports urbains en grève soutenus par le mouvement écolo

Cette semaine, les travailleurs du secteur public de Berlin sont en grève. Il s'agit notamment des infirmières, des chauffeurs de bus et métro, des balayeurs de rue et autres. Ils sont soutenus par le mouvement pour le climat.

samedi 3 octobre

L’article a été traduit de l’anglais par Nicolas Arnaiz. Première publication sur ExBerliner.

Mercredi 30 septembre, les travailleurs de la société de transports publics de Berlin, la BVG, étaient en grève. La plupart des métros, trams et bus sont restés de l’arrêt du début du service à 3 heures du matin, jusqu’à midi.

Et ils n’étaient pas seuls : environ 400 travailleurs du plus grand hôpital de Berlin s’étaient également mis en grève. Si ces derniers ont, après leur lutte contre la pandémie, reçu une reconnaissance sans précédent de leur rôle, cette dernière ne s’est pour l’instant manifestée que sous la forme d’applaudissements. Ils réclament aujourd’hui des augmentations de salaire.

Les travailleurs de la société de gestion des déchets, la BSR, se sont eux aussi mis en grève lundi. Et la liste s’allonge tout au long de la semaine.

Une vague de grèves traverse-t-elle la ville ? Oui et non. Ces actions font toutes partie de la même grève. Tous ces travailleurs sont couverts par un même contrat syndical, la Convention collective du secteur public, ou TVöD. Le TVöD couvre tous les employés du gouvernement fédéral allemand et des villes (les employés des Länder ont un contrat séparé).

Le TVöD est renégocié tous les deux ans. Le syndicat Ver.di demande des augmentations de salaire de 4,8 % sur l’ensemble du territoire, avec au moins 150 euros supplémentaires par mois pour chaque travailleur. À bien des égards, la procédure est la même que chaque année : les ministres du gouvernement (les employeurs) et les patrons des syndicats (représentant les travailleurs) se livrent à d’âpres disputes. Il y a exactement trois cycles de négociations. A la fin du troisième, un compromis est annoncé, généralement une augmentation de salaire tournant autour du taux d’inflation. Des dizaines de milliers de travailleurs descendent dans la rue pour exiger plus de respect, mais les directions syndicales limitent ces actions à quelques heures chacun. En conséquence, rien ne change.

Cette année, cependant, les choses sont différentes. Partout dans le monde, les gens remarquent que les travailleurs de la santé ont besoin de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Même avant la pandémie, les hôpitaux allemands manquaient cruellement de personnel. Dans les hôpitaux publics de Berlin, il n’est pas rare qu’une seule infirmière de l’équipe de nuit soit responsable d’une station entière, comprenant jusqu’à 30 patients.

Le personnel non médical – agents de ménage, cuisiniers, techniciens et autres travailleurs non moins essentiels au bon fonctionnement d’un hôpital - réclame également des changements. Dans la plupart des hôpitaux de Berlin, ces travailleurs sont externalisés sous des contrats précaires et ne sont pas couverts par le TVöD. Ces travailleurs font grève depuis des années, réclamant le même salaire que les autres travailleurs hospitaliers.

Enfin, il est possible que les 14.500 travailleurs qui font fonctionner les bus, les métros, les trams et les ferries du BVG aient les pires emplois de la ville. Le problème ne se limite pas seulement aux bas salaires - les horaires très irréguliers rendent une vie normale presque impossible. Il n’est pas exceptionnel pour eux d’embaucher à 5 heures du matin pour travailler pendant cinq heures, puis d’effectuer une "pause" de quatre heures l’après-midi avant de retourner travailler quatre heures de plus le soir. Et si « community managers » de l’entreprise déclarent volontiers leur amour pour les utilisateurs du service sur les réseaux sociaux, la réalité des travailleurs est bien autre.

Les accords du TVöD affectent tous ces travailleurs, y compris les 87.000 employés des sociétés de transport public dans toute l’Allemagne. Au cours de cette affaire, un groupe habituellement peu lié aux combats syndicaux a manifesté en solidarité : Fridays for Future.

Vendredi 25 septembre, de jeunes militants ont organisé une grève mondiale pour le climat, avec des actions dans plus de 3 000 endroits - y compris un rassemblement à la Porte de Brandebourg, avec pratique de la distanciation sociale. Il n’est pas rare d’assister à des conflits entre le mouvement écologiste et le mouvement ouvrier, en grande partie car les directions syndicales tentent de protègent des emplois dans les mines de charbon ou les usines automobiles, jugés destructeurs pour l’environnement. Pourtant, les militants du climat expriment aujourd’hui leur solidarité avec la grève à BVG. Mardi après-midi, l’organisation Fridays for Future Berlin a organisé une manifestation à vélo pour soutenir les travailleurs des transports et les travailleurs de la santé en grève.

Quel rapport entre les conditions de travail à BVG et le climat ? Tout. Les transports sont responsables d’environ 20 % des émissions de CO2 de l’Allemagne, et les voitures en représentent la majeure partie. Si les grands constructeurs automobiles promettent dès aujourd’hui des voitures électriques autopropulsées, nous savons déjà que leur construction consommerait d’énormes quantités de ressources et d’énergie. Le fait est qu’il existe déjà un véhicule qui fonctionne à l’électricité capable de transporter de large quantités de personnes – le train.

L’investissement dans les transports publics est l’un des moyens les plus efficaces de réduire les émissions de CO2. Il va sans dire que la gratuité des transports en commun réduirait plus encore les émissions de CO2 de la ville.

Pourtant, les partis politiques et les grandes entreprises ne proposent aucune des mesures d’urgence dont nous avons besoin pour combattre le changement climatique. Si les partis des Verts évoquent à juste titre "l’urgence climatique", sa direction berlinoise est aujourd’hui en train de procéder à la privation du réseau de transports, ce qui ne manquera pas d’aggraver la situation des transports publics et d’augmenter le nombre de voitures dans les rues. Et il en va malheureusement de même pour Die Linke. Certains militants du Parti de Gauche ont, quant-à eux, exprimé leur soutien aux grévistes. C’est pourtant bien la direction de ce même parti qui imposa non seulement des baisses de salaire aux travailleurs des transports publics, mais également la prolifération des jobs en sous-traitance à l’hôpital.

Les effets du changement climatique sont compris depuis des décennies. Les promesses solennelles de politiciens se multiplient. Et pourtant, les émissions de CO2 augmentent d’année en année. Les catastrophes, comme les incendies sur la côte ouest des États-Unis, deviennent de plus en plus fréquentes.

Les politiciens et les capitalistes semblent totalement impuissants à éviter la catastrophe mondiale - seule la classe ouvrière est capable d’y mettre un frein. La gratuité des transports publics, l’arrêt de la production de serveurs diesel : tout cela, les travailleurs peuvent le faire. A ce titre, la solidarité naissante entre le mouvement ouvrier et le mouvement pour le climat est un présage enthousiasmant.




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