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Politique

Fermeture immédiate des CRA !

Bordeaux. Cluster, tentative de suicide, maltraitance : l’enfer des conditions de détention au CRA

Depuis plusieurs jours, des cas positifs ont été détectés au Centre de Rétention Administrative de Bordeaux, placé sous septaine. Entretien avec des détenus qui nous ont décrit les conditions de détention sans cesse dégradées : un homme a fait une tentative de suicide, et de nouveaux détenus continuent d'être placés au centre.

mercredi 3 août

Crédit photo : Thierry David / Sud Ouest

"Il y a des gens malades, qui ont de la fièvre ou qui toussent" décrit Hammi, détenu au CRA de Bordeaux, dans le sous-sol du commissariat, qui a accepté de répondre à nos questions sur Révolution Permanente. Depuis la semaine dernière, un cluster au Covid-19 a été déclaré chez les détenus, parmi lesquels quatre sur dix-neuf détenus ont été déclarés positifs, dont un malade du Sida. Les conditions sont invivables, mais encore pire avec ce foyer épidémique : selon l’association La Cimade qui accompagne les détenus, ils dorment à quatre dans les chambres, mangent ensemble et vivent dans des conditions particulièrement exiguës. "On a des petites chambres sans lumière du jour, à quatre dans les cellules. Avec le covid on a peur, on a eu un masque quand on est rentrés et après plus rien. Il y a des gens qui ont de la fièvre, qui ont mal à la tête ou qui sont asthmatiques, et rien n’est fait" nous raconte le détenu au téléphone.

"La situation est loin d’être terminée, ça empire même" explique une représentante de La Cimade, "Il y a eu de nouveaux cas positifs, le médecin avait demandé le gel du CRA, c’est-à-dire des enfermements, ce qui n’a pas été suivi par l’ARS". Le même jour de nouveaux cas positifs déclarés, "la direction zonale de la Police aux frontières prenait la décision, sous contrôle de l’ARS, de rouvrir le centre, et ce contre l’avis du médecin intervenant au CRA. Ainsi, ce sont quatre nouvelles personnes qui étaient placées au CRA entre le 26 et 27 juillet, dont une très vulnérable parce que souffrant de problèmes de santé graves et une autre avec un handicap" écrit la Cimade dans son dernier communiqué. L’association dénonce les conditions exiguës, qui mettent en danger leur santé. Si certains cas positifs ont été transférés au centre de rétention de Plaisir en Île-de-France, dont une personne séropositive, et deux ont été mis en liberté et assignés à résidence, ce sont les seules mesures prises par la Préfecture de Gironde.

« Ma fille ne peut plus me rendre visite, je stresse, je prends des médicaments contre l’anxiété, je ne mange plus. J’ai peur d’être malade » raconte un détenu sur SudOuest.

Hammi est enfermé au CRA depuis plus de quarante jours, et vit en France depuis 2008. Lorsqu’il est allé déposer une demande de papiers à la Préfecture, celle-ci a décidé de le placer en rétention. Au téléphone, il nous témoigne son inquiétude, au sujet de son enfant qu’il ne peut plus voir, et sur la situation générale au CRA. "Il y a eu plusieurs tentatives de suicides, il y a des malades… un détenu a mangé deux batteries pour mettre fin à ses jours, il est encore là et les batteries dans son ventre depuis 15 jours. La police refuse de l’emmener à l’hôpital. Tout est sale, on a deux toilettes pour vingt personnes. Beaucoup de monde arrête de manger. On a plus le droit au parloir, ni au rasoir, et on mange mal, c’est pire que la prison. On nous prend pour des animaux".

Les détenus racontent qu’un homme a fait un malaise dans une cellule, et que la police n’a pas appelé les secours. Ils témoignent des provocations racistes systématiques de la part de la Police aux Frontières : "chaque fois qu’on parle, ils nous font un rapport pour le juge, même en racontant des mensonges."

Une situation aberrante, qui rappelle les nombreux scandales qui ont précédé, notamment pendant la pandémie. A Bordeaux, alors que la Métropole envisage la création d’un nouveau Centre de Rétention suite aux annonces de Macron en 2017, ces conditions viennent rappeler le caractère raciste et autoritaire de ces locaux, des prisons dont on ne dit pas le nom. A terme, ce sont 140 places supplementaires qui devraient voir le jour en 2023.

Plus que jamais, il est urgent de revendiquer la fermeture immédiate des CRA et l’arrêt des expulsions. Alors que Macron fait ouvrir de nouveaux CRA et Darmanin prépare une loi contre l’immigration pour la rentrée, il faut combattre la politique raciste et réactionnaire du gouvernement qui continue de faire le lit des idées réactionnaire de l’extrême droite. Pour le droit de tous les étrangers, pour le droit à une vie digne, un travail, et un emploi, régularisation de tous les sans-papiers !

Voir ici notre reportage : « Ici, tu resteras enfermé toute ta vie » : à la rencontre de Nizar et Laid, enfermés au CRA de Bordeaux



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