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Éducation Nationale

Blanquer rappelle des profs retraités en pleine crise sanitaire pour pallier sa gestion catastrophique

L'explosion des cas de covid depuis début novembre, combinée à un protocole insuffisant dans les écoles, a durement touché le personnel enseignant. Face au nombre record de profs contaminés, le gouvernement n'a pas eu d'autre idée que de se tourner vers les enseignants retraités pour les remplacer. Une décision d'autant plus scandaleuse que les travailleurs de l'éducation se sont mobilisés massivement pour exiger des embauches et des hausses de salaires.

mardi 25 janvier

Crédits photo : AFP

Le manque d’enseignants dans l’Éducation nationale n’est pas une nouveauté de cette vague Omicron. En effet, l’éducation subit de violentes attaques depuis plusieurs années, comme l’ensemble des services publics. En pleine crise sanitaire, les attaques n’ont pas cessé, et ont au contraire continué à se multiplier. Pour la rentrée 2019, Blanquer, que nous décrivions alors comme « un habitué des suppressions de postes dans l’éducation nationale », annonçait la fermeture de 2 600 postes, une politique poursuivie pour la rentrée 2021, en pleine crise sanitaire, puisque le gouvernement décidait de supprimer 1 800 emplois d’enseignants, en les remplaçant par des heures supplémentaires.

Si ces décisions sont déjà scandaleuses hors crise sanitaire, la situation devient réellement catastrophique avec la forte vague Omicron qui a explosé depuis début novembre, dans la mesure où les écoles sont un énorme foyer de contamination et que plusieurs enseignants tombent malades ou doivent garder leurs enfants contaminés, et ainsi s’arrêter plusieurs jours.
Face à cela, pour pallier ce que Blanquer appelle « l’absentéisme accru » et qui représente en réalité des enseignants contaminés et malades, le gouvernement n’a pas eu de meilleure idée que de solliciter des enseignants à la retraite. C’est-à-dire qu’il assume de manière décomplexée son intention de ne pas créer de postes permanents, et en même temps propose consciemment d’exposer au virus une population considérée comme à risque. Mais son appel n’a pas eu beaucoup de succès.

Annie, une professeure des écoles néo-retraitée de 61 ans, raconte à France info qu’il est pour « hors de question » d’y retourner et qu’elle a « quand même bien souffert à l’Éducation nationale ». Alain, un autre enseignant retraité, réagit sur France info au mail de l’académie de Seine-et-Marne : « Je le lis et puis, je suis partagé entre l’envie d’en rire, parce que je suis sorti de tout ça, et la colère » . La situation est d’autant plus scandaleuse que dans certains cas, par exemple en Mayenne, d’anciens enseignants de 75 ans ont été sollicités pour pallier la gestion désastreuse de Blanquer, suite à un couac de la direction académique, qui n’avait pas vérifié l’âge des retraités.

Comme le montrent les témoignages, les refus s’expliquent non seulement parce que les néo-retraités méritent et veulent vivre une retraite paisible, mais en plus ils ont eux-mêmes subi des années de destruction du service public en général et de l’éducation en particulier. Dans de nombreux cas, ils ont également vécu l’enfer que 2020 a signifié pour les écoles, et ne veulent pas reprendre leur travail, surtout dans les conditions déplorables proposées par Blanquer.

Le manque d’enseignants n’est en aucun cas une surprise pour le gouvernement, mais le résultat d’une politique consciente de destruction des services publics. Ce désastre dans les écoles met par ailleurs en lumière la gestion sanitaire calamiteuse du gouvernement, dont la politique de maintien à tout prix des écoles « ouvertes » vise à assurer une garderie pour le MEDEF et ainsi permettre aux parents de se rendre au travail. Une politique bien loin de prendre en compte le bien-être des enfants, qui subissent eux aussi le manque de moyens et de personnel et au-delà une impossible continuité pédagogique.

Cette gestion catastrophique de la crise sanitaire dans l’éducation a cristallisé la colère et les enseignants se sont massivement mobilisés le 13 janvier contre la politique sanitaire désastreuse du gouvernement, avec des taux de grévistes historiques. Alors que Blanquer a promis au sortir de cette grève l’embauche de personnels précaires, soit 3 300 contractuels et 1500 assistants d’éducation et personnels administratifs – dont on ne voit par ailleurs toujours pas la couleur – il est nécessaire d’exiger d’ores et déjà l’embauche au statut de l’ensemble des collègues précaires, en CDD et sans papiers, qui travaillent à nos côtés aujourd’hui et d’embaucher au-delà des professeurs et personnels en fonction des besoins. De même, il est nécessaire de revaloriser les salaires de l’ensemble des travailleurs de l’éducation qui font partie de ces travailleurs des premières et deuxièmes lignes durant la crise sanitaire et qui font aujourd’hui face à la casse des services publics et à la précarisation.

D’où l’importance d’œuvrer à construire, en s’appuyant sur l’appel à la grève du 27 janvier, un plan de bataille pour l’ensemble du monde du travail qui subit de plein fouet les politiques de ce gouvernement depuis déjà plusieurs années. Si l’école est une vitrine de la mauvaise gestion de la crise sanitaire, il faut défendre tous les services publics, revendiquer des moyens massifs et l’embauche de personnels sous un véritable statut, ainsi qu’une augmentation des salaires pour toutes et tous.