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Jeunesse

Stop à la précarité !

Bordeaux. Face à la crise dans la jeunesse, Onzième Thèse lance des Comités contre la précarité !

Alors que la situation catastrophique de la jeunesse est de plus en plus visible et que la solidarité repose sur les réseaux associatifs face aux mesures dérisoires du gouvernement, nous devons nous organiser pour ne plus avoir à vivre cette catastrophe.

jeudi 18 février

Crédit photo : AFP

À l’heure où la précarité ne fait que s’accentuer depuis la crise sanitaire et économique dans la jeunesse universitaire, pour le collectif étudiant et militant Onzième Thèse, il faut engager un véritable bras de fer, au-delà des aides ponctuelles et immédiates que font certaines associations pour les étudiants, notamment dans la continuité alimentaire. C’est en ce sens que le collectif appelle à former des Comités de lutte contre la précarité étudiante, pour s’organiser concrètement et de façon pérenne contre cette situation dramatique, et comme première étape d’un combat qu’il va falloir mener contre le gouvernement et ses politiques d’austérité.

Une situation dramatique qui ne doit plus durer

Cela fait près d’un an que le monde a basculé dans la crise sanitaire que nous connaissons. Pour la jeunesse, la Covid-19 a bousculé brutalement les conditions de vie et a imposé un isolement social, la perte des jobs étudiants et une pression universitaire accrue : le quotidien de milliers d’étudiants plongés dès lors dans une urgence vitale, celle de payer son loyer et de continuer à s’alimenter. La détérioration brutale des conditions de vie a fait exploser la pauvreté et la misère dans laquelle sont plongés les étudiants. La situation est dramatique et les derniers mois ont été marqués par plusieurs suicides, dont celui de Guillaume la semaine dernière, et plusieurs tentatives qui font écho à la détresse des étudiants.

Chaque semaine, les files de distributions alimentaires s’allongent, preuve de la précarité grandissante du côté de la jeunesse. Difficile de cacher cette pauvreté, comme l’a montré l’enquête menée par les associations étudiantes à l’université Bordeaux Montaigne avec près de 4730 réponses qui viennent encore une fois le confirmer : “Parmi les étudiants travaillant à côté de leurs études, 685 étudiants ont déclaré devoir effectuer des heures supplémentaires dû à des difficultés économiques, qui s’ajoutent au travail à l’université devenu bien plus pénible depuis octobre. D’autre part, 15% des sondés ont annoncé avoir perdu leur travail et rencontrer des difficultés économiques. Au niveau des moyens économiques de continuer ses études, 21% des sondés annoncent qu’ils ont des difficultés soit pour se nourrir correctement (9 %), soit pour payer leur loyer (12 %), rendant bien plus complexe une poursuite d’étude dans de telles conditions. On assiste ainsi à une augmentation de la précarité de l’ensemble de la société qui touche énormément les jeunes, sommés de concilier boulot mal payé et études, ou de renoncer à ces dernières pour subvenir à leurs besoins.

Dans le même sens, l’incertitude quant à notre avenir n’a jamais été aussi grande. En pleine crise économique, la plus importante depuis celle de 1929, les destructions d’emplois en cours approfondissent toujours plus la certitude que nos diplômes ne nous protégeront plus du chômage demain. A cela s’ajoute la pression universitaire d’une continuité pédagogique irrationnelle, montrant la détermination du gouvernement et des présidences universitaires à sélectionner. Une logique plus que dramatique lorsque que l’on voit l’explosion des inégalités sociales et ses conséquences sur la santé mentale des étudiants.

D’une part, le manque de moyens structurel a empêché les universités de pouvoir faire face à la pandémie, imposant petit à petit le distanciel. D’une autre, l’explosion de la précarité étudiante a rapidement débordé les quelques dispositifs d’assistances existants. Quand les universités ne restent pas impassibles face à cette situation, celles voulant se donner un vernis progressiste se contentent de la gérer dans le cadre des moyens dont elles disposent, ce qui, au vu de l’ampleur de la crise, ne peut être satisfaisant. L’intervention est donc grandement limitée, traitant au cas par cas et avec énormément de restrictions et conditions, ce qui laisse des milliers d’étudiants dans le besoin sur le carreau.

En plus d’imposer une continuité pédagogique intense en pleine période de chamboulement, mettant sous pression les étudiants et le personnel de l’université, les directions des facs orchestrent main dans la main avec le gouvernement une sélection rude lors des partiels. Cela a eu pour mérite de faire voler en éclat la démocratie de façade de l’université : les étudiants n’ont pas leur mot à dire, comme le montre l’expérience de la bataille pour la validation automatique de l’année à la Sorbonne, où la présidence a usé de tous les ressorts anti-démocratiques à sa disposition pour faire invalider la décision de la CFVU. De la même manière, à Bordeaux en décembre dernier malgré la forte opposition des étudiants en psychologie, l’université a imposé des partiels en présentiel. Bref, quoi qu’il en coûte, l’université continue de jouer son rôle d’écrémage social alors même que des milliers d’étudiants n’ont pas de quoi remplir leur frigo ou payer leur loyer, leur survie reposant sur les associations étudiantes. 

Face à cela, le gouvernement brille par son inaction. Comme l’illustre l’émergence du mouvement #étudiantsfantômes, le gouvernement n’a répondu que par des demi-mesures et des fausses annonces, tout en infantilisant la jeunesse sur son "irresponsabilité", montrant par là son plus grand mépris à l’égard des jeunes. Le plan « 1 jeune 1 solution », présenté comme la mesure phare pour faire face aux maux de la jeunesse, n’offre en réalité aucune garantie solide et ne fait que rediriger la jeunesse vers des services civiques et des emplois précaires, tout en accordant de nouveaux cadeaux au patronat. La période aura eu pour mérite de mettre au jour l’inconsidération et le mépris du gouvernement pour la jeunesse précaire, nous ne pouvons pas compter sur lui pour combattre la précarité qu’il participe à créer lui-même.

Lancement de comités contre la précarité : rompre l’isolement et s’organiser

Aujourd’hui, c’est la solidarité de quelques associations qui permet à certains étudiants de manger, un rôle de substitution pour pallier le vide laissé par l’État. Si ces aides d’urgence sont nécessaires et jouent un rôle vital, nous ne voulons pas passer notre vie à dépendre de l’entraide dans la misère. Mais nous n’avons aucune confiance en ce gouvernement, alors qu’il nous a lui-même plongés dans cette situation de par les multiples coupes budgétaires ces dernières années.

En ce sens, à partir de l’association Onzième Thèse, nous avons lancé des Comités contre la précarité, qui se donnent comme tâche d’appuyer dans l’immédiat les structures d’assistance existantes, tout en s’efforçant de dépasser la logique caritative afin de proposer des perspectives d’auto-organisation des étudiants précaires. A partir des solidarités d’aujourd’hui, nous voulons intervenir concrètement contre la précarité alimentaire en aidant les associations de distribution, rompre avec l’isolement social en recréant des espaces de discussion et une tradition solidaire et politique dans les universités où nous étudions, mais aussi dans nos lieux de vie, dans les résidences universitaires et ailleurs. C’est avec ces bases d’organisation collective que nous dépasserons le strict cadre caritatif, et pourrons arracher un avenir meilleur. Les derniers mois nous l’ont montré, seul un rapport de force permettra de mettre fin à la précarité et à la détresse psychologique de la jeunesse, par l’organisation des étudiants eux-mêmes, en lien avec les autres secteurs de la jeunesse, de la fac, et du monde du travail.

Pour cela, il nous faut discuter un programme s’attaquant à la question de la précarité matérielle et psychologique avec des mesures visant à y mettre fin de manière pérenne, bien loin des mesures cosmétiques du gouvernement. Les examens constituent également une pression très importante, c’est pour cela qu’il est plus que jamais nécessaire de remettre en cause la sélection sociale, qui balance sur le carreau les étudiants les plus précaires. Ce sont aussi nos conditions de demain qu’il s’agit de discuter, dans la mesure où les perspectives d’avenir pour la jeunesse sont très réduites, c’est pour cela que la question de l’emploi et des acquis sociaux qui sont actuellement remis en cause ne doivent pas nous laisser indifférents. En effet, les multiples vagues de suppressions d’emploi en cours sont autant de chômage pour les diplômés de demain : il est donc nécessaire de mener cette bataille en lien avec les travailleurs afin d’imposer notamment l’interdiction des licenciements.

Nous continuons à construire ces regroupements à partir des deux comités qui ont émergé, un premier à l’université de Bordeaux sur le campus de la Victoire et un autre à l’université Bordeaux Montaigne. Nous invitons l’ensemble des personnes qui souhaitent s’organiser et participer de ces comités à nous contacter sur les réseaux de Révolution Permanente et de Onzième thèse !




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