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Jeunesse

Bordeaux. Contre la précarité, étudiants et travailleurs unis à l’occasion d’un repas solidaire

Ce mardi 9 mars avait lieu un repas populaire, à l'appel de comités de lutte contre la précarité qui organisent des étudiants dans plusieurs campus et résidences universitaires, ainsi que par plusieurs dizaines de signataires, politiques et syndicales. 400 personnes se sont retrouvées pour partager ce repas dans une journée de solidarité et de lutte contre la précarité étudiante.

mercredi 10 mars

A partir de midi que commençait le repas solidaire du 9 mars sur le Parvis de l’Université Bordeaux Montaigne, où une journée de lutte et solidarité a été impulsée par plusieurs comités de lutte contre la précarité étudiante, et appelée par des dizaines d’organisations de jeunesse, ainsi que du monde du travail, politiques, et syndicales.

Une initiative de solidarité et de lutte contre la précarité étudiante, sous le signe de la convergence avec le monde du travail

Tout au long de la journée, ce sont 300 repas chaud qui ont été distribués, complété par distribution alimentaire à emporter. Au total plus de 400 personnes se sont réunis sur le parvis au cours de la journée avec des dons de plusieurs associations, dont l’association des Maraudeurs, ou encore l’association des Étudiants Algériens qui a distribué150 coupons de menus gratuits pour un restaurant du campus.

En plus de la distribution alimentaire, plusieurs groupes de musique ont été invités pour animer le parvis ensoleillé, à la guitare au chant et même au beat-box, entre les différentes prises de parole prises tout au long de la journée. 

Cette journée de solidarité s’est construite comme une date unitaire, de lutte contre la précarité étudiante : « Le combat qui s’ouvre contre la précarité immédiate est urgent, mais nous devons relever la tête pour dire que nous ne voulons pas passer notre vie dans la misère et à dépendre de nos solidarités. Diverses initiatives contre la précarité commencent à émerger de la part de multiples associations, syndicats et organisations caritatives. Les faire converger dans une journée solidaire, d’action et de protestation contre les conditions de vie des étudiants et la politique criminelle du gouvernement Macron, est d’autant plus nécessaire. » portait l’appel, signé par de nombreuses organisations : 

Dans la jeunesse, lancé par le collectif Onzième Thèse, avec les comités de lutte contre la précarité étudiante, mais également signé par : le NPA Jeunes, Révolution Permanente Bordeaux, l’UNEF, Jeunes Insoumis.es, ESR Précaires, Bordeaux Montaigne contre la précarité, Solidaires étudiant.e.s, On est là (Science Po Bordeaux), Collectif Marcel Mauss, Association des Étudiants algériens de Bordeaux.

Du côté des organisations politiques et associatives en dehors de l’université, étaient signataires : AC Gironde, Les Maraudeurs, Bordeaux en luttes, NPA Fédération 33, Du Pain et Des Roses, Espoir Pour tous et SOS Racisme.

Enfin, étaient également signataires plusieurs secteurs du monde du travail, syndical ou non : CGT Samna (Syndicat des Artistes et Musiciens de Nouvelle-Aquitaine), CNT Supérieur-Recherche, CGT Blanchisserie Haut Leveque, Syndicat CGT des coursiers à vélo de la Gironde, CGT Cheminots, CGT TBM, CGT Éducation Nationale 33, CGT Getrag Ford Transmissions, Restauration en colère, Syndicat CGT énergie 33, Collectif des luttes sociales de Haute-Gironde, Collectif des AED et AP de la Gironde, SUD Collectivité Territoriale 33.

Yann Olivier, étudiant en psychologie et militant au collectif Onzième Thèse ainsi qu’au NPA – Révolution Permanente, introduit la journée au Micro : « Une première journée pour lutter contre la précarité étudiante, qui est une question très immédiate, pour que l’on ait plus à choisir entre crever de faim et payer son loyer, dans un contexte de crise qui va toucher l’ensemble des secteurs du monde du travail, et la jeunesse. Pendant que le gouvernement donne sur un plateau d’argent des milliards aux grands patrons qui profitent du plan de relance, c’est eux qui sont à l’origine de l’ensemble des offensives aujourd’hui contre de nombreux secteurs, avec des milliers de plans sociaux en cours, qui va plonger des centaines et des centaines de familles dans la misère et la précarité. […] C’est pour cela qu’on a invité de nombreuses organisations ouvrières à se joindre à nous, car aujourd’hui notre combat doit être à leurs côtés, car les suppressions d’emplois massives d’aujourd’hui sont notre chômage de demain »

Les étudiants s’organisent par eux-mêmes, et montrent au grand jour leur réalité : « Village 6, plus proche de CafardLand que DisneyLand »

Cette journée est la première initiative lancée par différents comités de lutte contre la précarité, qui se sont lancés depuis plusieurs semaines dans différents campus bordelais, ainsi que sur des lieux de vie étudiants, notamment au sein des résidences CROUS. 

Aura, étudiante et habitante du Village 6, connu à Bordeaux comme l’une des pires résidences CROUS, que les habitants appellent « CafardLand », intervient et raconte : « Aujourd’hui nous sommes présents pour montrer que nous voulons en finir, qu’on veut que cela change : pour ça, on lève nos voix, et nous sommes en voie d’auto-organisation par les étudiants et pour les étudiants  »

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La réalité de CafardLand, c’est d’abord, comme son nom l’indique, une réalité sociale de misère et précarité, où les cafards grouillent dans les différents recoins de la résidence. 150€ la chambre de 9 mètres carrés, les espaces communs sont insalubres et le bâtiment n’est pas entretenu depuis des années. De nombreux étudiants de la résidence sont étrangers, avec les pressions supplémentaires que cela implique, et surtout, touchés par une précarité d’autant plus forte. Et ce du fait des lois racistes de l’Etat qui entrainent des coûts d’inscription à la fac exhorbitants pour les personnes originaires de pays hors-UE ainsi que le fait de n’avoir accès à aucunes aides ni bourses.

Les comités de lutte contre la précarité se sont formés, à partir de l’appel du collectif étudiant et militant Onzième Thèse, pour répondre à la préoccupation de rompre l’isolement social des étudiants, mais aussi dans une perspective d’organisation des étudiants eux-mêmes, sur leurs lieux d’études, de vie et de travail. À CafardLand, des Assemblée Générales des habitants ont lieu désormais chaque semaine, pour discuter et organiser collectivement le lieu de vie, et rompre l’isolement, mais aussi dans la perspective de s’organiser eux-mêmes contre la précarité, par exemple autour de la continuité alimentaire, à laquelle de nombreux habitants font appel.

Après le constat de la précarité, place aux revendications et au plan de bataille pour y mettre fin de façon pérenne

L’initiative de la journée de solidarité a été l’occasion de rappeler que le combat qui doit s’ouvrir contre la précarité doit être mené sans aucune confiance dans le gouvernement et des institutions de l’État. En effet, si l’exécutif a annoncé quelques mesures après l’explosion de la détresse étudiante sur le plan médiatique, celles-ci sont totalement dérisoires et ne changent en rien les conditions de misère dans lesquelles se trouvent les jeunes. Des annonces qui restent de la poudre aux yeux ou surtout des effets de communication, comme l’ont montré les tentatives d’adresse à la jeunesse au travers d’influenceurs.

Dans des interventions, les militants du collectif Onzième Thèse ont porté plusieurs revendications : contre l’isolement que cause depuis plusieurs mois la fermeture des facs et plus en général les restrictions sanitaires, il faut la réouverture des universités, mais celle-ci est conditionnée par la nécessité de moyens massifs dans les services publics, dont l’hôpital et les facs, qui souffrent depuis plusieurs décennies de coupes budgétaires les asphyxiant. 

Alors que des milliers d’étudiants sont obligés de travailler pour se payer les études, dans un contexte où le chômage augmente et les jeunes bénéficient souvent de contrats précaires, faisant d’eux une véritable variable d’ajustement pour le patronat, il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de revendiquer un revenu étudiant, à hauteur du SMIC, financé par un impôt sur les grandes fortunes. De l’argent il y en a, mais que le gouvernement préfère distribuer par milliards aux grandes entreprises dans le cadre du plan de relance, pendant que des milliers de jeunes crèvent de faim. 

Alors que la sélection va toucher de plein fouet les jeunes qui aujourd’hui sont les plus précaires, il est nécessaire également de continuer d’exiger l’abrogation de toutes les lois qui ont petit à petit imposé la sélection sociale, ainsi que d’imposer la validation automatique de l’année dans ce contexte exceptionnel, pour que ce ne soient pas aux étudiants de payer la facture de la crise. 

D’autre part, en lien avec le monde du travail qui subit aujourd’hui de plus en plus d’attaques de la part du patronat, avec des vagues de licenciements et de reculs sur les droits, il est nécessaire de revendiquer centralement l’interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois. C’est notamment avec cet axe qu’ont été invités plusieurs secteurs du mouvement ouvrier à participer à la journée du 9 mars sur le parvis de l’université : « Le monde du travail est attaqué de tous côtés par un gouvernement qui, d’une part poursuit l’austérité dans les services publics en démantelant l’Éducation Nationale, l’Enseignement supérieur, les hôpitaux, les secteurs des transports ou encore de l’énergie, et d’autre part soutient et généralise les APC, les PSE dans le privé, tout en arrosant avec des milliards les patrons qui licencient massivement et remettent en cause l’ensemble des acquis sociaux et le code du travail. De la même manière, délaissé par le gouvernement, le monde de la culture, de la nuit, de la restauration, de l’hôtellerie ou encore les petits commerçants, sont aujourd’hui confrontés à des situations de grandes incertitudes sans perspective de réouverture tout en accumulant les dettes.  » rappelait l’appel à cette journée de solidarité et de lutte. 

En ce sens, plusieurs secteurs sont intervenus au micro pour apporter leur solidarité aux étudiants, en rappelant la nécessité d’allier les secteurs, contre tout corporatisme, pour combattre la politique criminelle de Macron et son monde, qui cherchent à nous faire payer la crise dont ils sont les responsables.

Dans une interview, des salariés de La Poste, militants à Sud PTT et à la CGT FATP, reviennent sur les raisons qui les ont fait venir participer au repas, en solidarité avec les étudiants :

Nicolas, buandier à l’hôpital Haut-Lévèque, et syndiqué CGT rappelle « c’est la lutte commune qui prime, pour foutre en l’air ce gouvernement criminel » :

Un représentant du secteur de l’énergie, également en bataille contre la destruction de ce qu’il reste du service public dans ce domaine, rappelait dans le même sens qu’il s’agit aujourd’hui «  de dépasser nos corporatismes, venir ensemble, discuter, construire, s’organiser pour lutter » :

Après la journée de solidarité, des perspectives d’organisation et d’actions

Cette première initiative, qui par le nombre d’étudiants et de secteurs du mouvement ouvrier qu’elle a réuni a été un succès, attend déjà une suite et des lendemains.

Une date de mobilisation nationale dans la jeunesse a été appelée par une
inter-organisations de jeunesse le mardi 16 mars prochain, dont le rendez-vous à Bordeaux est déjà fixé à la Victoire dès 12H30, contre la précarité et pour que la jeunesse ne soit pas une génération sacrifiée.

Au-delà de cette date de manifestation, plusieurs initiatives des comités de lutte contre la précarité sont déjà enclenchées pour la suite : à l’Université Bordeaux Victoire, le comité de lutte contre la précarité s’est vu refuser catégoriquement par la direction de l’UB l’ouverture d’une salle pour organiser une épicerie solidaire sur le campus même, et géré par les étudiants eux-mêmes. Contre ce refus inacceptable, le comité de lutte appelle dès ce vendredi 12 mars à se rassembler devant les marches de la faculté place de la Victoire à 13h, où la distribution sera maintenu.

Enfin, si plusieurs comités de lutte ont déjà vu le jour dans différents campus, à Victoire, Montaigne mais aussi sur des lieux de vie comme au Village 6 alias CafardLand, d’autres sont appelés déjà à se former, dans d’autres campus et d’autres résidences universitaires. Car si aujourd’hui la détresse se transforme en rage, l’objectif de ces comités est de transformer cette rage en organisation : après le constat de la précarité, les étudiants doivent s’organiser eux-mêmes, pour ne plus avoir à dépendre de la solidarité et attendre indéfiniment les aides inexistantes de l’État, mais pour imposer, en alliance avec les autres secteurs de l’Université, et du monde du travail, la fin de la précarité étudiante, de la sélection sociale, et pour que nous ne soyons pas la génération sacrifiée.




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