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Violences policières

Bobigny. Un policier falsifie un procès-verbal pour justifier une interpellation ultra-violente

Lors d'un contrôle d'identité à Bobigny (93), un policier a assené deux coups de tasers à un homme à terre. Pour justifier cette violente interpellation, celui-ci a falsifié un procès-verbal rapporte Mediapart.

mercredi 7 avril

Crédit photo : AFP

Fin mars, des vidéos émergent sur les réseaux sociaux qui relayent des images particulièrement violentes d’un contrôle d’identité à Bobigny (93). Sur ces vidéos, on voit un policier interpeller violemment un homme, en lui assénant deux coups de taser alors même qu’il est à terre. Filmée par des habitants et des riverains, la diffusion sur les réseaux a permis par la suite de dévoiler la vérité sur cette interpellation, que les policiers ont cherché à camoufler.

Selon Mediapart, le procès-verbal du policier montre qu’il a tenté de masquer la violence de l’interpellation. Dans ce PV, il indique avoir été la cible de « jets de projectiles », que l’individu interpellé aurait été menaçant et qu’il aurait tenté de lui « mettre un coup de pied au niveau du visage ». Mais les faits rapportés par le policier, lorsqu’ils sont confrontés aux images diffusées, apparaissent entièrement faux.

Sur les vidéos filmées par les riverains et disponibles dans leur entièreté, on ne distingue ni violence ni menaces, et encore moins de projectiles venant de Ahmed*, l’homme qui apparaît sur la vidéo. Pourtant, il fait l’objet de poursuites pour « outrage et rébellion » et doit comparaître ce 7 avril, sans aucune preuves en dehors des propos émanant du policier.

La seule violence qui apparaît dans ses images, c’est bien celle émanant des policiers, qui donnent de multiples coups de taser à Ahmed, alors même que celui-ci est inerte. Après la première décharge, on entend le policier lui dire : « Ça te plaît bien là ?  », avant de lui asséner une deuxième coup de taser. On voit ensuite Ahmed se faire insulter puis tirer à terre, ce qui lui vaudra trois jours d’ITT suite à son interpellation.

Ce qu’explique Mediapart, en relayant les témoignages des riverains, c’est que les policiers auraient tentés d’empêcher que soit filmée l’interpellation d’Ahmed, et pour cause. Sans ces images en effet, la plainte d’Ahmed risquait d’autant plus de ne pas aboutir. Pendant l’interpellation, les policiers s’apercevant d’être filmés ont fait usage de fumigènes et de gaz lacrymogènes, forçant les riverains à fermer leurs fenêtres. Alors que dans la version policière, ils justifient ce tir « pour se protéger des projectiles », les vidéos montrent qu’aucun projectiles n’ont été tirés. Les témoins racontent ensuite qu’ils ont vu «  e policier tirer Ahmed entre deux bâtiments à l’abri des regards », « vers une impasse pour éviter les témoignages vidéo, caméras, etc ».

Ahmed a ensuite a porté plainte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » et « faux en écriture publique », pour laquelle une enquête a été saisie et confiée à l’IGPN. Cependant, l’IGPN n’est pas réputée pour faire condamner les policiers mis en cause dans des cas de violences policières, mais au contraire de les couvrir en légitimant la violence commise par les forces de répression. Seulement, malgré la plainte, son avocat déplore : « Avant même que l’audience ait lieu, la justice a mis fin à la réinsertion de mon client alors qu’il venait de trouver un poste de logisticien. Les vidéos montrent clairement un usage disproportionné de la force par les policiers qui à aucun moment ne sont en situation de légitime défense. C’est révélateur des violences systématiques et systémiques des forces de l’ordre dirigées contre une partie bien identifiée de notre population avec l’usage des tasers qui sont des armes dangereuses ».

Ces images rappellent tristement l’impunité dont jouissent les policiers, aussi bien vis à vis de la violence qu’ils utilisent au jour le jour, mais également les mensonges systématiques qu’ils peuvent se permettre d’avancer. La falsification de procès-verbal est loin d’être un cas isolé mais semble bien être de mise dans la police, comme en témoigne l’exemple récent d’une policière envoyant un homme en prison à partir d’un faux procès verbal. Mais ce que cette affaire montre aussi, c’est l’importance de filmer les violences policières, pour rétablir la vérité face aux mensonges constants de la police, ce que le gouvernement cherche à interdire, à travers la loi sécurité globale et la loi séparatisme.

Depuis le début de la crise sanitaire, les cas de violences policières ont drastiquement augmentés, notamment dans les quartiers populaires, et ce en toute impunité. Pour faire face à ses violences, qui sont le reflet d’un racisme systémique et d’une violence systématique de la police, nous ne pouvons compter ni sur l’IGPN, ni sur la justice institutionnelle pour apporter justice et vérité aux victimes.




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