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Crise politique

Bolsonaro dénonce le confinement et appelle l’armée à prendre le pouvoir

Le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro a rejoint, ce dimanche, une manifestation de 300 personnes réclamant la fin du confinement et la fermeture du Congrès et de la Cour suprême par une intervention militaire directe. Ceci afin de ressouder sa base sociale alors qu'il est au cœur d'une crise politique d'ampleur.

mardi 21 avril

Crédits photo : SERGIO LIMA/AFP

La crise sanitaire et économique au Brésil est venue aggraver à son tour la crise du régime que traverse le pays depuis le coup d’Etat institutionnel de 2016 contre Dilma Rousseff. En effet, dans l’objectif de récupérer les presque 8 % du PIB perdus entre 2014 et 2015, la bourgeoisie aux côtés du pouvoir judiciaire et des forces armées a dû prendre des mesures de plus en plus offensives contre les travailleurs, marquant un tournant nettement réactionnaire. L’aboutissement de ce processus a été l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au début 2019. Ce processus n’est pas allé sans apporter son lot de contradictions.

Depuis le début de la crise sanitaire et économique – le FMI prévoit une chute de 5% du PIB brésilien - les luttes de pouvoir entre des factions réactionnaires qui ont intégré le régime se sont approfondies. Le point de départ a été l’attitude négationniste de Bolsonaro devant la pandémie et son refus de déclarer le confinement dans le but de permettre aux affaires des grands groupes capitalistes de continuer.

La haine contre le Président, en particulier dans les capitales du pays, ne s’est pas fait attendre. Cela a renforcé face à Bolsonaro les gouverneurs des grands centres urbains comme Rio de Janeiro ou Sao Paolo, qui ont appliqué les mesures de confinement. La division au sein du régime entre la droite traditionnelle des gouverneurs – à la tête du coup d’Etat institutionnel de 2016 – et l’extrême-droite bolsonariste a poussé les forces armées à agir comme modératrices entre les « extrêmes » et à enlever de plus en plus du poids à Bolsonaro dans la conduite de la crise.

De plus en plus isolé au sein de l’État et en perte de sa base sociale mais toujours appuyé par l’impérialisme de Trump et une partie du patronat du pays, Bolsonaro essaie de contrebalancer l’avancée de la droite traditionnelle incarnée par le Haut-Commandement Militaire, le Congrès, la Cour suprême et les gouverneurs. C’est dans cette logique que Bolsonaro a limogé le ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta, qui était maintenu en fonction par les militaires.

Pour continuer cette lutte intestine Bolsonaro – imitant Trump – continue sa campagne contre le confinement et ce dimanche a décidé de rejoindre une manifestation de 300 militants d’extrême-droite réclamant la fin de la quarantaine et la fermeture du Congrès et de la Cour suprême par une intervention militaire directe. La manifestation qui a eu lieu devant le Quartier Général de l’Armée avait pour but de ressouder sa base sociale affaiblie et de lancer un appel aux officiers subalternes, les sous-officiers ou les soldats, plus enclins au bolsonarisme. Ce qui pourrait mettre en difficulté le haut commandement.

Dans son discours, entouré de 200 soldats de l’armée, monté sur une camionnette et visiblement malade Bolsonaro haranguait les manifestants :

« L’ancien est derrière nous (...) Nous avons un nouveau Brésil devant nous. Les patriotes doivent le montrer et faire leur part pour mettre le Brésil à la place qu’il mérite (...) pour garantir notre démocratie qui est la chose la plus sacrée en nous, qui est notre liberté. Les politiciens doivent comprendre qu’ils sont soumis à la volonté du peuple brésilien. »

En réponse, les manifestants réclamaient la fermeture du Congrès national, l’application de l’article AI-5 (le décret appliqué par les militaires lors du coup d’Etat et de la mise en place de la Dictature en 1968, qui a suspendu les garanties constitutionnelles et fermé le Congrès) et que les forces armées descendent dans la rue.

L’escalade vers des formes de plus en plus autoritaires au sein du régime brésilien, que ce soit du fait de Bolsonaro ou de celui du Haut Commandement militaire et des gouverneurs soutenus comme aile « responsable » par le Parti des Travailleurs (PT), ne sont que deux variantes bourgeoises de politiques d’ajustement contre les travailleurs. Face à la crise sanitaire et économique et aux dérives réactionnaires du régime, ce sont les travailleurs et les classes populaires, contre toute tentative de conciliation avec la bourgeoisie, qui sont les seuls à pouvoir imposer par la lutte une issue qui leur soit favorable. A commencer par l’interdiction des licenciements, la restitution à 100 % des salaires, la nationalisation du système de santé sous contrôle des travailleurs ou encore une Assemblée constituante libre et souveraine, qui fera tomber Bolsonaro et les putschistes civils et militaires.




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