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Politique

Éducation Nationale

Blanquer relance l’enfumage : 500 millions d’euros pour les enseignants ?

Après le faux compromis avec Berger et Escure, le gouvernement tend la main aux enseignants avec un « programme de revalorisation des salaires » afin de compenser la perte de valeur qu’entraînera la réforme des retraites. Derrière ce coup de bluff, le gouvernement cherche à sortir le secteur de l’éducation des rangs de la contestation en tentant d’isoler les cheminots et la RATP.

mardi 14 janvier

Alors que la grève tient depuis 41 jours, que des secteurs comme les éboueurs, l’énergie ou les avocats commencent à rejoindre la bataille, et que depuis le 5 décembre l’Education nationale enregistre des taux de grève historiques, le gouvernement accélère pour essayer de sortir de l’impasse et avancer dans la réforme. Pour ce faire, il s’appuie autant sur le renforcement de la répression telle que l’ont dénoncé les grévistes de la Coordination RATP-SNCF que sur le « renouement du dialogue social » qui s’est incarné dans la mise en scène d’un compromis avec la direction de l’UNSA et la CFDT.

Dans le même sens, ce lundi 13 janvier, le ministère de l’éducation nationale entamait un cycle de négociations avec les directions syndicales du secteur autour de la réforme des retraites. Malgré le fait que les grévistes dans l’éducation nationale se battent depuis le 5 aux côtés d’autres professions pour le retrait total de la réforme, Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, a été la première à être reçue dans ce cadre visant à compenser la perte de valeur des pensions qu’entraînera la réforme des retraites. En effet, alors que les conditions de travail se sont déjà fortement dégradées suite aux contre-réformes successives, le passage à un système de retraites par points aurait des conséquences désastreuses pour l’ensemble de la profession, certains profs pouvant perdre jusqu’à 900€ de pension par mois ! Des conséquences sur le secteur que même le gouvernement a fini par reconnaître.

Face à la colère des profs et dans le contexte de la grève historique contre la réforme des retraites, Blanquer avait déjà annoncé le 23 décembre l’ouverture des négociations avec les syndicats dès le 13 janvier pour aller vers une « revalorisation permettant de garantir aux enseignants un même niveau de retraite que pour des corps équivalents de la fonction publique ». Malgré la mise en scène de l’ouverture des négociations de ce mardi, le « programme de revalorisation de salaires » reste le même que mi-décembre : extrêmement flou sur les conditions et les modalités en proposant un plan de 500 millions par an à partir de 2021 et jusqu’au 2037, c’est-à-dire l’équivalent de 37 euros bruts par mois de moyenne. C’est non seulement ridicule - car rappelons que contrairement à ce qu’indique LCI, les profs ne touchent pas plus de 3000 euros par mois (!) - mais il faut aussi souligner que cette augmentation ne tiendrait pas compte de l’inflation. Rappelons que le point d’indice est gelé depuis 2010 et que les enseignants réclament des revalorisations depuis des années. Ces négociations n’arrivent que comme un moyen d’acheter les profs pour compromettre leurs retraites et celles des générations futures.

Au-delà du calendrier du cycle de négociations qui se poursuivra jusqu’à jeudi pour reprendre fin janvier et ensuite sur un projet de loi avant l’été, rien de concret n’est sorti. Les conditions et les modalités du programme restent toujours très floues. Comme le relevait Frédérique Rolet, « il y a encore beaucoup de zones d’ombre » : au-delà des 500 millions, Blanquer n’a confirmé aucun chiffre pour les années venant après 2021 ; on ne sait pas encore si la revalorisation va toucher l’ensemble des enseignants, si elle sera versée sous forme de primes ou de salaires, on ne sait même pas si en contrepartie sera demandée une augmentation d’heures de travail.

Ce coup de bluff du gouvernement, qui a une odeur d’embrouille bon marché, n’est qu’une tentative d’apaiser la colère du secteur et est très loin de répondre à la dégradation des conditions de travail du personnel de l’éducation nationale, à son opposition ferme à la réforme des retraites, à celle du lycée et du bac. Cette manœuvre du gouvernement démontre encore une fois qu’il n’y a rien à négocier. Alors que Macron a montré sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa réforme, et que plusieurs secteurs comme la RATP et la SNCF enchaînent plus de 40 jours de grève, il est l’heure d’amplifier le rapport de force, d’élargir la grève et de mettre toutes les forces dans la bataille. Il faut quitter une fois pour toutes les tables de négociation et envoyer un signal fort au gouvernement avec un appel clair des organisations syndicales de l’Education nationale pour une grève reconductible de 72h à partir du mercredi 15 janvier !