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Notre classe

Non à la fermeture et aux licenciements

Béthune. 1500 personnes en solidarité avec les Bridgestone : les travailleurs doivent prendre la lutte en main !

Plus d’un millier de personnes marchaient hier à Béthune contre la fermeture du site. Une mobilisation où s’est exprimée le refus de la fermeture et la solidarité avec les travailleurs menacés par un patronat voyou mais qui a offert cependant peu de perspectives pour empêcher réellement la fermeture de l’usine, en l’absence d’un plan de bataille de la part de l'intersyndicale, acquise au dialogue social.

lundi 5 octobre

Bridgestone : une marche de solidarité contre la fermeture du site

 
Hier matin à Béthune, plus de 1000 personnes étaient réunies en solidarité avec les travailleurs de Bridgestone. L’annonce, il y a quelques semaines, par la direction de Bridgestone de la fermeture prochaine de l’usine de Béthune a fait l’effet d’une onde de choc parmi les salariés et les habitants de la région. Pas moins de 863 emplois sont concernés, sans compter les emplois induits, dans une région déjà touchée par le chômage et la précarité.
 
Une décision du groupe japonais, leader mondial dans le secteur des pneumatiques, qui se fait au nom de la recherche toujours plus effrénée de profits. L’usine souffrirait selon la direction d’un manque de compétitivité en comparaison des autres centres de production basés en Pologne et en Hongrie. Derrière cet argumentaire de façade, la direction de Bridgestone cherche à se dédouaner d’une fermeture d’usine qu’elle a sciemment provoqué en n’investissant plus sur le site et en réduisant le volume de la production. Une décision d’autant plus scandaleuse que la direction de Bridgestone n’a cessé de recevoir aides publiques et subventions. En 2018, elle recevait 1,8 millions d’euros au titre du CICE. En 2017, la région, investissait 100 000 euros sur le site.
 
Aussi, c’est la colère qui règne du côté des travailleurs de Bridgestone et de leurs nombreux soutiens. Ceux-ci se sont donc retrouvés hier pour marcher de l’usine de Bridgestone jusqu’à la mairie de Béthune. Dans le cortège de nombreux salariés de l’usine, leurs des familles mais également des travailleurs et travailleuses d’autres secteurs, venus montrer leur solidarité, ainsi que des élus de la région.
 

 
À la base, c’est l’inquiétude de la fermeture qui domine comme l’exprime Sabrina, épouse d’un salarié de Bridgestone : « La fermeture fait peur, il y a toutes les sociétés extérieures, les magasins, ça va faire un sacré choc dans la région ». Christophe, militant Solidaires dans les transports venu montrer sa solidarité avec les Bridgestone, déplore quant à lui qu’« on nous parle de relance mais [que] des régions comme le Nord vont encore être sacrifiées pour des profits, pour le fric ». Et du côté des salariés de Bridgestone, une certitude : « il faut que l’usine reste ici à Béthune » comme l’affirme Olivier, salarié du site, mais beaucoup de doutes sur la possibilité de victoire. Des doutes alimentés par la stratégie de l’intersyndicale.
 

Dialogue social et « marche silencieuse » : une stratégie perdante de l’intersyndicale

 
Si la colère est profonde face au patronat voyou de Bridgestone, et si de nombreux travailleurs sont solidaires de ce combat, force est de constater que la stratégie de l’intersyndicale ne permet pas pour le moment à cette colère de s’exprimer, quand elle ne tend pas carrément à l’éteindre. Le choix, hier, d’une « marche silencieuse » qui va de pair avec la priorité accordée par l’intersyndicale au « dialogue social » avec les élus et la direction de Bridgestone, constitue en effet un véritable obstacle à la préservation des emplois.
 
Alors que l’intersyndicale et la mairie avaient ainsi fait le choix d’une marche « silencieuse », cette modalité d’action a été un facteur de démoralisation. En l’absence d’ambiance combative et de slogans contre les fermetures d’usine, la marche a en effet pris des allures bien sombres. Ainsi que l’expliquait un ouvrier de Bridgestone à Révolution Permanente à propos de la marche : « c’est pas une manif, c’est juste une marche… pour annoncer une mort ».
 
Cette marche « silencieuse » était également « apolitique », avec le refus de toute « étiquette politique ou syndicale », dans le but de rassembler « tout le monde », des ouvriers de Bridgestone à Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, derrière l’intersyndicale, la mairie et le gouvernement. Ainsi, si aucun syndicat n’était visible, les élus de la ville, des villes alentours et de la région était nette, traduisant la volonté de maintenir la mobilisation dans le giron institutionnel et de privilégier le dialogue social et la négociation avec le gouvernement. Le maire UDI de Béthune s’est d’ailleurs fait l’écho de ce choix en donnant pour objectif à cette marche de « savoir si oui ou non, Bridgestone nous propose un plan B avec les services de l’Etat » dans l’attente de la prochaine réunion le 12 octobre entre les ministres et la direction de Bridgestone.
 
Si l’appel à une marche « apolitique » n’a donc pas empêché les écharpes tricolores de parsemer la tête de cortège, le refus des étiquettes syndicales a en revanche découragé des travailleurs combatifs d’autres entreprises de se joindre à la marche, si bien qu’aucun secteur n’était visible en solidarité. Ainsi, les Cargills de Haubourdin, menacés d’un PSE de 183 emplois et qui ont lancé jeudi dernier un appel à la convergence des luttes après des mois de bagarre et de tentatives de coordination avec tous les secteurs en lutte, n’étaient pas présents à la marche alors même que les salariés de Bridgestones font face à la même attaque patronale.
 
La marche apparaissait alors comme une expression claire de la stratégie de l’intersyndicale. Une stratégie qui conduit à laisser les clés de la lutte contre la fermeture du site à une poignée d’élus et de dirigeants syndicaux, et qui semble générer une forte démoralisation à la base. Une stratégie d’autant plus problématique, qu’elle apparaît impuissante à arracher à un géant comme Bridgestone la moindre concession.
 
Dans ce cadre, il apparaît urgent de changer profondément cette orientation, et de poser comme priorité la création d’un véritable rapport de force par les méthodes de la lutte de classe, en lien avec le reste des travailleurs et habitants de la région, solidaires du combat des Bridgestone.
 

Contre le dialogue social et la conciliation, l’urgence d’une reprise en main de la lutte par les salariés de Bridgestone !

 
À l’heure même où notre camp social a besoin de se renforcer contre la vague de licenciement qui touche le monde du travail, seule la reprise en main de leur lutte par les ouvriers de Bridgestone peut ouvrir des perspectives et redonner du moral aux travailleurs. Contre ceux qui voudraient confier les 863 vies des travailleurs du site entre les mains de Xavier Bertrand ou des ministres du gouvernement, qui ont passé leur carrière à défendre les intérêts des grandes entreprises, ce sont les salariés eux-mêmes qui devraient prendre en charge l’opposition à Bridgestone.
 
Les accords de méthode signés entre la direction et les salariés qui ouvrent la voie à des négociations ont depuis longtemps prouvé leur inefficacité face à la détermination des grandes multinationales. A Whirlpool, Frédéric Chanterelle, délégué CFDT de l’usine d’Amiens, soulignait ainsi que « les accords de méthode, les cabinets de reclassement, les millions dépensés... c’est toujours le même fonctionnement pour se retrouver à la fin, comme nous, avec très peu de CDI et un repreneur complètement foireux ». L’ancien délégué CGT de Continental, Xavier Mathieu déclarait quant à lui dans La Voix du Nord : « j’entends les politiques et en particulier Xavier Bertrand pousser des cris d’orfraie. Mais ils avaient poussé les mêmes pour nous. C’est du cinoche ! Ils n’ont rien à vendre ! J’ai envie de dire aux salariés de Bridgestone, ne faites pas confiance aux politiques » pour mettre en garde les Bridgestones contre les manœuvres du patronat et des politiques. A l’inverse, les méthodes de la lutte de classe, la grève voire l’occupation du site, sont les seules à mêmes de permettre de nouer un véritable rapport de forces face à la multinationale. Contre la démoralisation il faut être clair : oui, il est possible de gagner et de sauver site, mais cela implique une vraie bataille et une pression très forte de l’ensemble des travailleurs et de leurs soutiens.
 

 
La rupture du dialogue social et le choix de la lutte, permettrait par ailleurs d’ouvrir la voie à une coopération non pas avec le gouvernement, mais avec les autres travailleurs qui subissent des attaques. Comme le notait Gaël Quirante, militant au NPA et à SUD Poste, présent en soutien aux salariés lors de la marche, pour s’opposer aux cadeaux systématiques fait au patronat sur le dos des salariés et aux licenciements, « il faut regrouper les forces des boîtes qui ferment pour faire une pression politique pour l’interdiction des licenciements » ainsi qu’y appelle la CGT TUI France, et comme ont commencé à le faire les travailleurs de l’aéronautique à Toulouse le 17 septembre dernier.
 
Ainsi, la rupture avec le dialogue social, les accords de méthode et autre projet de reprise du site, par un autre industriel ou par l’entreprise Bridgestone elle-même, est un préalable à une lutte d’ampleur contre les licenciements dans les entreprises. Une lutte qui devrait revendiquer la nationalisation du site de Béthune sous contrôle des travailleurs, sans indemnités ni rachat, et qui constituerait un signal puissant pour tous les travailleurs isolés, qui se battent contre des suppressions de postes ou des Accords de Performance Collective. Par son ampleur, Bridgestone pourrait être le moteur d’une dynamique nationale contre les mobilisations, mais pour cela, les salariés ne peuvent plus rester silencieux.




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