×

Mouvement ouvrier

Bordeaux. Grève historique chez CAT pour les salaires : « la réforme des retraites, c’est l’étincelle »

Depuis lundi dernier, dans le grand groupe de logistique et de transport automobile Cat, les travailleurs sont en grève pour l'augmentation de leurs salaires. Une grève historique à l’échelle nationale qui s’inscrit aussi dans le contexte de mobilisation contre la réforme des retraites.

Maïa Maros

23 février 2023

Facebook Twitter

En grève pour les salaires face à l’inflation galopante

Depuis lundi dernier, les travailleurs de l’entreprise CAT à Bassens au nord de Bordeaux mènent une grève historique pour l’augmentation de leurs salaires. Alors que tous les métiers de cette entreprise de stockage et de transport automobile sont appelés à se mobiliser, cette grève est la première depuis l’ouverture du site : « Je travaille ici depuis 30 ans, c’est la première fois qu’on se met en grève », nous confie un gréviste. Suivie par la quasi-totalité des chauffeurs et de l’atelier, le parc est à l’arrêt depuis le début de semaine, forçant la fermeture du site en début d’après-midi au lieu de 17h habituellement. Avec ce rapport de force, les syndicats annoncent que la grève sera reconduite jusqu’à la signature d’un accord augmentant significativement les salaires.

A l’appel de l’intersyndicale de l’entreprise (CGT, FO, CFTC, CFE CGC), la grève s’inscrit dans le cadre des NAO et en réaction à la proposition de la direction d’une augmentation de 1,8%. La direction a affirmé vendredi dernier son refus de revenir sur sa proposition minimale qui ne couvre absolument pas l’inflation en cours.

Sur les sites, les travailleurs de ce secteur précaire, décrivent un quotidien de plus en plus dur dans un contexte d’inflation galopante alors que leurs salaires dépassent tout juste le SMIC. “Aujourd’hui, tout augmente sauf nos salaires, et après le gouvernement vient nous dire que les gens ne veulent pas travailler. On ne lâchera rien” lance un syndicaliste sur le piquet de grève.

Sur le parc de Bassens racheté par Cat en 2017, la société a harmonisé fin 2022 les acquis des travailleurs du site avec ceux du groupe supprimant ainsi diverses primes et faisant notamment passer la cotisation pour la mutuelle de 49 à 180 euros par mois. « Certains sont à 450 euros d’essence pour venir travailler plus presque 200 euros de mutuelle, c’est pas tenable avec des salaires si bas » nous confie un syndicaliste.

Les grévistes réclament une augmentation globale des salaires, pour le secteur des chauffeurs, mais également pour les travailleurs les plus précaires de l’entreprise qui occupent les postes de nettoyage et de réparation des voitures.

Une grève à l’échelle nationale contre un géant de la logistique automobile

Le refus de la direction du groupe d’augmenter les salaires a lancé un mouvement de grève suivi par 18 sites sur toute la France, mais également en Belgique et dans l’Etat espagnol. En France, si 170 travailleur.euse.s était déclaré.e.s grévistes lundi, la grève se massifie et a réuni 300 travailleur.euse.s mercredi dernier lorsque tous les métiers du groupe sont mobilisés (chauffeurs, travailleurs des ateliers, du nettoyage du parc et des bureaux).

Les grévistes dénoncent la stagnation de leurs salaires depuis des années alors que le grand groupe Cat détient un capital de plusieurs milliards d’euros : « Ça fait un an que Cat a signé avec Stellantis. C’est un gros contrat mais on n’a pas vu la différence sur nos salaires » s’indigne à notre micro un gréviste. Pour cause, le groupe Cat a signé un contrat d’exploitation pour l’organisation logistique de la livraison des voitures du géant européen Stellantis, grand groupe français et italien d’automobile qui affiche des profits records pour l’année 2022. Avec un chiffre d’affaires de 176.9 milliards, c’est une hausse de 26% de leur bénéfice net que l’entreprise a réalisé cette année alors que l’inflation frappe de plein fouet les travailleurs.

« Les salariés perdent leurs acquis, je ne sais pas ce qu’on va laisser à la génération future »

Surtout, cette grève pour les salaires s’est déclenchée dans un contexte où le mouvement historique contre la réforme retient toutes les attentions. Pour les grévistes qui participent aux grèves appelées par l’intersyndicale contre la réforme des retraites, le lien entre ce mouvement et leur grève est clair : "C’est la première grève depuis la création du site, pour nous la réforme des retraites, c’est un peu l’étincelle qui fait partir même les petites entreprises”. Alors que l’inflation continue de rogner les salaires chaque mois, ceci est une nouvelle démonstration du lien fait par les travailleurs.euse.s entre la fin du mois et la fin de carrière.

Si l’intersyndicale tient à maintenir la question des salaires et celle des retraites séparées, il faut exiger des directions syndicales qu’elles intègrent aux revendications du mouvement en cours, la hausse immédiate des salaires de 400€ minimum pour tous et toutes, ainsi que leur indexation sur l’inflation pour cesser de perdre du salaire chaque mois. Condition indispensable pour mobiliser les secteurs les plus précaires et isolés de notre classe qui permettrait une victoire, comme l’affirme un gréviste “La solidarité entre les travailleurs, c’est ça qui fait peur à Macron”.


Facebook Twitter
Acharnement : InVivo relance une procédure de licenciement après sa défaite aux Prud'hommes

Acharnement : InVivo relance une procédure de licenciement après sa défaite aux Prud’hommes

« L'impunité patronale doit cesser » : Sophie Binet soutient Christian Porta face à l'acharnement d'InVivo

« L’impunité patronale doit cesser » : Sophie Binet soutient Christian Porta face à l’acharnement d’InVivo

Débrayages quotidiens, journées fortes : l'AG des Neuhauser vote la grève en soutien à Christian Porta

Débrayages quotidiens, journées fortes : l’AG des Neuhauser vote la grève en soutien à Christian Porta

Fusion de l'audiovisuel public : une grève massive contre le projet de Macron

Fusion de l’audiovisuel public : une grève massive contre le projet de Macron

Répression à l'usine de Toray : le secrétaire fédéral de la FNIC-CGT menacé de licenciement

Répression à l’usine de Toray : le secrétaire fédéral de la FNIC-CGT menacé de licenciement

Victoire : les Prud'hommes ordonnent la réintégration de Christian Porta, délégué CGT

Victoire : les Prud’hommes ordonnent la réintégration de Christian Porta, délégué CGT

Grève à la RATP : la colère grandit, quelle perspective pour massifier la mobilisation ?

Grève à la RATP : la colère grandit, quelle perspective pour massifier la mobilisation ?

4 grévistes de Rougier & Plé menacé·es de licenciement suite à leur mobilisation

4 grévistes de Rougier & Plé menacé·es de licenciement suite à leur mobilisation