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Politique

Blanquer fait l’autruche pour maintenir ouvertes les garderies du Medef

Enseignants fantômes, remplaçants surmenés et AED au pupitre : alors que le variant britannique fait des ravages dans les écoles, le gouvernement les maintient ouvertes pour qu’elles continuent à jouer leur rôle de garderie du Medef, et ce, sans moyens supplémentaires.

jeudi 25 mars

Crédit photo:PHOTO - AFP - JOEL SAGET

« Blanquer a menti sur les tests salivaires, ce n’est pas normal ! » fustigeait ce mardi Stanislas Guérini, cité par Le Canard Enchaîné. Si Jean-Michel Blanquer est un adepte de longue date de la méthode Coué, il semblerait que cette fois-ci le ministre de l’Éducation Nationale se retrouve bien seule à la défendre, jusque dans ses propres rangs.

Pour cause, ce traditionnel mépris affiché risquerait de mettre le feu aux poudres dans les écoles, tant les enseignants et assistants d’éducation semblent à bout de cette mascarade. Les chiffres sont particulièrement accablants : avec le variant anglais, le taux d’incidence de 389,3 chez les moins de 20 ans est supérieur à celui de l’ensemble de la population selon les compteurs de Santé Publique France, et les risques de contamination pour les parents de collégien ou lycéen serait 27% supérieurs que la moyenne selon l’étude ComCor de l’Institut Pasteur.

Face à cette aggravation d’une situation déjà critique dans l’enseignement du primaire et secondaire, le gouvernement semble vouloir paraitre ferme sur ses positions. La fermeture des écoles serait « un ultime recours » martèle Gabriel Attal sur France Inter. Mais que signifie le maintien des écoles ouvertes dans la bouche de l’exécutif ?

« Sur le papier, l’école est ouverte mais en réalité il n’y a aucun enseignant qui sera présent dans l’école cette semaine » indique un parent d’élève d’une école de Saint-Denis. De son côté, Stéphanie Fouilhoux déplore qu’« il n’y aura plus d’enseignant en poste à partir de demain dans notre école (…) la réponse de l’inspection académique a été qu’il fallait que l’école reste ouverte ».

Par manque de moyens dans les écoles, les élèves s’entassent dans des couloirs et des salles à 30 et les enseignants et personnels tombent comme des mouches. Résultat, des élèves sans professeur pendant plusieurs jours, et très souvent sans remplaçants : « d’après l’inspecteur du 93, il n’y a plus de remplaçants disponibles » poursuit le parent d’élève. En sous-effectif, les remplaçants qui étaient envoyés en urgence dans les établissements afin d’éviter que les classes ne ferment ne parviennent même plus à combler le nombre d’absence des enseignants titulaires. Ainsi, ce sont les collègues des profs en arrêt-maladie qui sont contraints d’accueillir leurs élèves, surchargeant les salles de classes déjà petites pour le nombre d’élèves initial. A l’école Maurice Bacanne à Toulouse, « les élèves de la classe dont l’enseignante est absente sont répartis dans les autres classes qui sont alors on ne peut plus surchargées et donc dans l’incapacité d’évoluer correctement. L’effectif par classe est donc de 36 enfants (de 2ans et demi/3 ans à 6 ans) ! » dénoncent les parents d’élève qui appellent à un rassemblement devant l’école ce lundi 29 mars.

Autre stratégie en trompe-l’œil de Blanquer pour éviter toute fermeture d’école en chaîne, faire remplacer les enseignants absents par… les AED. Révélée par Mediapart, cette pratique consiste à responsabiliser les AED, en plus de leurs tâches habituelles, d’aides scolaires pour les élèves dans le but de combler l’absence d’enseignants. « Le ministère de l’éducation nationale n’a pas anticipé les besoins de remplacement propres à la crise sanitaire, dénonce Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire. Alors, il a répondu à la question du remplacement des professeurs en autorisation spéciale d’absence par le recrutement d’AED, considérés comme une variable d’ajustement. » Encore une fois, les jeunes travailleurs de l’Education Nationale font office de petites mains invisibles chargées de répondre au sous-effectif structurel dans les écoles.

Mais c’est aussi sur l’identification des cas positifs et cas-contacts que mise l’exécutif pour ne pas fermer les écoles. En plus du manque de tests dans certains établissements – la campagne de tests salivaires étant circonscrites à quelques établissements parmi les moins touchés par la troisième vague selon les enseignants – nombreux sont les travailleurs de l’Éducation nationale qui témoignent n’avoir jamais été prévenu par l’ARS qu’ils étaient cas-contacts, alors qu’ils avaient côtoyés un collègue malade : « chaque jour on apprend qu’un élève est absent, mais on n’a pas de suivi fiable du nombre de cas car l’ARS n’appelle pas systématiquement les cas contacts » fustige Raphaël, enseignant dans un collège du 93 au micro d’Europe 1.

Autrement dit, si Blanquer fait mine de maintenir coûte que coûte les écoles afin d’assurer la continuité pédagogique des élèves, c’est surtout la démonstration que les établissements scolaires sont bel et bien les garderies du Medef. Peu importe si les élèves sont livrés à eux-mêmes dans des classes qui ne correspondent pas à leur niveau ou bien surveillés par des AEDs qui n’ont pas les compétences pour leur faire cours, l’enjeu pour le gouvernement est de continuer à faire tourner ces établissements pour que les parents continuent d’aller travailler.

Face à cette situation, la colère gronde parmi les enseignants, personnels et parents d’élève. Dans certains établissements comme à Aulnay (93), un droit de retrait a été exercé par 18 professeurs depuis jeudi 18 mars, selon nos informations. A Créteil, certains enseignants tiennent leur classe dans la cour de l’établissement pour améliorer les conditions sanitaires. De fait, le manque de moyens dans l’Education Nationale devient d’autant plus criminel en pleine troisième vague du Covid, particulièrement avec le variant britannique.

Dans la lignée du mouvement de cet automne dans les établissements scolaires, « il faudrait que des mesures soient prises : embaucher plus de personnels, ouvrir d’autres espaces pour faire cours » revendique Raphaël. En Ile de France, le SNUipp-FSU a déposé un préavis de grève. Déjà, le ministère semble choisir la répression pour faire taire les voix qui s’élèvent. La Direction des services départementaux de l’Éducation nationale de la Haute Garonne dans une lettre en date du 25 mars prévient que « la situation des classes fermées commence à être très tendue dans le département » et qu’il faut « éviter d’écrire aux familles que ‘les classes sont fermées car les enseignants ne sont pas remplacés’ ». La DSDEN de Haute Garonne indique donc qu’il ne pourra plus être autorisé « d’absences pour garder un enfant qui n’aurait pas de maître remplaçants ».

Face à la stratégie du tout-répressif pour répondre au manque structurel de moyens qui met encore une fois en danger élèves et personnels, il est primordial de répondre avec force et unité aux cas de répression d’enseignants pour des faits de mobilisation antérieurs afin de donner confiance aux travailleurs de l’Éducation de relever la tête aujourd’hui, notamment en s’appuyant sur le préavis de grève du SNUipp-FSU et toutes les initiatives à la base alliant personnels et parents d’élève. Au-delà des moyens qui sont centraux pour ouvrir en toute sécurité les écoles, il s’agit de revendiquer la vaccination de tout le personnel de l’Education Nationale alors que Véran vient une nouvelle fois de repousser cette échéance, prévue au départ à la mi-avril. Pour endiguer l’épidémie, il est en effet nécessaire d’ouvrir au plus vite la vaccination en toute transparence vis-à-vis des doses, de leur efficacité et des éventuels effets secondaires afin d’immuniser les travailleurs des formes les plus grave du Covid.




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