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Bolsonaro sort affaibli des élections municipales

Ce dimanche se sont déroulées les élections municipales au Brésil, avec un important revers pour les candidats soutenus par le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro et un affaiblissement du Parti des Travailleurs.

jeudi 19 novembre

Crédit photo : AFP / EVARISTO SA

Le Brésil traverse une crise aigüe, politique et sanitaire, - qui compte déjà plus de 160 000 morts et 5 millions de contaminés - et un chaos social dans l’État de l’Amapa, au nord du pays, où il y a eu une coupure d’électricité géante qui dure depuis plusieurs jours. Une féroce répression a aussi lieu contre la population qui manifeste. Mais cela n’a pas empêché la tenue des élections municipales dans la plupart des villes et les résultats montrent déjà une recomposition politique dans le panorama politique brésilien, avec un affaiblissement relatif du « Bolsonarisme », qui, en tant que courant d’extrême-droite, a subi un revers non seulement nationalement à travers la défaite des candidats de Bolsonaro, mais aussi internationalement avec la déroute du putschiste Luis Camacho en Bolivie, de Trump aux Etats-Unis ou encore à travers le rejet massif de la constitution de Pinochet au Chili.

Aux municipales, ce sont bien les partis du bloc hétérogène de centre-droite du congrès – qui ont peu d’influence individuellement, mais surtout en tant que bloc font le jeu de la politique nationale- qui sont sortis gagnants de la fébrilité de Bolsonaro et de la perte de vitesse des partis qui étaient autrefois les piliers du régime tels que le PSDB, MDB (de droite) et le Parti des Travailleurs (PT). Même si les urnes montrent un affaiblissement de l’extrême-droite de Bolsonaro, ce n’est qu’un signe relatif, puisque les grands gagnants du bloc de centre droite constituent, parmi quelques partis, la base réactionnaire du président et ont été des alliés irremplaçables pour qu’il puisse avancer des attaques brutales contre la classe ouvrière comme la réforme des retraites, les privatisations d’entreprises d’État et les réformes du travail.

Dans les grandes lignes, ces éléments montrent l’étendue de la crise organique brésilienne, avec la perte de vitesse des anciens piliers du régime et une recomposition politique qui tend à renforcer le bonapartisme institutionnel, qui englobe le parlement, la Cour Suprême et les grands médias, qui ont été les acteurs du coup d’Etat institutionnel de 2016, qui a destitué l’ancienne présidente Dilma Rousseff (PT).

Le Parti de Travailleurs, de son côté, dans une considérable perte de vitesse, paie le prix de la période où, main dans la main avec la droite, il a administré le capitalisme brésilien pendant 13 ans et a contenu et désarmé systématiquement les mobilisations ouvrières depuis la tête des principales centrales syndicales du pays.

Un autre trait intéressant dans le paysage politique brésilien est l’élection de plusieurs candidats LGBT*, dont des femmes trans noires comme Erika Hilton (PSOL -Parti Socialisme et Liberté), qui a remporté un score étonnant, devenant ainsi la première conseillère municipale trans noire de Sao Paulo. Ce phénomène montre l’important rejet des discours et idéologies d’extrême-droite de Bolsonaro.

Simultanément, dans la grande Sao Paulo, une dynamique différente se dessine à la mairie qui était disputée il y a très longtemps entre le PT et le PSDB, avec un léger changement avec le passage au second tour du candidat Guilherme Boulos (PSOL), coordonnateur national du Mouvement des Travailleurs Sans Toit (MTST), avec 20,24 % des voix, contre le maire sortant Bruno Covas (PSDB).

La gauche révolutionnaire et une grande campagne militante à Sao Paulo

Dans ce scénario de recomposition politique, la Bancada Revolucionaria (liste révolutionnaire) - composé par trois militants du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT) qui anime notre média frère au Brésil, Esquerda Diario - s’est présentée aux élections à Sao Paulo pour le conseil municipal, dénonçant le régime du coup d’Etat institutionnel qui a destitué l’ancienne présidente Dilma Rousseff en 2016, et le fait que le parlement et d’autres institutions du régime telles que la Cour Suprême ont nié le suffrage universel et manipulé les élections pour mettre quelqu’un qui appliquerait des attaques encore plus dures que celles du Parti de Travailleurs.

Ainsi la liste Bancada Revolucionaria, contre toute adaptation au régime et l’illusion municipaliste qui cherche à administrer le capitalisme, a centré sa campagne sur la dénonciation du régime du coup institutionnel avec toutes ses institutions, agitant la nécessité d’une assemblée constituante, libre et souveraine pour que les travailleurs aux côtés de la jeunesse, les LGBTI*, les noirs et les femmes puissent définir l’avenir du pays et lutter pour leurs revendications. Et ce, en mettant fin tout d’abord aux privilèges judiciaires, par la mise en place de l’éligibilité et de la révocabilité des juges et par l’égalité de salaire entre un magistrat et un ouvrier qualifié.

Le point central de la campagne était de ne pas rester enfermée dans la municipalité, dans une lutte à l’échelle locale, puisque même le plus combatif mandat ne peut pas aller loin dans l’actuel contexte bonapartiste du régime, avec un gouvernement d’extrême droite, avec une forte présence des militaires au sein du gouvernement. La candidature devait chercher à dénoncer le régime et à utiliser un éventuel poste comme un point d’appui pour la lutte et l’auto-organisation des travailleurs et des secteurs opprimés. Puisqu’il ne suffit pas de « changer les joueurs », il faut changer les règles du jeu.

Toute cette campagne a été construite avec la seule force matérielle et militante de toutes les personnes qui avaient la conviction de la justesse de ce programme, et qu’avec les militants, on pouvait amener les idées révolutionnaires aux quatre coins de la grande Sao Paulo. Face aux élections antidémocratiques, qui ne facilitent pas la légalisation des partis et la présentation des candidats travailleurs, le PSOL a cédé démocratiquement la légende pour que le MRT puisse présenter son propre programme, en totale indépendance politique - sans aucun centime des patrons ou de l’Etat. C’est en ce sens que les plus de 5 000 voix récoltées par la Bancada Revolucionaria aux élections représente une grand résultat, avec la conviction que la lutte continue après les élections et que les revendications des exploités et opprimés ne peuvent être satisfaites qu’à travers l’auto-organisation des travailleurs eux-mêmes pour un gouvernement des travailleurs en rupture avec le capitalisme.




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