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Notre classe

Bordeaux. La blanchisserie de l’hôpital en grève pour réclamer la prime covid pour tous

Ce lundi 6 juillet, la blanchisserie de l'hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux est en grève pour réclamer la prime covid qui était promise mais qui ne sera pas versée pour tout le personnel mobilisé pendant la crise, et pas à la même hauteur selon les services. Soutenons ces "petites mains" de l'hôpital qu'on essaie d'invisibiliser, en venant au rassemblement des grévistes ce lundi !

vendredi 3 juillet

Lundi 6 juillet, la blanchisserie de l’Hôpital Haut-Lévêque de Bordeaux est en grève dès 6h, afin de réclamer le versement de la prime exceptionnelle covid de 1500 euros pour tout le personnel mobilisé lors de la crise, contre 500 euros annoncés dans certains services de l’Hôpital. Ces métiers, invisibilisés car considérés « non essentiels aux soins » et pourtant indispensables au fonctionnement de l’Hôpital, ont eux aussi été oubliés lors de la crise, obligés de travailler sans matériel de protection malgré l’intensification de la charge de travail. Après le service de réanimation cardiaque, en grève illimité depuis le début de la semaine ce sont de nouveaux services qui poursuivent la mobilisation et nécessiteront d’un large appui de la population.

La crise du covid-19 ouverte au printemps a mis en lumière l’Etat des services de santé publics, dégradés par des décennies de coupes budgétaires et de réductions de personnel et de matériel, ainsi que les conditions de travail des hospitaliers, essentiels au fonctionnement de la société. Malgré tout, et alors que le gouvernement héroïsait les travailleurs de l’Hôpital lors de la période du confinement, la réalité démontre que celui-ci n’a pas tenu ses promesses.

En effet, la prime covid de 1500 euros, annoncée pour le personnel mobilisé lors de la crise n’a été versée qu’à une minorité de soignants, d’autres n’ayant touché que 500 euros voire aucune prime dans certains secteurs de l’Hôpital. C’est le cas de la blanchisserie de l’Hôpital Haut-Lévêque, rattaché au premier CHU de France. Ainsi, comme nous expliquait Marie-Laure Charchar, secrétaire-générale de la blanchisserie, à l’occasion de la mobilisation des hospitaliers le 30 juin dernier, devant l’Hôtel de ville de Bordeaux : « À la blanchisserie, certains ont touché 500 euros, d’autres ont touché 1500 euros parce qu’ils ont travaillé les jours fériés » . Une récompense à deux voire trois vitesses, qui met en concurrence les salariés de l’Hôpital. A ce titre, la blanchisserie entame une grève lundi 6 juillet, à partir de 6h, pour exiger le versement de la prime de 1500 euros pour toutes et tous.

Les petites mains invisibles de l’Hôpital

Ces secteurs, pourtant essentiels au bon fonctionnement de l’Hôpital et à la poursuite des soins, sont traités comme des travailleurs de second rang. Ainsi, lors du confinement, les travailleurs de la blanchisserie dénonçaient déjà le manque de protections nécessaires pour assurer leur mission. « Nos conditions de travail ont été très compliquées. Cela a été un combat acharné tous les jours, avec les responsables de la blanchisserie et la direction de l’Hôpital car nous n’avons pas pu obtenir de matériel de protection comme les masques, gants ou même lunettes. […] [Au niveau de la blanchisserie] comme nous sommes essentiels mais considérés « non essentiels » pour la protection, nous n’avons pas obtenu de masques les premières semaines. On a réussi après un travail acharné mené par les collègues ici, ainsi que le délégué syndical et la CGT, à obtenir des masques après un mois et demi de confinement mais uniquement dans certains secteurs de la blanchisserie » explique ainsi la déléguée CGT, dans une interview du 5 mai. « Lors du pic de l’épidémie il y a eu des fermetures de service pendant le confinement, afin de renforcer d’autres services de soin en difficulté. On a eu moins de linge à laver comme par exemple les draps, mais beaucoup plus de lavages au niveau des tenues professionnelles, car les soignants se changent plusieurs fois par jour ».

Promesses non-tenues et répression dans la rue

Le mépris du gouvernement envers ces salariés, en première ligne de la gestion de la pandémie, s’exprime également de façon très claire dans les négociations du SEGUR de la santé : alors que de la main gauche, le gouvernement a été contraint d’annoncer l’allocation de 6 milliards d’euros pour les revalorisations salariales des hospitaliers -un montant très en deçà des revendications du personnel- de la main droite, il opère une répression dans la rue, et auprès du personnel trop vindicatif. Ainsi, nous avons vu comment le gouvernement a traité ses « héros » lors de la mobilisation du 16 juin, notamment dans la manifestation parisienne dans laquelle Farida, une aide-soignante qui manifestait pour ses droits, a violemment été arrêtée et placée en garde-à-vue.

« Nous sommes 1,2 millions rien que pour le public, à l’échelle nationale. Si on fait le calcul, les revalorisations salariales coûteraient plus que 6 milliards. Nous demandons la revalorisation d’au moins 300 euros pour tous les agents de l’Hôpital, le compte n’y est pas » poursuivait ainsi Marie-Laure Charchar, lors du rassemblement du 30 juin devant l’Hôtel de ville bordelais. Au-delà des revalorisations salariales, le personnel hospitalier demande également l’arrêt de la suppression des lits, plus de moyens matériels pour pouvoir soigner, et la titularisation de tous les contractuels.

Face à cette attitude du gouvernement, les directions syndicales ne peuvent continuer de tergiverser autour des négociations du SEGUR, mais doivent au contraire imposer un réel plan de bataille par la mobilisation et la grève, afin de gagner sur les revendications des hospitaliers. De fait, elles ont démontré le 30 juin dernier ne pas être à la hauteur du combat à mener, avec des rassemblements appelés tardivement comme à Bordeaux, et dans lequel l’ensemble des centrales syndicales ne se sont pas investies.

Grève illimité au service de réanimation cardiaque

En ce début de semaine, c’est également le personnel de réanimation de l’Hôpital Haut-Lévêque qui a entamé une grève illimitée pour la revalorisation des salaires et demander plus de moyens. Il dénonce des conditions de travail de plus en plus difficiles, ainsi que les promesses non tenues par leur direction : en 2019 une prime mensuelle leur avait été promise, et il vient d’être annoncé qu’elle ne leur sera pas reversée. Même chose pour la prime covid : au service de réanimation cardiaque, c’est 500 euros seulement qui seront touchées par ces 90 infirmières, alors qu’elles ont été en première ligne, prenant en charge des patients avec pathologie aggravée. Elles nous racontent qu’elles font aujourd’hui face à une sorte de deuxième vague, puisqu’elles récupèrent l’ensemble des patients qui ne se sont pas présentés aux urgences pendant le pic de l’épidémie, et se trouvent actuellement dans un état grave.

Un personnel majoritairement féminisé, qui doit se débrouiller pour élever des enfants avec environ 1500 euros par mois, sans aucune aide. À Haut-Lévêque, ce sont depuis lundi environ 70 travailleuses sur un service d’une centaine de personnes qui se sont mis en grève, sans compter les congés et arrêts maladies. Mais la direction menace les grévistes en envoyant des huissiers pour assigner certains grévistes pour le service minimum. Tous les jours à midi trente, les grévistes se donnent rendez-vous au rond-point de Haut-Lévêque, jusqu’à ce qu’ils obtiennent satisfaction. Nous invitons à rejoindre les diverses actions et rassemblements des hospitaliers à venir, afin de construire une solidarité large, capable d’imposer un véritable plan pour l’hôpital public, gratuit et ouvert à toutes et tous, avec revalorisations de salaire et investissements massifs, matériels, humains et financiers dans la santé publique. C’est-à-dire, à rejoindre les rassemblements des grévistes de la réanimation tous les midis, mais aussi, à venir soutenir la grève de la blanchisserie lundi.

Imposer un véritable plan de bataille, construire la solidarité avec les hospitaliers

Désormais, il faudra exiger un réel plan de bataille de la part des directions syndicales, l’arrêt des négociations dans le cadre du Ségur, qui ne font que relégitimer les plans du gouvernement, très en deçà des besoins des hospitaliers, tandis qu’il est prêt à débloquer des centaines de milliards pour le patronat.

Pour cela, les hospitaliers auront besoin d’un ample soutien de la population, qui avait déjà démontré sa solidarité lors du confinement en applaudissant aux fenêtres. Aujourd’hui, il est nécessaire d’aller plus loin, en battant le pavé aux côtés de ces travailleurs de la première ligne, afin d’imposer un réel plan pour l’Hôpital public !

Les buandiers vous donnent notamment rendez-vous à 10H00 lundi devant Haut-Lévêque à l’entrée principale




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