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Politique

Blanquer nie la situation dans les écoles et affirme « qu’on n’avait pas de contamination particulière à l’école »

« La situation a démontré qu'on n'avait pas de contamination particulière à l'école », a affirmé Jean-Michel Blanquer. Quelques heures plus tard, la page des Stylos Rouges publiait une étude menée en Auvergne Rhône Alpes démontrant qu’une personne sur 5 de la région était infectée dans un lycée. Pas de contamination particulière donc ?

mardi 22 décembre 2020

Alors que près de 13 000 nouvelles contaminations en 24heures étaient enregistrées hier et face à la crainte, notamment des élèves et du corps enseignant, d’un rebond de cas après les fêtes, le ministre de l’éducation nationale, interrogé au micro de Europe 1 sur la possibilité de décaler la rentrée de janvier, a répondu qu’il ne s’agissait pas d’une option « privilégiée ». Pour se justifier, Blanquer a affirmé « que finalement en milieu scolaire on se contamine moins qu’en milieu scolaire », puisque les enfants y respectent « les gestes barrières de façon plus rigoureuse ». Une réalité bien différente de celle décrite par les enseignant-e-s des Stylos rouges qui dénoncent de tels propos, à l’appui notamment d’une campagne de dépistage menée en Auvergne Rhône Alpes dans les lycées, qui montre qu’une personne sur 5 de la région est infectée dans un lycée. Cette dernière relève un taux de positivité de 5 à 6 %, bien supérieur à celui de 1 à 2 % attendu->https://www.leprogres.fr/sante/2020/12/18/auvergne-rhone-alpes-depistage-massif-un-taux-de-positivite-de-5-dans-les-lycees-de-la-region]

Au-delà de la négation de la réalité des contaminations dans les écoles, Blanquer ose même se féliciter de la gestion de la crise du gouvernement dans le milieu de l’éducation : « nous avons ramené tous les enfants à l’école au mois de septembre, ce qui est un fait assez rare dans le monde, et à faire en sorte que ça se passe bien au mois de septembre, octobre, novembre, décembre ». Ce soi disant succès de gestion de la crise est dû, selon Blanquer, à l’adaptabilité du gouvernement et à sa mise en place à la rentrée de Toussaint de formules hybrides d’enseignement dans les lycées le souhaitant, oubliant de préciser que si ces mesures ont été prises, c’est grâce à la pression exercée par les lycéens et les enseignants eux-mêmes. La mobilisation en novembre des profs et des élèves dans les collèges et lycées, dénonçant l’absence de mise en place de protocoles sanitaires à la hauteur de la crise dans les écoles, a en effet poussé le gouvernement à autoriser de nouvelles conditions, comme l’enseignement en demi-groupe dans les lycées.

Cette mobilisation a également permis de mettre en exergue la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement, que rappelle Marion, professeure dans le 93 interviewée par Révolution permanente : « La situation épidémique était alors très grave et elle reste grave. Pourtant, alors que nous sommes en première ligne, on n’avait aucun moyen à la hauteur pour faire face à la situation. Blanquer nous avait, en effet, seulement conseillé d’ouvrir les fenêtres dans les salles de classe ».

Une absence de moyens et un manque de considération de l’éducation nationale tout au long de la crise auxquels s’ajoute donc la négation par Blanquer de la réalité de la pandémie dans les écoles, annonçant d’emblée la suite de la gestion made in MEDEF de la crise dans les écoles.

Un protocole sanitaire dans les écoles made in Medef renouvelé pour la rentrée 2021

Au-delà de cette négation de la réalité de la situation sanitaire dans les écoles, les propos de Blanquer attestent de la poursuite pour le gouvernement de sa gestion made in MEDEF de la crise, faisant de l’école une simple garderie au service du patronat. Un gouvernement qui depuis le début de la crise affiche un mépris total pour le corps enseignant et les conditions d’étude des élèves, préférant se préoccuper de son économie. Ainsi les grandes déclarations de Blanquer sur Europe 1, vantant l’aspect fondamental de l’école qui ne doit pas être « sacrifiée », témoignent de toute l’hypocrisie de ce dernier qui a tenu à maintenir ouverts les écoles, collèges et lycées, afin de permettre aux parents de continuer à aller travailler, tout en refusant d’accorder des moyens à la hauteur de la crise.

Car contrairement à ce que Blanquer affirme, ce ne sont pas les demi groupes qui permettront une rentrée sereine en janvier, si des embauches massives de personnels ne les accompagnent pas rapidement pour pouvoir les mettre en place. Ainsi, si la mobilisation des profs et élèves, suivie par celle des AED et du personnel des vies scolaires dénonçant leurs rôles de variables d’ajustements de la politique d’éducation de l’État, a permis de montrer le manque de moyens, de locaux, et le sous-effectif du personnel enseignant qui rendent impossible un enseignement dans des conditions décentes, les concessions faites par le gouvernement sont minimales au regard des revendications et sont loin d’être suffisantes.

Par ailleurs, ’annonce de Castex, contredite par Blanquer, rendant l’école facultative jeudi et vendredi d’avant les vacances pour diminuer les risques de contamination, montre bien la gestion hasardeuse de la crise par le gouvernement qui affirme d’un côté que les contaminations à l’école ne sont pas un danger, mais qui montre de l’autre que la situation est beaucoup plus préoccupante. Le refus de décaler la rentrée de janvier, sans aucune amélioration des conditions dans les écoles, alors que les contaminations repartent à la hausse et que les fêtes de fin d’année est tout aussi symptomatique de la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement, qui privilégie l’économie et les profits.
 Alors que le risque d’une troisième vague se fait de plus en plus proche, il est urgent de revendiquer des moyens à la hauteur de la crise, que ce soit dans les hôpitaux ou dans l’Éducation nationale.




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