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Blanquer : confusion et amateurisme face au Coronavirus

Ce 12 mars lors de son allocution télévisée Emmanuel Macron désavoue Jean-Michel Blanquer. Le même jour, le ministre de l’Education nationale, sûr de son fait, affirmait que la fermeture des écoles n’était pas envisagée par le gouvernement. Pourtant ce soir-là le président de la République annonce leurs fermetures. Ce camouflet n’est apparemment que le premier d’une longue série. Tandis que même le gouvernement, qui pourtant a pris des mesures extrêmement minimales, préconise de limiter les déplacements et les rassemblements Blanquer, obsédé par son image de technocrates compétent et autoritaire, persiste à vouloir exposer près d’un millions de professeur.e.s à des risques de contagions. En les contraignants à se rendre dans leurs établissements scolaires.

lundi 16 mars

Dessin : Jaques Risso

L’entêtement et la déconnexion du ministre

Samedi 14 mars : "le principe c’est que les adultes sont au travail". Par ces mots Jean-Michel Blanquer révèle sa principale préoccupation : non pas la santé des élèves ou des personnels de l’Education nationale mais montrer qu’il contrôle ses troupes, qui depuis des mois s’opposent aux réformes inégalitaires qu’il mène avec autoritarisme.

La continuité pédagogique est le mantra du ministre mais les modalités sont au mieux floues voire en contradiction avec le plus élémentaire des principes de précautions. Ainsi le ministre maintient le droit pour la hiérarchie d’organiser des réunions, par exemple pour travailler sur les projets d’établissement, comme si cela n’exposait pas les professeur.e.s à des risques de contagion.

Par l’absurdité de certaines consignes, le flou et l’amateurisme de l’administration est flagrant. Encore une fois, la façade de confiance que veut donner le ministre tombe. Alors même que dans certaines circonscription les enseignants sont invités à rester chez eux et à faire du télétravail ailleurs ; recteurs inspecteurs et chefs d’établissement leurs demandent de venir faire leur service habituel, dans des établissements où il n’y aura (heureusement) pas d’élèves !

Et tout cela malgré le risque que représentent les transports en commun ou la contamination entre collègues. Seuls les professeurs qui sont malades ou qui ont des enfants à garder peuvent ne pas se rendre dans les établissements scolaire. Mais dans quelle but y envoie-t-on leurs collègues 

L’incertitude totale pour les fonctionnaires de l’Education nationale ?

Dès le 14 mars au soir, Jean-Michel Blanquer est à nouveau désavoué par le gouvernement. Cette fois-ci par le Premier ministre qui décrète de nouvelles mesures de lutte contre la propagation du virus. Il s’agit de « limiter les déplacements et les contacts. Ça s’applique dans les entreprises et les administrations qui doivent lundi engager l’organisation massive du télétravail ».

Les annonces du Premier Ministre contredisent donc les mesures prises par Blanquer, qui comptait voir les établissements scolaires accueillir au moins la moitié des enseignants. L’illisible politique proposé par le ministre de l’Education nationale semble incompatible avec les mesures de santé publique édictées par son propre gouvernement ! Quand on sait que beaucoup de ces mesures tiennent essentiellement de l’effet d’annonce cela laisse songeur sur le niveau de préparation du gouvernement.

Autre question sensible, la prise en charge des élèves dont les parents sont personnels de santé. Le ministère prévoit en effet à partir du lundi 16 mars la prise en charge par l’Education nationale des enfants de soignants. Ces élèves s’ils sont âgés de 3 à 16 ans devront être regroupés dans leurs établissement habituels jusqu’à un maximum de 10 élèves.

Cela pose d’abord la question de savoir s’il est judicieux de rassembler ainsi des enfants potentiellement d’avantage exposés à des risques de contagion et qui de plus seront le soir en contact avec leurs parents. Ensuite se pose la question de la mise à dispositions pour les élèves et les enseignants censés les encadrer de masques de protection et de gel hydro alcoolique, ainsi que du respect des distances de sécurité. Exposer ainsi élèves et personnels de l’Education nationale semble pour le moins hasardeux, alors que de l’aveu même du premier ministre « la meilleure façon de freiner l’épidémie c’est la distanciation sociale ».

La chimère de l’enseignement à distance

Ces derniers jours Blanquer a beaucoup parlé de l’enseignement à distance comme d’une nouvelle panacée à même d’assurer la continuité pédagogique. Il affirme que son ministère y travaille depuis des mois, alors même que jusqu’à la remise au point par Macron le 12 mars, il excluait cette option de fermer les établissements.

En admettant que cette préparation du ministère soit effective elle semble bien inutile, puisque enseignants comme élèves n’ont reçu aucune formation aux outils et aux modalités du travail à distance. C’est seulement maintenant que l’on se soucie de former les enseignants, en les faisant venir dans les écoles ce lundi avec tous les risques que cela comporte, et alors que toute la semaine dernière on aurait pu le faire avec la présence des professeurs et des élèves.

Il aura fallu attendre aujourd’hui, alors que cela comporte un risque, pour demander aux professeurs de venir se former en présentiel à la question. Anticiper aurait permi une première prise en main des outils et l’établissement d’un protocole adapté aux possibilité des élèves et de leurs parents. Comment s’étonner alors que sur près de 12 millions d’élèves seuls 220 000 se soient inscrits sur « Ma classe à la maison ».

De la même manière, c’est seulement maintenant que l’on demande aux professeur.e.s et chef.fe.s d’établissement de récupérer les adresses électroniques des parents d’élèves. Heureusement que les professionnel.le.s de l’éducation n’ont pas attendu le ministère pour le faire !

L’une des recommandations du ministère est maintenant de privilégier des dépôts de photocopies dans les établissements pour permettre aux parents de les récupérer et assurer ainsi la continuité de l’enseignement. Quand on connait les quotas ridiculement bas de photocopie, notamment dans le premier degré, cela semble illusoire sans dotations supplémentaires. La gestion d’une crise sanitaire ne s’improvise pas, or le ministre, muré dans ces certitudes, n’a pas voulu et n’a pas su anticiper la fermeture des établissements scolaires et les défis que celle-ci allait poser.

Un ministre isolé et dépassé, incapable de saisir les enjeux

On voit bien que si le ministre répète sur tous les tons que lui et son administration se préparent depuis des mois à cette crise il n’en est en fait rien. Pour Blanquer, ce sont les coups de mentons et l’improvisation qui tiennent lieu de gestion de crise. Après le camouflet que lui a été infligé jeudi soir en fermant les écoles à rebours de ses déclarations, Jean-Michel Blanquer n’a su qu’adopter des postures de communiquant mais a était incapable de formuler de vraies réponses permettant de concilier les impératifs de santé publique et les missions de l’éducation nationale.

Le coronavirus ne peut servir de prétexte pour affirmer le principe hiérarchique face à des enseignants vent debout contre les réforme Blanquer. La priorité dans la gestion d’une pandémie doit être la santé des élèves et des personnels, pas les caprices autoritaires d’un ministre qui essaye désespérément de rattraper son manque d’anticipation. Dommage pour Blanquer mais tout comme un mouvement de contestation, une épidémie n’est pas arrêtée par des postures autoritaires ou par des matraques.




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